Chez ma grand-mère
(en référence à la Fête des Grands-Mères)
Grand-mère chagrin

Un ours en peluche attend dans un coin.
Les livres de contes restent fermés.
Les jouets s’impatientent sous la poussière.
Au fond d’un panier, une layette tricotée, bientôt mitée.
Les premières fois ne sont pas partagées.
Une dent. Des pas hésitants. Un mot peut-être.
Et les dessins ? Les « pourquoi » ? Les photos ?
Les saisons passent. Les enfants grandissent, loin, ailleurs.
Les anniversaires restent silencieux.
Interdiction. Incompréhension.
Pas de « Mamie ! ». Les bras restent vides.
L’amour est dépouillé.
© Annick PIPAUD
Professeur de mathématiques à la retraite mais artiste dans l'âme (peinture, photo, poésie...), Annick Pipaud écrit depuis son plus jeune âge. Elle a participé à plusieurs festivals de poésie.
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Les robes des mamies

Dans leur habit de vieux souvenirs,
Qui repassent sans cesse dans leurs têtes.
Elles se souviennent des jours de fête,
Faisant voler leurs robes avec plaisir.
Fierté des petites mains de leur maman,
Qui les avait cousues à la lueur des bougies.
Pour être au bal de l'été la plus jolie,
Sous les yeux des joyeux courtisans.
Leurs garde-robes, trésors du temps passé,
D'une richesse vestimentaire, faites maison.
Qu'il est toujours difficile de s'en débarrasser,
Et qu'on ressort quelquefois à l'occasion.
Héritage de manteaux, de robes ou de gilets,
Qu'elles aiment montrer à leurs petits enfants.
Bien que démodés en leur disant ;
C'est ma maman, qui les confectionnait.
Alors, le temps d'une fête des mamies,
Cette robe chargée de souvenirs est ressortie.
Elle ne vole plus au son de l'accordéon,
Mais le plaisir de la porter est toujours bon.
Puis fredonnant une chansonnette du temps révolu,
Une larme a coulé sur les rides de leur vie.
La tendresse, devoir, que l'on doit à nos mamies,
D'écouter les vieilles histoires de leurs yeux émus.
Et de dire, quelle chance de les avoir à nos côtés,
D'hériter de leurs sourires en cadeau du ciel.
Elles sont la mémoire de notre vie, nos aînées,
A nous, de leur donner du temps et du soleil.
© Jean-Marc LAINELLE
Jean-Marc Lainelle (1951-aujourd'hui)
Né en 1951 à Haveluy, une petite commune du Nord de la France. Jean-Marc Lainelle se découvre une passion pour la poésie grâce à son travail au cœur de la forêt de Saint-Amand-les-Eaux.
Quelques petites notes en 1995 sur un calepin de bûcheron vont très vite prendre de l'ampleur et le faire devenir poète par la force des choses.
Cette richesse poétique, qu’il partage autour de lui sans modération, lui vaut la reconnaissance dans de nombreux concours nationaux et internationaux de poésie. Il a publié son premier recueil en 2024 : Poésie ma fidèle amie.
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Le royaume de ma grand-mère

© Samira JAOUHARI
Samira Jaouhari
Née à Marrakech où elle suit ses études primaires et secondaires, Samira Jaouhari décroche sa licence en littérature française, en 1987, à l ’université Cadi Ayyad et intègre le Ministère de l’Education et de l’Enseignement au titre d’enseignante de Français du second cycle.
Soucieuse d ’imprimer à son action pédagogique une dimension socialisante et artistique, elle devient membre de l’association ARTEM (Association de Recherche en Théâtre et Éducation Marrakech) puis du Club des Amis des Mouachahates (chorale spécialisée dans le chant arabo-andalou), dont elle devient présidente en 2020.
Ayant toujours porté à la poésie un amour particulier, elle rédige, en parallèle de son parcours, une série de poèmes imprégnés d’espoir, de passion et d’amour. Elle a publié deux recueils.
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Mes grands-mères mes deux fillettes

05 mars 2026
© Mokhtar EL AMRAOUI
Touiza : solidarité communautaire kabyle
Poète d’expression française né à Mateur, en Tunisie, Mokhtar El Amraoui a enseigné la littérature et la civilisation françaises pendant plus de trois décennies, dans diverses villes de la Tunisie. Il est passionné de poésie depuis son enfance. Il a publié quatre recueils de poésie et plusieurs de ses poèmes ont été publiés sur Internet et en revues-papier.
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Souvenirs des hauts pâturages

