D'île en île
L'île

Le cœur s’y retire pour entendre les murmures de l’âme.
Sur ses sentiers sinueux, la pensée s’apaise.
Le cri d’un oiseau offre un doux refuge.
L’éclat et la fragrance des ajoncs soutiennent des pas harassés.
Un souffle, entre deux silences, dévoile un secret oublié.
Le vent effleure la raison.
La mer respire lentement.
Les vagues éloignent les épreuves.
L’île veille.
© Annick Pipaud
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D'île en île

Je vais d’île en île
comme on traverse les années
avec un peu de sel sur la peau
et dans les poches
des morceaux d’hier
Certaines îles ont gardé mon rire
d’autres
le silence de ceux qui sont partis
J’y ai laissé des étés
des chambres ouvertes sur la mer
des matins couleur de nacre
et quelques amours
que la marée a repris
Je ne sais plus
si je cherche encore quelque chose
peut-être seulement
ce moment fragile
où la terre disparaît derrière moi
et où rien n’existe encore devant
Alors je regarde l’horizon
une autre île se dessine
dans la lumière
et je repars
avec cette étrange certitude
que nous passons notre vie
d’île en île
à croire que nous voyageons
quand nous ne faisons peut-être
que revenir à nous-mêmes
Illustration : © Nathalie LAURO
Mon île, mon refuge

C’est une île sauvage
Blottie dans mes pensées,
Refuge où je voyage
Quand mon cœur est griffé…
C’est une île d’enfance
De jardins et de fleurs,
De joie et d’espérance
Sans douleur et sans peur…
C’est une île où se noie
La musique du temps
Quand le ciel est de soie
Sur des reflets d’instants…
C’est une île de rêves
Où les pluies sont promesses
Et sèment sur ses grèves
Des perles de tendresse…
C’est une île secrète
Peuplée de doux mirages
Pour les âmes en quête
D’amour et de partage…
C’est une île où voyagent
Des notes de silence
Jouées par les nuages
Sur des portées de paix…
C’est un p’tit confetti
Dans l’océan des songes,
Une étoile endormie
Loin de tous les mensonges…
Illustration : © Marie MINOZA
© Marie Minoza
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L'île aux fous

À quelques encablures du port de Ploumanac’h
Le rose du granite est un décor princier.
Le Roi des fous règne ici en seigneur
Les manants sont bannis, sous peine pécuniaire.
Noyée ce matin-là dans la brume océane
L’île semble éclore sous l’aile des oiseaux
Comme un œuf posé en suspension sur l’eau.
Elle érige sa pointe aux rayons matinaux.
Après cette nuit fraîche aux plumes des oiseaux
Une brise marine venue du continent
Enfante de l’écume aux vagues sauvageonnes
Qui se jettent en cadence à l’assaut des rochers.
Nul ne peut venir sans y être invité
Car l’île a des secrets qu’il faut sauvegarder.
Pour dire la vérité, malvenue aux curieux
Qui viendraient en cachette contaminer ces lieux.
Les bruyères et genêts sont des abris de choix
Le spectacle se joue dans le creux des falaises
Quand les bébés foutraques au vent ébouriffés
Attendent en piaillant leur première becquée.
Foutraque : fou, extravagant
L'île d'elle

Sous un ciel de soie qui se fait de suie
L’air est tissé de questions sans réponse,
Le vent mauvais hache nos mots et les ponce ;
Notre souffle en souffre et, embué, le suit.
Je finirai ici, sans l’aide d’un missel,
Sans rien laisser de moi parmi les raiponces.
Pas un mot. Pas un doigt. Néant universel.
L’air insupportable, en son linceul de sel,
Avec tes cheveux libérés me bâillonne,
M’entête de ses chevaux ; tonnant barcel,
Le flux brouillonne quand le reflux bouillonne.
Là-bas, les vitres suent. Des mains les essuient.
Ce sont gens lointains que la mer aiguillonne.
Sans collier ni laisse, un chien nous suit.
De Mayotte à la Réunion de rêve

Sur l’archipel aux ocres bleues d’Octobre,
S’élève un regard vers l’horizon.
L’océan est calme à cette heure matinale,
Kélidé le sait depuis longtemps.
Les nuages sont ailleurs,
Posés à des centaines et des centaines de là,
Voire à des milliers de kilomètres.
La chaleur est déjà forte,
Même du haut du relief accidenté.
Kélidé descendra la vallée tout à l’heure,
Pour retrouver la foule de Mamoudzou.
Il fallait à tout prix se lever tôt,
Pour se revigorer sur les hauteurs de l’île.
Kélidé ne portera plus l’aigreur des jaloux.
Elle partira au loin sur cette île invisible à l’œil nu
Qu’elle a connue dans les livres.
Sa sœur aînée lui en a aussi tant parlé :
« A la Réunion, l’Océan sera toujours ta paix et ta solitude. »
Mamoudzou : commune française, chef-lieu de Mayotte (département d'outre-mer)
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Mon île ailée

