Portrait ou autoportrait
Je n'ai plus que les os...

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.
Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,
En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.
Derniers vers, 1586
"Prince des poètes et poète des princes", Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Il fonde dès 1544 à Paris le groupe de la Pléiade aux côtés de Joachim du Bellay. Grand humaniste, il veut une poésie inspirée de l'antiquité tant au niveau des thèmes qu'au niveau de la mythologie : il renoue avec Homère, Virgile et Horace.
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Ecce Homo

Et ouais c'est moi Gainsbarre
On me trouve au hasard
Des night-clubs et des bars
Américains c'est bonnard
Ecce homo
On reconnaît Gainsbarre
À ses jeans à sa bar-
Be de trois nuits ses cigares
Et ses coups de cafard
Ecce homo
Bizarre ce Gainsbarre
Il est cool faut croire
Que de tout il en a
rien à cirer enfin faut voir
Ecce homo
Et ouais cloué le Gainsbarre
Au mont du Golgothar
Il est reggae hilare
Le coeur percé de part en part
Ecce homo
Auteur-compositeur-interprète français, artiste peintre, scénariste, écrivain, acteur et cinéaste, Serge Gainsbourg (Lucien Ginsburg) accède à la notoriété en tant qu'auteur-compositeur-interprète, abordant de nombreux styles musicaux. Il s'essaie également au cinéma et à la littérature, réalise plusieurs films et vidéo-clips et compose plus de quarante musiques de films. Dans les années 1980, il s'invente un alter ego appelé « Gainsbarre ». Ses débuts sur scène sont difficiles en raison de son physique peu conventionnel. Toute sa vie, Serge Gainsbourg souffre de la peur d'être rejeté et de sa conviction qu'il est laid. Au fil des années, il se crée une image de poète maudit et provocateur, mais pas pour autant en marge du système. Auteur prolifique de chansons pour d'autres artistes, en particulier des femmes, Gainsbourg traverse la vie de chanteuses et actrices renommées, dont Brigitte Bardot, avec laquelle il a une brève liaison, ainsi que Jane Birkin, avec qui il va vivre pendant plus de douze ans, qui est sa principale muse, même après leur séparation et qui donne naissance à son troisième enfant, Charlotte Gainsbourg. Il fortifie sa légende de poète maudit — dont il jouera d’ailleurs en multipliant les provocations —, mal rasé et ivre, apparaissant souvent en jean élimé, le visage bouffi caché par des lunettes noires et une Gitane à la bouche, ce qui lui vaut tantôt l'admiration, tantôt le dégoût. En septembre 1980, après plus de dix ans de vie commune, Jane Birkin n'en peut plus et le quitte. À partir de cette période, il devient un phénomène de télévision par son comportement provocateur qui déclenche plusieurs scandales. Effets du tabac, de l'alcool et d'une greffe du foie, Gainsbourg est plusieurs fois hospitalisé entre 1989 et 1991. Il meurt le 2 mars 1991, âgé de 62 ans, au 5 bis rue de Verneuil dans le 7e arrondissement à la suite de sa cinquième crise cardiaque.
Autre texte :
Les oubliettes
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Pour faire le portrait d'un oiseau

Pour faire le portrait d’un oiseau
Peindre d’abord une cage
Avec une porte ouverte
Peindre ensuite
Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile
Pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
Dans un jardin
Dans un bois
Ou dans une forêt
Se cacher derrière l’arbre
Sans rien dire
Sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il peut aussi bien mettre de longues années
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
Attendre s’il le faut pendant des années
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
N’ayant aucun rapport
Avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau entre dans la cage
Et quand il est entré
Fermer doucement la porte avec le pinceau
Puis
Effacer un à un tous les barreaux
En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
En choisissant la plus belle de ses branches
Pour l’oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
La poussière du soleil
Et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
Et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
Signe que le tableau est mauvais
Mais s’il chante c’est bon signe
Signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
Une des plumes de l’oiseau
Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
Extrait du recueil « Paroles », 1946
Portrait : Victor Hugo

Je te salue Victor, patron des romantiques
Le poète des humbles et de la République
Image d’un grand-père à la barbe de lion
Dont les petits-enfants se comptent par millions
Des grandes métropoles aux villes de province
Tu n’es ni l’empéreur, ni le roi, mais le prince
Super star du Parnasse et champion de l’Histoire
Médaille des J.O, lauréat des Oscars
Aucun superlatif même le mieux chantant
N’est trop riche pour toi, toi qui les aimais tant
Picadilly t’écoute et tout Broadway t’acclame
Cosette fait la Une de tous les programmes
Et Fantine et Javert, Valjean, les Thénardier
Occupent les écrans des cinés de quartier
Tu imposes ton style aux temps des discothèques
Tu vois réalisée ta légende des siècles
Hernani et Ruy Blas en vidéo-cassettes
Tu étais un génie et te voilà vedette
De ton père ce héros tu es le digne fils
Tu as même inventé les Djinns avant Levis
Pardonne-moi, Victor, pour cette irrévérence
Toi l’écrivain puissant, toi le poète immense
Dont l’oeuvre-symphonie chante dans les mémoires
Plu haut que Beethoven et plus fort que Mozart.
Le portrait