Agréable zéphyr qui courbe les herbages,
Il apporte avec lui l'exquise odeur des foins.
Je revois ma grand-mère dans les hauts pâturages,
Souvenirs d'enfance qui datent de si loin.
Nous étions parfois cernés par les nuages,
Inquiet de la perdre, je lui tenais la main.
Frêle petit garçon avec l'amour en partage,
Avec elle, j'allais confiant sur les chemins.
Dans mon pays d'antan, un jour, je reviendrai,
Vieil homme fatigué que tout effort incline.
Avec ma canne, j'irai à pas mesurés
Mais pourrai-je encore monter sur les collines ?
Solitaire, je partirai la retrouver
Et l'évanescence nacrée des nuages,
Comme cheveux d'ange, par la brise, soulevés,
Me rappellera la tendresse de son visage.
© Philippe PAUTHONIER
Après une carrière d'ingénieur, Philippe Pauthonier partage aujourd'hui sa vie entre la France et la Pologne, pays de son épouse. Cet élan entre deux pays, deux cultures et ses longs séjours dans la sérénité de la campagne polonaise, loin du monde et de son agitation, sont propices à sa créativité littéraire. Depuis sa retraite, il s'investit dans plusieurs associations oeuvrant au profit des Aveugles et Malvoyants. Mordu d'astronomie, il apprécie la communauté scientifique qui sait élargir le débat avec une réflexion globale, liant la science à une approche métaphysique et théologique. Philippe Pauthonier a publié dix recueils et reçu plus de 130 distinctions dans des concours de poésie.
Philippe Pauthonier est le Délégué Régional de la Société des Poètes et Arts de France (SPAF) pour la région de Normandie.
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Petits bonheurs d'enfant

Je me souviens des soirs quand il faisait bien froid,
Du chauffe-pieds tout chaud que mémé préparait.
Dans le pot de terre, la braise rougeoyait
Glissé dans cette boîte en métal et en bois.
Lentement, s’échappait une douce chaleur…
Ma mémé tricotait et mon pépé lisait
Sur la chaufferette nos pieds se rejoignaient :
Enveloppés de nuit, nous vivions des bonheurs.
Dans un coin ronronnait, la vieille cuisinière…
Je n’oublierai jamais ces savoureux moments,
Bercée par l’horloge qui rythmait les instants :
Chocolat parfumé, biscuits à la cuillère…
Puis s’en revenait l’heure d’aller sous la couette
Avec la brique tiède entourée de journaux…
Un bisou, un câlin, la revue « Bernadette »
Avant de s’endormir, rêver d’un jour nouveau…
© Marie MINOZA
Illustration : © Marie MINOZA
Cette enseignante en école primaire a exercé dans les Deux-Sèvres puis dans la Vienne à Châtellerault. Tout au long de sa carrière, elle a aimé partager l’amour de la peinture, de la poésie et de la création avec ses élèves. Aujourd'hui à la retraite, elle partage ses écrits et ses créations d'images sur son blog. Tous les deux ans, elle contribue avec des amis poètes à la création d’un livre de contes et de poésies destiné aux enfants gravement malades… Elle participe également avec ses anciens collègues à un spectacle chorale, comédie musicale (création d'images et de montages power-point pour animer chants et mimes).
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Le grenier de ma grand-mère

Chez ma grand-mère le grenier
Regorgeait d’affaires diverses et variées.
C’était la caverne d’Ali Baba, si bien
Qu’on y trouvait tout et rien.
On pourrait comparer ce grenier
À la devanture d’une boulangerie,
Toujours bien garnie de pâtisseries
Pour les fins gourmets.
Flash-back sur le passé,
Des gravures qui nous ramènent en arrière
Des souvenirs nous donnent des repères
Et nous permettent de ne rien oublier.
© Sylvie CROCHARD
Ouvrière en milieu protégé, Sylvie Crochard a publié plusieurs recueils. Passionnée de piano, elle s’inspire également de la musique dans ses poèmes.
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Grand-mère, grand-père