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L'île aux oiseaux

Poète et écrivain français, Alain Hannecart est également professeur universitaire et chercheur en sciences de l’éducation.
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Mon île de papier

Sur mon île de papier, les tempêtes se font rares,
et les mots coulent à flots tels des ruisseaux
en folie qui traversent mon esprit aussi vifs
que l’éclair.
Quelquefois une ombre passe et s’obstine
à me hanter,
Je reprends alors ma plume pour exorciser
d’un trait, mes plus vilaines pensées.
Au coeur de mon univers protégé et solitaire,
je me sens pousser des ailes pour vibrer
à la beauté.
Et ivre de couleurs, de musique, de chansons
Je remplis la feuille vierge pour y traduire
l’émotion, mot à mot, je m’évertue
à édifier un rempart contre les vagues de haine,
de violence et de colère.
Sur mon île de papier, l’horizon est dégagé
de toutes les sombres nuées.
Partir

Demain dès l’aube, et sans vouloir me retourner,
Je partirai très loin sur des mers incertaines.
Sans but et sans regrets, au gré des alizés,
Me laisserai porter où mon destin me mène.
Guidé par les étoiles, quand mon cœur vagabonde,
Accostant sans émoi sur des terres inconnues,
Je parviendrai peut-être jusqu’au bout de ce monde
Où ne rencontrerai que des âmes perdues.
Et quand je reviendrai des rêves plein la tête,
Tel Ulysse en Ithaque, après son odyssée,
Je me dirai, de fuir, il faut que je m’arrête,
Et continuer ma vie là où je suis né.
Fréquentant un atelier d'écriture depuis plus de dix ans, Pierre Paysac a publié son premier recueil, Errance, en 2021, aux éditions Persée. Son deuxième recueil est en cours d'édition. Il a par ailleurs participé au concours Poetika 2023 et Le chant d'un marin a été remarqué par les membres du jury.
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Îles

Îles
Îles
Îles où l’on ne prendra jamais terre
Îles où l’on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétations
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles innombrables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller
Jusqu’à vous.
Blaise Cendrars
Ecrivain et poète suisse, Blaise Cendrars interrompt ses études de médecine et de lettres pour voyager à travers le monde. Aventurier, bourlingueur, il publie son premier poème : "Les Pâques" lors dun séjour à New York. S'engageant dans la Légion étrangère pendant la Première guerre mondiale, il y perd un bras. Il obtient la nationalité française en 1916 et décide de se tourner vers le roman après un séjour au Brésil. L'œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde moderne où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable.
Autre texte :
Tu es plus belle que le ciel et la mer
Sa biographie sur Wikipédia
Redécouverte

Je reconnais mon île plate, et qui n’a pas bougé
Voici les Trois-Ilets, et voici la Grande Anse
Voici derrière le Fort, les bombardes rouillées.
Je suis comme l’anguille flairant les vents salés
Et qui tâte le pouls des courants.
Salut île ! C’est moi. Voici ton enfant qui revient.
Par delà la ligne blanche des brisants
Et plus loin que les vagues aux paupières de feu
Je reconnais ton corps brûlé pas les embruns.
J’ai souvent évoqué la douceur de tes plages
Tandis que sous mes pas
Crissait le sable du désert
Et tous les fleuves du Sahel ne me sont rien
Auprès de l’étang frais où je lave ma peine
Salut terre matée, terre dématée !
Ce n’est pas le limon que l’on cultive ici,
ni les fécondes alluvions.
C’est un sol sec, que mon sang même
N’a pas pu attendrir,
Et qui geint sous le soc comme une femme éventrée.
Le salaire de l’homme ici,
Ce n’est pas l’argent qui tinte clair, un soir de paye,
C’est le soir qui flotte incertain au sommet des cannes
Saoules de sucre.
Car rien n’a changé
Les mouches sont toujours lourdes de vesou,
Et l’air chargé de sueur.
Extrait de Balles d'or, Présence africaine, 1982
Vesou : le vesou est le moût extrait de la canne à sucre. C'est la base du rhum agricole et de la cachaça, de la cassonade et du « pain de vesou » (ou panela, rapadura), et aussi le jus brut au départ de la production du sucre de canne.
Poète guadeloupéen né à Pointe-à-Pitre, Guy Tirolien y effectue ses études secondaires avant de les continuer en France à partir de 1936. Il entre à l'École nationale de la France d'outre-mer et en sortira diplômé après la Seconde Guerre mondiale. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier avec Léopold Sédar Senghor. Libéré en 1942, Guy Tirolien s'engage dans le combat de la Négritude, aux côtés de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas quand ceux-ci fondèrent ce mouvement littéraire. Il devient administrateur colonial en Afrique de l'Ouest et mène ensuite une carrière de fonctionnaire international auprès de l'ONU. Il est l'auteur d'une œuvre célèbre Prière d'un petit enfant nègre (1943) reprise dans son recueil Balles d'or publié aux éditions Présence africaine. Ce poème raconte l'histoire d'un enfant noir qui ne veut plus aller à l'école des blancs. Il signe aussi Feuilles vivantes au matin toujours chez le même éditeur.
Sa biographie sur Wikipédia
Les îles

