Un coin de paradis
Le pêcheur et le ruisseau

« C’est un trou de verdure où chante une rivière. »
Ce doux vers de Rimbaud ravive ma mémoire…
Remontant un ruisseau, pêcheur dans les eaux claires,
Quand le soleil décline et que tombe le soir.
Je suis seul au monde dans ce lieu de délices,
Baigné de volupté et de grâce paisible.
Sur l’onde transparente des éphémères frémissent,
Proies en sursis que guette une truite invisible.
En cette fin de jour peu importent les prises,
Plus ivre de nature que de truite incertaine.
Avant de repartir, une grenouille grise
Me regarde… Se lève alors le vent de la plaine.
→ Bio-bibliographie de l'auteur
Ce coin de paradis !

C’est une terre brûlante qui chante dans le vent,
Sous les palmiers muets,
C’est une terre brûlante où le ciel bleu d’azur
Se mire dans la mer pour une éternité
Les durs remparts de pierres encerclent les rochers
Et l’écume des vagues dépose par instants
de doux baisers salés.
Dans ce lieu idyllique j’ai passé mon enfance,
A jouer sur la plage, construisant des châteaux,
ornés de coquillages,
Ivre de liberté quand je prenais le large
Ce coin de paradis m’a toujours enchantée !
Il me reste en mémoire de ce temps écoulé :
Quelques rayons dorés, la danse langoureuse
des voiliers qui s’éloignent pour m’emporter ailleurs.
Chambord

Le château de Chambord
S’il n’était pas le seul,
Des châteaux de Touraine
Faisait vibrer mon corps.
Dans ce bel édifice
J’imaginais ma traîne
Et sans autre artifice
J’étais la souveraine.
Quand je fermais les yeux
Oui je pouvais sans peine
M’imaginer tous ceux
Courant à perdre haleine.
Chambord mon paradis
Qui fit de moi une reine
M’avait aussi permis
De taire les balivernes.
J’étais la reine Claude
Admirant son François
Je n’étais pas nigaude
Mais je mis souvent bas.
Ce coin de paradis
Où le déni rimait
Aux douceurs infinies
A l’amour du foyer.
Si dans mes rêves étranges
Non je ne mourais pas
J’avais donné des anges
Plusieurs fils au roi.
→ Bio-bibliographie de l'auteure
Un coin de paradis

Avec des gestes pleins de grâce
La musique trace dans l’espace
Des arabesques des entrelacs
Quand la musique donne le la
Vous êtes ailleurs dans l’au-delà
Vous êtes en apesanteur
Dans un monde enchanteur
Par petites touches à petit pas
Comme une étoile de l’opéra
Quitte le monde d’ici-bas
D’un bond en écartant les bras
Poète et écrivain français, Alain Hannecart est également professeur universitaire et chercheur en sciences de l’éducation.
→ Voir les textes de l'auteur sur le site
Mon paradis