Sous chaque pas pesant
Des laborieux petits paysans,
S'installent avec fierté
Des milliers d'épis de blé.
Cage ouverte aux oiseaux
Soleil d'éternité
Lune endimanchée
Chante le vent dans les roseaux.
Dans les pas joyeux
Des maintenant petits vieux
Montent avec reconnaisance
Leurs souvenirs d'enfance.
Terre ouverte à l'éternel,
Vie trop courte et belle,
Vos sourires et mes sanglots
Dans l'espace se font échos.
Trop courte fut votre vie,
Grand-mère, grand-père chéris,
A laquelle je reste accrochée,
De votre amour je suis née.
Votre rire suspendu à mes oreilles
Se dissimule entre cerises et groseilles
Les oiseaux picorent toujours les fruits
Votre présence jamais ne me fuit.
C'est aussi dans vos livres de prix
Que je garde précieusement
Que j'ai appris que les méchants
Avaient déjà envahi notre pays
Vous étiez bien petits
J'ai connu ça aussi
© Renée BORON
Renée Boron s'adonne à la poésie pour son plaisir et écrit aussi des nouvelles. Elle travaille la terre aux Ateliers d'Art de Château-Thierry. Elle aime également peindre et a pris quelques cours de calligraphie. Elle a ouvert une petite bibliothèque dans sa commune qui compte 83 habitants. C'est avant tout le plaisir de se rencontrer, d'échanger et... de jouer aux cartes.
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Chez ma grand-mère
Il se fait bien lointain le temps du souvenir,
Emporté par les ans avec le temps qu’il reste.
Il parle d’autrefois tandis qu’un simple geste
Sait inviter chacun à mieux le retenir.
Mon enfance m’appelle et m’invite à venir
Chez une vieille dame à l’allure modeste
Quand dans ma tête alors soudain se manifeste
Chaque instant merveilleux d’une époque à bénir.
Car tout à coup voici poindre ces connivences,
Tous ces moments heureux, tant de bonheurs intenses,
Qu’on rêve d’en parler et de les partager.
Loin des anciens regrets, de la pensée amère,
Je vais dans la maison, marchant d’un pas léger
Et je revois ces jours passés chez ma grand mère.
© Michel MIAILLE
Poète, auteur de sketches et de pièces de théâtre, Michel Miaille est retraité du Ministère de l'environnement et membre de la SACEM. Il a obtenu plusieurs prix de poésie, notamment avec des poèmes en langue provençale, et participe à des anthologies. Il a publié plusieurs recueils.
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Grand-mère
Aïeule déjà ! me dit-elle
Un soir de crise émotionnelle
Veux-tu savoir la vérité ?
Je ne voulais être grand-mère
Ni d’un bébé
Ni d’un monde à multiplier
Pourquoi donc tout recommencer
Misère
Les parents les enfants les guerres
Les printemps à requestionner
La terre et la mer bafouées
Tant à refaire
Et de détresse à partager
Veux-tu savoir où le cœur ment ?
Je ne voulais jouer l’ancêtre
Ni dans le temps
Ni dans la mémoire des gens
Pourquoi donc fabriquer du vent
À n’être
Que cet air démodé peut-être
Qu’on écoutera en riant
Il est à tout le moins perdant
De trop tard naître
Et sortir âgée du néant
Mais j’ai changé ma vérité
Si mon enfant me fait grand-mère
De ce bébé
De ce monde à réinventer
Cette quête à recommencer
Sur terre
Le nid la fragile lumière
Le printemps à ré-essaimer
L’espérance des champs de blé
Moi la grand-mère
Je serai la première… à AIMER !
© Ghislaine LAVOIE
Ghislaine Lavoie a toujours vécu au Québec. Elle écrit depuis l'enfance. Enseignante et auteure, elle a travaillé au Centre de recherche en littérature québécoise. Consciente de l'importance de l'action sociale, elle a travaillé avec des publics difficiles, se dotant d'une expérience précieuse. Aujourd'hui à la retraite, elle continue d'écrire et a reçu plusieurs prix littéraires, dont celui du Président de la République aux Jeux du Genêt d'Or de Perpignan en 2019 et le premier prix catégorie Monde des Joutes Célestes en 2024.
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Chez mère-grand
Chez mère-grand, le temps et la vie s’arrêtent.
On n’est pas mort mais on n’est plus vivant.
Las, on s’y fait rabaisser la crête,
On y goûte du bout des lèvres souvent
Et l’heure heureuse n’est plus guillerette.
Arrivés dans l’antre de mère-grand,
On se taira par égard pour ses silences
En approuvant ses mots dénigrants ;
Pas de pied impatient qui se balance.
C’est ainsi. Les petits comme les grands.
Elle, elle parlera, mais qu’au passé.
De ceux qui ne sont plus, partis trop vite
Les pauvres, de labeur harassés
Eux ; de ce qui n’est plus mais s’invite…
Ses murs, rasés, en seront-ils lassés ?
Chez mère grand, entre trous de mémoire
Et souvenirs galvaudés mais ravaudés,
Ramassés en vrac à l’écumoire,
Jamais érodés et mie démodés,
On réécrit l’Histoire, maudit les Moires !
Entre mots et maux, c’est Carême et Avent,
Chez mère-grand. Le temps et la vie s’arrêtent ;
Ça répète que c’était mieux avant.
Même l’horloge a battu en retraite.
On n’est pas mort, mais on n’est plus vivant…
© Christian SATGÉ
Auteur prolifique, fabuliste et conteur éclectique, Christian Satgé est professeur d'histoire-géographie dans le département des Hautes-Pyrénées.
Il a publié plusieurs recueils et plus d'une soixantaine de ses textes figurent dans Le Monde de Poetika. Son dernier recueil : Ça ne cadre toujours pas est paru chez 5 Sens Editions.
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Son blog : → https://lesrivagesdurimage.blogspot.com/
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Oh, ma tendre grand-mère !