Du miel
Il regarde par le vasistas
Le ciel
A chaque fois que passe un avion
Il se dit que c'est peut-être elle
Qui passe au-dessus de sa maison
On lui a dit qu'elle était au ciel
Il rêve couché sur un parquet
Dans les bras de sa mère
Dessinée à la craie
Tous les soirs en secret
Ce dessin il le fait
Trait pour trait
À partir d'un portrait
Il rêve couché sur un parquet
Dans les bras de sa mère
Dessinée à la craie
Tous les soirs en secret
Ce dessin il le fait
Trait pour trait
À partir d'un portrait
Perdu au fond de sa classe
Il s’emmêle
Il se débat avec le coriace
Pluriel
Puis il explique à sa maîtresse
Pourquoi "parent" ne prend pas d'"s"
Des câlins il en voudrait tellement
Ne serait-ce qu'un par an
Musique : Maurici GIOACCHINO, CALOGERO, 2014
Installé en Bretagne, Paul Ecole (nom de plume) est parolier de nombreux chanteurs comme Calogero, Christophe Maé, Claudio Capéo, Julien Clerc ou encore Jenifer. Après un baccalauréat économique et social, il entame des études de Droit puis de musicologie. Musicien accompli, pianiste et guitariste, il forme plusieurs groupes avec des amis et se produit dans les bars parisiens. Au début des années 2010, une rencontre décisive avec le rappeur Oxmo Puccino lui ouvre les portes du milieu professionnel. Cette collaboration marque un tournant dans son parcours, et l’amène à signer un contrat avec Warner.
Sa page Facebook
La Joconde

Femme, il est un serpent blotti dans ton sourire,
Un philtre meurtrier glissé dans tes doux yeux.
Et ta bouche troublante en aurait trop à dire
Si tu n'étais fantôme, au cœur silencieux.
Dans l'immobilité, tu vis, plus que la Vie,
Il plane un charme intense autour de ton front pur.
O sphinx hallucinant qui pense et qui défie,
Fleur au parfum mortel éclose sous l'azur.
Ta robe au ton nocturne et ta main compassée
Sous un calme perfide ont aussi leur pensée
Et ta beauté recèle un insolent mépris.
En vain je t'interroge, ô ma sœur inconnue,
Car le maître a placé son rêve dans la nue
Et nul ne pourrait dire à quel dieu tu souris.
Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins
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Autoportrait

Je suis un poète atypique
passé par la case prolo,
quand je suis la cible de piques
on me les lance ex-nihilo !
Je pèche un peu en rhétorique
car j’ai quitté les cours très tôt,
j’ai un alibi authentique :
à seize ans j’étais au boulot !
J’ai quand même appris mes classiques
préférant Zola à Hugo,
pour ce qui est de la musique
je vais de Wagner à Renaud !
Mes inclinations poétiques
vont du bon Villon à Queneau
en passant par les élastiques
des souliers troués de Rimbaud !
Je suis large sur la rythmique :
je laisse faire mon stylo !
Certains esprits monolithiques
me qualifient de rigolo !
Réguliers ou acrobatiques
mes vers ne sont pas idéaux,
ils sont sérieux ou drolatiques,
polis ou taillés au couteau !
Ils sont peu souvent syntaxiques :
je cultive le quiproquo !
Mais ils sont rarement toxiques
sauf bien sûr contre les fachos !
De l’amour à la politique
je brosse un peu tous les tableaux,
qu’ils soient morbides ou phalliques,
si ça dérange peu me chaut !
Mes textes sont très éclectiques
rasant parfois le caniveau,
je m’accommode des critiques
… tout en préférant les bravos !
Certains me trouvent sympathique,
d’autres me traitent de charlot,
à ceux-là moi je fais la nique
avant de leur tourner le dos !
Tantôt tendre, tantôt caustique,
parfois gentil, parfois salaud,
érotique ou bien hérétique
et bien sûr très souvent cabot !
Quand la Camarde boulimique
m’intimera : « Viens mon coco ! »
je lui dirais sans polémique :
« Attends je range mon stylo !
Je ne te fais pas de supplique
après tout tu fais ton boulot,
ne prends pas cet air pathétique
toi qui as la mort dans la peau ! »
Chacun doit déposer sa chique
un peu plus tard, un peu plus tôt,
il n’y a là rien de tragique :
c’est juste effacer un tableau !
Un banquet sans chant ni musique
réunira dans mon caveau
des légions de vers boulimiques
qui gémiront : « Il n’est pas gros ! »
Ils repartiront faméliques
après m’avoir sucé les os
en quête d’un hypothétique
festin digne de commensaux !
La crémation dont la pratique
a vraiment le vent dans le dos
réduit de façon très drastique
les macchabées … maigres ou gros !
L’avenir est problématique :
pour ces vers-là c’est Waterloo !
Quant à ceux de la poétique,
éviteront-ils le tombeau ?
C’est un portrait très elliptique
que je vous sers sur un plateau,
gagnerais-je une pluie de piques
ou une envolée de chapeaux ?
Né à Fresnes-l'Archevêque dans l'Eure, Pierre Dupuis alias Rotpier, a travaillé dans l'industrie de tôlerie et en construction métallique jusqu'en 1976 puis a enseigné comme professeur de lycée professionnel jusqu'en 2002. Passionné de poésie depuis l'enfance, il a commencé à écrire dès les années 1990, poésie très éclectique, sous toutes ses formes : classique, libérée et libre, sa devise étant : « Enfermez la poésie dans un genre et elle s'étiole. »
→ Voir la liste de tous ses textes sur le site
→ Son blog