Mon Paradis est un doux pré de violettes
Où le chant régnera sur des âmes muettes.
Mon Ciel est un beau chant parmi les violettes.
Mon Ciel est la très calme éternité du soir
Où le regard se fait plus profond pour mieux voir
Et c’est l’Éternité dans le ciel d’un beau soir…
Mon Paradis est une éternelle musique.
Qui s’exhale divine allégresse rythmique…
Mon Paradis est le règne de la musique.
Car ce sera, là-haut, le triomphe du chant,
Le règne de la paix dans le Ciel du couchant,
Où rien ne survit plus que l’amour et le chant.
Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque. A l'abri du besoin par un héritage paternel conséquent, elle voyagea beaucoup à travers le monde. En 1899, elle s’installe définitivement à Paris et prend un nom de plume : René Vivien, prénom qu’elle féminise ensuite en Renée. De 1901 à 1909, l’intense production littéraire et poétique se mêle à des tentatives de suicide. Renée vit le spleen baudelairien, se drogue, boit de plus en plus d’alcool en solitaire. Renée Vivien fut la première poétesse francophone à exprimer ouvertement son amour physique pour les femmes et la deuxième femme francophone, après Mme Dacier au XVIIe siècle, à traduire l’œuvre de Sapho en français.
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Un coin de paradis
C’est comme un paradis au coeur de la garrigue,
Un petit coin tout vert non loin de Ventabren
Où poussent quelques pins, un figuier dont les figues
Sont presque trop sucrées, deux platanes, trois chênes
Et un micocoulier à l’ombre lumineuse.
Peut-être est-ce l’Eden ? La lumière y ramage
A rayons que veux-tu. Une oasis heureuse
Où le ciel clair occupe trois-quarts de l’image.
Dès avril le jardin exhale tant d’odeurs
Qu’il vous tourne la tête et vous pique le nez
Tant ses milliers de fleurs sentent bon le bonheur
Y poussant à foison depuis moultes années.
La maison y est rose avec des volets bleus
Qu’on ne ferme jamais, sauf quand il fait trop chaud.
Au printemps, elle piaille et jase à qui mieux mieux :
Il y a sous l’auvent un nid plein d’hirondeaux !
Si joli et si frais qu’on en est étourdi,
C’est un doux petit coin au coeur de la Provence.
Les gens qui vivent là l’appellent « Paradis »
Sans nulle fatuité : c’est nommer l’évidence !
© Vette de Fontclare (1937-2025)
Ecrivaine spécialisée dans la littérature jeunesse et poétesse, Vette de Fonclare a été professeur de français. Profondément attachée à la Provence qu'elle décrit avec passion sur son site, sa plume, inspirée par la beauté de cette région, laisse derrière elle un héritage de poèmes qui continueront à enchanter et à émouvoir. Vette de Fonclare incarnait cet amour de la poésie simple et sincère, ancrée dans la terre et les traditions provençales. Elle est aussi auteure de livres pour enfants, et a également publié un recueil de poésie. L'un de ses poèmes, L'Autruche, en forme de calligramme, est étudié dans les manuels de français des classes de 6e. A noter qu'elle a remporté de nombreux prix de poésie.
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Eventail de Mademoiselle Mallarmé

Ô rêveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.
Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement.
Vertige ! voici que frissonne
L’espace comme un grand baiser
Qui, fou de naître pour personne,
Ne peut jaillir ni s’apaiser.
Sens-tu le paradis farouche
Ainsi qu’un rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de l’unanime pli !
Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs d’or, ce l’est,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu d’un bracelet.
Le parapluie

Il pleuvait fort sur la grand-route,
Elle cheminait sans parapluie,
J'en avais un, volé, sans doute,
Le matin même à un ami.
Courant alors à sa rescousse,
Je lui propose un peu d'abri.
En séchant l'eau de sa frimousse,
D'un air très doux elle m'a dit « oui ».
Un p’tit coin d’ parapluie,
Contre un coin d’ paradis.
Elle avait quelque chose d'un ange,
Un p’tit coin d’ paradis,
Contre un coin d’ parapluie.
Je n’ perdais pas au change pardi !
Chemin faisant que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie !
J'aurais voulu comme au déluge,
Voir sans arrêt tomber la pluie,
Pour la garder sous mon refuge,
Quarante jours, quarante nuits.
Un p’tit coin d’ parapluie,
Contre un coin d’ paradis.
Elle avait quelque chose d'un ange,
Un p’tit coin d’ paradis,
Contre un coin d’ parapluie.
Je n’ perdais pas au change pardi !
Mais bêtement, même en orage,
Les routes vont vers des pays.
Poète, chanteur, écrivain, auteur et compositeur français, Georges Brassens est l'auteur de nombreux textes qui font la fierté de la chanson française : L'Auvergnat, Les copains d'abord ou Le Gorille. Auteur de plus de 200 chansons dont plusieurs poèmes mis en musique (Victor Hugo, Verlaine, François Villon, Paul Fort, Louis Aragon...).
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→ Sa biographie sur Wikipédia
→ Site dédié à Georges Brassens