Oh, ma tendre Grand-mère au cœur gros comme ça !
Je te revois toujours, oui, toujours : tu es là.
Je me souviens de toi comme d'une Maman :
J'étais ton préféré dans tes petits enfants.
Ton mari t'a quittée, c'est vrai, beaucoup trop vite ;
On ne peut pas lutter contre une mort subite...
Et quand il est parti, j'étais encore enfant
Mais m'en souviens très bien : je n'avais pas six ans.
Pour combler tout ce vide qui en toi se fit,
Tu me prenais chez toi, dimanches et jeudis.
C'étaient de grands moments d'un absolu bonheur
J'étais ton petit Prince et tu n'avais plus peur.
C'était main dans la main que nous faisions tous deux
Les travaux au jardin... Je faisais de mon mieux.
Tu cultivais les fleurs, j'aimais me déguiser
De feuilles de rhubarbe en place de palmier.
C'était main dans la main que nous allions tous deux
Faire la promenade... Ah ! Que j'étais heureux
De marcher avec toi
Dans les prés et les bois...
J'aimais beaucoup aussi ces hivers, en soirée,
Quand, prenant mes cahiers, tu lisais mes dictées...
Tu t'habillais souvent tout en noir et en gris,
Ou un chemisier blanc... Après tout c'est permis...
Et toujours tu avais au cou ton collier d'or,
Et dormeuse à l'oreille... Pour moi de vrais trésors !
Tous les jours tu coiffais tes longs cheveux grisés
En un chignon savant aux mèches torsadées.
Il n'y avait que toi pour être chapeautée
De grands chapeaux de paille ou de feutre ou de soie...
Je t'admirais tu sais et j'étais fier de toi,
Tu étais Souveraine en ma Principauté.
Ton cœur te jouait des tours, il avait trop battu ;
Il était fatigué d'avoir trop combattu.
En cessant le combat, il t'a laissée partir
Vers celui que tu n'as pas cessé de chérir.
C'était un soir d'automne, en fin d'après-midi.
Tu étais épuisée et tu avais dormi.
Tu ne t'es réveillée qu'au seuil du Paradis :
Les anges t'attendaient... Avec eux... ton Mari.
Je sais que tu es là, que tu n'es pas partie.
Tous les jours je te vois, même en ce moment-ci.
Car vois-tu, tu le sais, c'est toi qui tiens ma main
Pour écrire ces mots sur mon vieux parchemin.
Ma Grand Maman, merci !
Merci, Maman Petit !
© Pierre-Etienne GIRARD-DUC
Note de l'auteur : "Maman Petit" est le nom affectueux que nous donnions à notre Grand-Mère. Elle s'appelait Maria Petit, née Maria Feugeas, à Vigeois, près d'Uzerche (19) en 1889. Issue d'une famille plus que modeste, elle épousa en 1910 un jeune homme originaire de La Charité sur Loire, près de Nevers : Jacques-Edmond Petit. Ils s'étaient connus à Paris où ils travaillaient tous deux... Elle était une femme qui, par la force des choses, s'est "faite" toute seule, ce qui m'a toujours émerveillé. Un maintien, un goût, une discrétion rares et un amour immense... Je parle d'elle dans plusieurs de mes textes.
Après avoir suivi des études d’anglais à la Faculté de Lettres François Rabelais de Tours, Pierre-Etienne Girard a exercé différentes professions (dans l’import-export, la banque et l’immobilier). L’approche, le contact et l’échange avec l’Autre sont pour lui source d’enrichissement. Acteur amateur pendant plus de quinze ans, animateur de groupes de jeunes, il a conservé le sens de l’observation et du détail, en regardant toute chose avec ses yeux d’homme mais aussi avec les yeux de l’enfant qu’il a su rester. Ce n’est qu’à partir de 2011 qu’il commence à écrire, pour son plaisir. Il a publié plusieurs recueils et participé à différentes anthologies. Il a été lauréat du Concours Poetika en 2016.
Du même auteur :
Le voyage
La vague et le mot
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Terreau d'enfance

Le petit‑déjeuner a toujours été un moment sacré, et ce sacré-là remonte à mon enfance. Je n’ai même pas besoin de fermer les yeux pour que les images reviennent. Enfant, j’avais pour rituel de déjeuner avec ma grand‑mère les mercredis, samedis, dimanches, jours de fête, et pendant toutes les vacances. J’attendais ces jours avec impatience.
À peine levée, encore en pyjama, je franchissais la porte de sa cuisine. Le moulin à café broyait les grains, son parfum chaud embaumait la pièce. L’eau frémissante versée dans le filtre faisait naître une mousse onctueuse. L’odeur de noisette de la chicorée se mêlait à celle des tartines beurrées qui doraient sur la cuisinière, exhalant un parfum de caramel. Rien que d’y penser, j’en ai encore l’eau à la bouche.
Chaque saison avait son rituel : l’écume aigrelette de la confiture de groseilles préparée la veille, les fraises fraîchement cueillies en été, les crêpes et les oranges de l’automne et de l’hiver, la compote de pommes fumante posée sur la table. Je prenais toujours le même bol, celui peint de gouttes de café au lait, un peu ébréché sur le dessus. Ma grand‑mère me servait un café avec un nuage de lait, puis se servait à son tour. Nous déjeunions face à face, dans un temps suspendu fait de discussions, de regards et de sourires. La radio diffusait « Fréquence Nord », mélange d’informations, de conseils et de musique.
Quand nous avions terminé, je revois encore ses gestes : elle rassemblait les miettes de pain dans le creux de sa main et m’invitait à faire de même en disant :
« Nourrir les oiseaux, c’est prier deux fois. »
Nous déposions nos miettes sur le châssis de la fenêtre et observions les oiseaux venir à leur festin de roi. Ils connaissaient l’heure du rendez‑vous et nous saluaient de leur chant mélodieux.
Il était souvent très tôt. Le soleil se levait à peine. La fenêtre ouverte laissait entrer la fraîcheur du matin et le parfum de rosée sur les géraniums. En racontant cela, je me revois auprès d’elle. Je vois son sourire, sa douceur, et tout ce qu’elle m’a transmis : l’amour du matin, de la simplicité, du partage, et cette manière d’habiter le monde avec une bonté lumineuse.
C’est peut‑être pour cela que ces paroles résonnent aujourd’hui avec une force particulière :
« Gardez‑vous de mépriser un seul de ces petits, car leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. »
Dans sa cuisine, j’étais l’un de ces petits. Elle me regardait comme on regarde un trésor confié. Elle m’apprenait sans le dire que chaque geste de soin est une prière, que chaque matin peut être un acte d’amour.
Et ce matin encore, une autre parole s’est déposée comme une évidence :
« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »
Ma grand‑mère vivait ainsi : dans la vérité simple des gestes quotidiens, dans la lumière discrète des matins partagés. Ses œuvres — un bol de café au lait, une tartine dorée, une poignée de miettes offertes aux oiseaux — étaient des œuvres de Dieu, parce qu’elles étaient faites avec amour.
À vous qui lisez ces mots, en ce jour de Fête des Grand‑Mères, je souhaite des matins doux, des petits‑déjeuners parfumés, et des souvenirs qui réchauffent le cœur comme un bol chaud entre les mains.
Et que la lumière de celles qui nous ont appris à aimer continue de briller dans nos gestes les plus simples.
© Gaëlle-Bernadette LAVISSE
Gaëlle-Bernadette Lavisse (1974-aujourd'hui)
Résidant dans le Pas-de-Calais, Gaëlle-Bernadette Lavisse est écrivaine-biographe, auteure et poète, militante et engagée. Elle anime des ateliers d'écriture depuis plusieurs années. Elle a organisé le Festival des lettres d'amour et d'amitié d'ici et d'ailleurs depuis 2018, avec anthologie publiée à chaque fin de festival. Cette année, elle a lancé le Festival épistolaire en hommage à la nature qui fera également l'objet d'une anthologie, où il y a eu plus de 500 lettres, poèmes, et témoignages, deux collèges ont participé, ainsi que trois écoles primaires et maternelles, deux associations, et de nombreux particuliers de partout en France et dans le Monde. La catégorie Art Postal sur le thème de la nature, a remporté lui aussi un vif succès, avec prochainement des expositions dans les réseaux médiathèques du Pas de Calais.
Autres textes sur le site :
Au fil de l'eau
Fragile société d'aujourd'hui
Souris à la solitude...
La lettre (avec Laurent Orsucci)
→ Sa page Facebook
Elles sont là les grands-mères

© Jean MARCEL
Ingénieur thermicien à la retraite depuis 2012, Jean Marcel vit en Occitanie. Depuis sa plus tendre enfance, il a le profil d'un " rat de bibliothèque ". Les grands poètes l’ont toujours fasciné, principalement La Fontaine. Son travail et surtout ses déplacements dans plusieurs pays sont la source de ses poèmes qu'il dépose sur sa page Facebook, n’ayant pu trouver d’éditeur. Son recueil en auto édition ne comprend que des histoires d’animaux mis en scène.
→ Son dernier recueil
→ Sa page Facebook
Catherine

En tablier, mains sur les hanches
Elle attendait tous ses petits
C’était la fête chaque dimanche
Un jour de liesse, de pâtisserie.
Elle s’affairait dans sa cuisine
Nous en chassait de bonne humeur
Et avec toutes mes cousines
Nous humions toutes les odeurs.
Nous l’embrassions à tour de rôle
Ses joues avaient le goût du beurre
Elle brandissait une casserole
Et elle riait avec chaleur.
Elle était petite, un peu ronde
Mais ses yeux bleus chantaient les fleurs
Pour que jamais elle ne nous gronde
Nous lui offrions, mains sur le cœur.
Des objets conçus à l’école
Nous nous donnions avec ardeur
Nous évitions les heures de colle
Notre grand-mère versait des pleurs.
Et puis un jour, qui fut funeste
Elle s’endormit dans son fauteuil
Ne chanta plus notre alouette
Et commença notre long deuil.
© Myriam CLOWEZ
Retraitée du secteur sanitaire et social, Myriam Clowez a toujours aimé la poésie et c'est surtout à l'adolescence qu'elle a écrit de nombreux poèmes. Aujourd'hui, elle profite de son temps libre pour participer aux concours de poésies.
→ Voir tous ses textes sur le site
Chez ma grand-mère


Quand nous étions petits
Avec mon frère
Nous allions quelquefois
En vacances chez grand-mère
Pas d’eau courante ni de chauffage
Mais l’eau claire du puits
Du bois dans la cheminée
Et le charbon ardent de la cuisinière
Au bout du jardin glissait une rivière
Où grand-père puisait l’eau nécessaire
Aux légumes, aux asperges et aux fraises
Le dimanche, obligés, nous allions à la messe
Ma grand-mère chantait la voix haut perchée
Un air qu’on ne comprenait pas
Notre cousin nous rejoignait
Pour une partie de billes
Et nous prêtait son Journal de Mickey
Qu’on feuilletait en gloussant
A la frairie du village
C’est grand-mère, couturière,
Qui cousait les costumes
J’étais la grosse cagouille ou le Petit Chaperon Rouge
Et mon frère le petit jardinier
Notre cousin le meunier
Avec son éternel tablier à carreaux
Pour Mardi-Gras, grand-mère sortait sa vieille poêle noire
Et nous faisions sauter des crêpes
Ou bien frire des pets-de-nonne
Puis lorsque tombait la nuit
C’était la prière du soir obligatoire
Avant de nous endormir
Dans nos petits lits
© Chris TALAZAC
Illustration : à gauche, Gérard le meunier, au centre Chris, la cagouille, à droite, mon frère Jean-Pierre, le jardinier, fin des années 1950, village de Saint-André-de-Lidon, Charente-Maritime.
Crédit photo : © Chris TALAZAC
Marie d'aimer

Elle avait plus de rides
Que l’océan de vagues
Plus d’années que la terre
Plus défeuillée que l’arbre
Au cœur de son hiver
Tendre comme un bonbon
Aux vertus gigantesques
Des bras doux comme un ange
L’affection d’une voix douce
Réconfortante comme un doudou
Elle était mon amie ma mie
Ma mamie pour toujours
© Corinne DELARMOR
Juriste de formation, Corinne Delarmor a exercé en France, en Espagne et en Allemagne, avant de se consacrer à la poésie depuis 2018. Deux recueils de poèmes « Embruns » et « Nouvelle Terre » ont été publiés en novembre 2019 et avril 2021, aux Éditions Ethen, petite Maison d’Édition de province à compte d’éditeur. Ses poèmes sont régulièrement publiés dans différentes revues de poésie et elle anime des après-midis de lecture poétique dans les médiathèques, MJC, et les EHPAD…
L’inspectrice d’Académie de Créteil lui a proposé de présenter ses poèmes dans les écoles élémentaires. Membre de la Société des Poètes Français (SPF) depuis 2022, elle a publié deux recueils en 2022 et 2023, à savoir Fragments poétiques et Nurserie du poème.
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Mammig

Dans notre maison
On l’appelait Mammig
Dans la langue bretonne
De mon pays de Cornouaille
Ce mot signifiait
Petite mère en français
C’est dire tout le respect
Que les Bretons accordaient
À cette personne
Qui était souvent le pilier
Et la mémoire de la famille
Je me souviens de Mammig
Rédigeant dans sa chambre
Sur sa table de nuit
Des cartes de vœux
À ses proches
Elle écrivait en breton
Et chaque an
Elle avait ce rituel
Elle était une bretonne gentille
Mais elle avait ses convictions
Et les mots pouvaient pleuvoir
Sur sa page
Elle venait des campagnes de Ploeven
À la ferme du Varc’h
Elle avait vu le jour
Elle épousa mon grand père
Dans un autre siècle
Elle eut trois enfants
Et seul mon père survécu
La vie des champs était cruelle
En ces temps anciens
De maigres récoltes
Et pénibles vies
Je me souviens de Mammig
Se coiffant en chignon
Afin d’y poser sa coiffe Borledenn
Et elle disait alors
Moi je m’estime tout aussi bien
Que les parisiennes
Sacrée Mammig !
© Yann Erwan PAVEG
Illustration : Chapelle Saint Nicodème, PLOEVEN, Finistère
Yann Erwan Paveg (1959-aujourd'hui)
Editeur, poète et formateur en langue bretonne, Yann Erwan Paveg écrit aussi bien en français qu'en breton, inspiré de son héritage, de sa Bretagne dont il est un ardent défenseur. Avec plus de 500 abonnés sur Twitter, il a posté plus de 700 tweets qu'il a mis bout à bout dans un recueil intitulé Caractères. Il a publié plusieurs ouvrages dont : Les ultimes rosées, Empreintes et le dernier Mots du Menez-Hom.
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Mamie avait pris son temps...

Mamie avait pris son temps de vie à devenir un peu morpionne.
Tous ces jours, ces ans longs, tristesses et souffrances, cette fierté de fille mère quand l’autre siècle montrait du doigt, ces guerres et ces deuils. Les durs labeurs des gens modestes.
Paysanne égarée dans la petite ville, qui ne vivait plus que pour moi. Les toutes petites pièces où je me cachais si bien, qui ne sentaient jamais le vieux, mais la violette, ce parfum qui m’arrache aujourd’hui tant d’émotions.
Déjà cette présence à être près quand tous les autres étaient si loin. Légère, drôle, toute en grimaces, qui ne disait jamais non. Des bras si doux.
J’en aurais mis du temps à te dire je t’aime…
© Jean DIHARSCE
Jean Diharsce a deux enfants et a choisi de poser ses pas et son amour en cette Bretagne du Nord qui ressemble tant à son Euskadi d’origine qu’il aime pour sa rudesse douce et sauvage. Homme de mer et de terre, il ne cesse de marcher sur tous les sentiers de ce pays et de ses îles. Humaniste amoureux de l’utopie, il est de tous les engagements écologiques, solidaires, universalistes. À poète, il préfère écriteur, activité qu’il exerce sans discontinuer depuis 50 ans. Il est l'auteur de plusieurs recueils.
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Le regard de la dame âgée

J'y lis le temps d'une jeunesse disparue :
s'y reflètent les espoirs déçus.
Ses mûres réflexions la font espérer,
et lui font reprendre le dessus.
Mais les jeunes années,
elle ne peut que les survoler.
Car elles se sont envolées.
C'est le rêve d'une vie volée,
Mais, grâce à elle,
je vole de mes propres ailes.
© Caroline BAUCHER
Caroline Baucher est née en Roumanie et a été adoptée à l'âge de trois ans, sous le régime Ceaucescu. Elle se passionne pour l'écriture au décès de son grand père ; c'est pour elle un exutoire, mais également un jeu : elle a publié quatre recueils dont Vers cent nuits d'encre en 2024. Elle se passionne également pour la photo, notamment les réflexions. Elle vit actuellement à Nice. Découvrir l'un de ses derniers recueils : Te souviendras-tu ?
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Ma grand-mère

Ma grand-mère, un soir à sa fête,
De vin pur ayant bu deux doigts,
Nous disait en branlant la tête :
Que d'amoureux j'eus autrefois !
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Quoi ! maman vous n'étiez pas sage !
— Non , vraiment ; et de mes appas
Seule à quinze ans j'appris l'usage,
Car la nuit je ne dormais pas.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Maman, vous aviez le cœur tendre ?
— Oui, si tendre, qu'à dix-sept ans
Lindor ne se fit pas attendre,
Et qu'il n'attendit pas longtemps.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Maman, Lindor savait donc plaire ?
— Oui, seul il me plut quatre mois ;
Mais bientôt j'estimais Valère,
Et fis deux heureux à la fois.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Quoi ! maman ! deux amants ensemble !
— Oui, mais chacun d'eux me trompa.
Plus fine alors qu'il ne vous semble,
J'épousais votre grand-papa.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Maman, que lui dit la famille ?
— Rien ; mais un mari plus sensé
Eût pu connaître à la coquille
Que l'œuf était déjà cassé.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Maman, lui fûtes-vous fidèle ?
— Oh ! sur cela je me tais bien.
A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle
Mon confesseur n'en saura rien.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Bien tard, maman vous fûtes veuve
— Oui ; mais, grâce à ma gaîté,
Si l'église n'était plus neuve,
Le saint n'en fut pas moins fêté.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !
Comme vous, maman, faut il faire ?
— Hé, mes petits enfants, pourquoi,
Quand j'ai fait comme ma grand-mère,
Ne feriez-vous pas comme moi ?
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu
© Pierre-Jean de BERANGER
Pierre-Jean de Béranger est un chansonnier français prolifique qui remporta un énorme succès à son époque. Après avoir débuté par des chansons bachiques et licencieuses qui l’auraient laissé confondu dans la foule, il sut se créer un genre à part : il éleva la chanson à la hauteur de l’ode. Dans les pièces où il traite de sujets patriotiques ou philosophiques, il sait le plus souvent unir à la noblesse des sentiments, l’harmonie du rythme, la hardiesse des figures, la vivacité et l’intérêt du drame.
Du même auteur :
Ainsi soit-il
Le coin de l'amitié
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Ma grand-mère

Je la vois encore assise dans le sofa,
Un rite bien installé, sa sieste après le repas.
Une fois la vaisselle faite au robinet de l’évier
Et le bois coupé pour recharger le foyer,
Elle s’octroyait une pause, ma foi bien méritée
Avant de remettre ça pour préparer le goûter.
Elle n’était pas grande, le visage tout rond,
Ses cheveux neigeux dégageaient bien son front.
De ses petits yeux malicieux de couleur marron,
Elle aimait la vie et de son chat le ronron.
Tous les jours de la semaine se succédaient pareils
Affairée à ses tâches, après un matinal réveil :
Il fallait s’assurer que tout brille nickel
Pour quand les voisines passaient donner des nouvelles.
De Paul, Jacques et Germaine, et de leurs enfants :
Les tout derniers potins ravissaient ses tympans.
Sans oublier la cousine Berthe et ses nombreux amants.
Elle écoutait, ravie de ne rater aucun cancan.
Sa porte était toujours ouverte : chacun disait « c’est moi ! ,
Empruntait le couloir qui menait à la cuisine tout droit,
Pour prendre place autour de la toile cirée à pois.
Ça riait, se gaussait sans malice toutefois.
L’avant de la maison donnait sur l’entrée du stade.
Le jour du match, toutes au salon aux murs moutarde.
Le jeu c’était de de scruter les visages : « Regarde »,
Disait l’une, « ils ont gagné ! Ils ont l’humeur bavarde ! »
Le dimanche après-midi à quinze heures tapantes,
Place à la famille, surtout aux petits-enfants.
Tartes au riz et aux abricots immanquablement,
Suivies d’un jeu de table : agréables moments !
Quand elle est partie, la chaîne s’est cassée.
Elle a laissé un vide, celle qu’on appelait « Mamée »…
© Michel KEUKENS
Né en Belgique, Michel Keukens a 75 ans et travaille toujours à titre de traducteur de brevets européens depuis plus de 30 ans, après avoir effectué une carrière partielle d'enseignant en langues germaniques (néerlandais, anglais, allemand) dans le secondaire. Il s'est toujours senti bien dans le monde de l'écriture, un parfait dérivatif qui le change radicalement de son activité éminemment technique ! En fait, il aime bien "raconter des histoires".
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La grand'mère
Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
La bonne femme, – et, quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère.
Moi seul j’errais dans la maison, surpris
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, – quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres émotions,
Des biens, des maux, – des révolutions, –
Ont dans les murs sa mémoire effacée.
Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
Depuis trois ans, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant !
© Gérard de NERVAL
La grand-mère

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour :
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.
En vous voyant, je me rappelle
Et mes plaisirs et mes succès ;
Comme vous, j'étais jeune et belle,
Et, comme vous, je le savais.
Soudain ma blonde chevelure
Me montra quelques cheveux blancs...
J'ai vu, comme dans la nature,
L'hiver succéder au printemps.
Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.
Naïve et sans expérience,
D'amour je crus les doux serments,
Et j'aimais avec confiance...
On croit au bonheur à quinze ans !
Une fleur, par Julien cueillie,
Était le gage de sa foi ;
Mais, avant qu'elle fût flétrie,
L'ingrat ne pensait plus à moi !
Dansez, fillettes du Village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.
À vingt ans, un ami fidèle
Adoucit mon premier chagrin ;
J'étais triste, mais j'étais belle,
Il m'offrit son cœur et sa main.
Trop tôt pour nous vint la vieillesse ;
Nous nous aimions, nous étions vieux...
La mort rompit notre tendresse...
Mon ami fut le plus heureux !
Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.
Pour moi, n'arrêtez pas la danse ;
Le ciel est pur, je suis au port,
Aux bruyants plaisirs de l'enfance
La grand-mère sourit encor.
Que cette larme que j'efface
N'attriste pas vos jeunes cœurs :
Le soleil brille sur la glace,
L'hiver conserve quelques fleurs.
Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour,
Et, sous un ciel exempt d'orage,
Embellissez mon dernier jour !
© Sophie d'ARBOUVILLE
Poétesse et nouvelliste, Sophie d'Arbouville, petite-fille de la salonnière Sophie d'Houdetot, fut une figure des salons parisiens. Épouse du général François d'Arbouville, elle tente de le suivre dans ses campagnes mais doit renoncer à cause de sa santé. Elle tient salon à Paris, dont le principal sujet est la poésie : Sainte-Beuve lui dédie des poèmes et entretient une correspondance avec elle, Mérimée et Chateaubriand lui rendent visite. Elle écrit poèmes et nouvelles sans chercher à les publier, quoique certains textes finissent malgré elle dans La Revue des deux Mondes.
L'étoile qui file
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La grand'mère

« Dors-tu ?… réveille-toi, mère de notre mère !
D’ordinaire en dormant ta bouche remuait ;
Car ton sommeil souvent ressemble à ta prière.
Mais, ce soir, on dirait la madone de pierre ;
Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.
« Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume ?
Quel mal avons-nous fait, pour ne plus nous chérir ?
Vois, la lampe pâlit, l’âtre scintille et fume ;
Si tu ne parles pas, le feu qui se consume,
Et la lampe, et nous deux, nous allons tous mourir !
« Tu nous trouveras morts près de la lampe éteinte.
Alors, que diras-tu quand tu t’éveilleras ?
Tes enfants à leur tour seront sourds à ta plainte.
Pour nous rendre la vie, en invoquant ta sainte,
Il faudra bien longtemps nous serrer dans tes bras !
« Donne-nous donc tes mains dans nos mains réchauffées.
Chante-nous quelque chant de pauvre troubadour.
Dis-nous ces chevaliers qui, servis par les fées,
Pour bouquets à leur dame apportaient des trophées,
Et dont le cri de guerre était un nom d’amour.
« Dis-nous quel divin signe est funeste aux fantômes ;
Quel ermite dans l’air vit Lucifer volant ;
Quel rubis étincelle au front du roi des gnômes ;
Et si le noir démon craint plus, dans ses royaumes,
Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.
« Ou montre nous ta bible, et les belles images,
Le ciel d’or, les saints bleus, les saintes à genoux,
L’enfant-Jésus, la crèche, et le bœuf, et les mages ;
Fais-nous lire du doigt, dans le milieu des pages,
Un peu de ce latin, qui parle à Dieu de nous.
« Mère !… — Hélas ! par degrés s’affaisse la lumière,
L’ombre joyeuse danse autour du noir foyer,
Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière…
Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière ;
Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer ?
« Dieu ! que tes bras sont froids ! rouvre les yeux… Naguère
Tu nous parlais d’un monde, où nous mènent nos pas,
Et de ciel, et de tombe, et de vie éphémère,
Tu parlais de la mort… dis-nous, ô notre mère,
Qu’est-ce donc que la mort ?… — Tu ne nous réponds pas ! »
Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule.
La jeune aube parut sans réveiller l’aïeule.
La cloche frappa l’air de ses funèbres coups ;
Et, le soir, un passant, par la porte entr’ouverte,
Vit, devant le saint livre et la couche déserte,
Les deux petits enfants qui priaient à genoux.
© Victor HUGO
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
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