Au large, dans l'attrait d'un fier isolement,
Apparaissent les îles
Où parfois en rêveur, en chasseur, en amant
À la sourdine on file.
N'importe où l'on aborde, avidement on fait
Le tour de son royaume,
Et la tente, sitôt dressée, est un palais
Que l'atmosphère embaume.
On se trouve lié d'instinct aux voyageurs
De tout bateau qui passe.
On a de l'intérêt pour les hérons guetteurs
Grimpés sur leurs échasses.
On muse sur la grève, on fauche pour son lit
Les rouges salicaires
Par quoi l'île transforme en élégants replis
Marais et fondrières.
L'éloignement du monde infuse dans l'air pur
Un subtil aromate.
On écoute en son cœur, près de l'eau, sous l'azur
Chanter une sonate.
On s'en revient les yeux fixés là-bas, et tel
Qu'aux jours de sa bohème ;
Heureux d'avoir été, dans le calme archipel,
Splendidement soi-même.
Poète québécois, Alphone Beauregard suit un cours commercial à l'Académie Girouard de St-Hyacinthe. Il doit abandonner ses études à la mort de son pèreen 1892. Il pratique alors divers métiers, tels qu'employé à la manufacture de chaussures Côté (1892-1899), comptable pour la Compagnie Singer ou commis au port de Montréal. En parallèle, il publie des poèmes dans des revues et journaux. Son premier recueil de poésie, Les Forces, paraît en 1912 et son second, Les alternances, en 1921. il est reçu à l'École littéraire de Montréal. De 1911 à 1922, il occupe le poste de secrétaire de l'École, puis, en 1922, il est élu président. Il meurt asphyxié au gaz le 15 janvier 1924.
Sa biographie sur Wikipédia
Les îles de la lune

La Grande Comore
Marins omanais et yéménites croisant au large
Intrigués par ce halo mystérieux
Qui embrasait la silhouette de l'île sous la nuit étoilée
Lui assignèrent la lune en oracle de son destin.
Vision prémonitoire d'une Grande Comore
Majestueuse dans les décombres.
Mais vision abusée par les furies nocturnes du volcan Karthala.
Qu'importe ! La liste des visiteurs impressionne.
Le roi Salomon y débarqua ainsi que la reine de Saba
Précipitée par les djinns dans les entrailles du volcan.
Les frères poètes de Dieppe en route pour Sumatra
Et le grand Vasco, à deux virées de bord de rentrer dans l'Histoire.
Aujourd'hui on y embarque plutôt qu'on y débarque.
La grande mosquée en impose au cœur de stone town
Blottie entre les darses du port
Où sommeillent les boutres, bercés par la mélopée souffie de la brise.
Un monde où l'espoir ne peut venir que de son Histoire.
Le retour de son plus ancien visiteur est-il un signe ?
Le cœlacanthe et son armure forgée à l'aube du monde.
La Grande Comore est une île formant un État fédéré de l'union des Comores. C'est la plus peuplée et la plus grande des îles de l'archipel des Comores. Capitale : Moroni.
Djinn : dans le Coran et les légendes musulmanes, être intelligent, généralement malfaisant, créé de feu, entre l'homme et l'ange, qui peut apparaître sous différentes formes.
Darse : bassin abrité à l'intérieur d'un port.
Boutre : petit voilier arabe traditionnel en bois
Souffie : d'origine mystique musulmane
Cœlacanthe : poisson de grande taille longtemps connu à l'état de fossile, habitué des grands fonds.
Né à Bordeaux, Bertrand Tardé a effectué des études supérieures à l'université de Caen et obtenu une maîtrise de langues scandinaves et une licence de sociologie. Actuellement retraité, il a été journaliste free lance pour des journaux et magazines nationaux comme Thalassa, Grands reportages, Historia, L'événement du Jeudi, etc. Il a été responsable du service culture du Journal de la Réunion. Il a également donné des conférences sur la Jangargh Kalam school (art tribal indien contemporain) et travaillé pour l'encyclopédie de la maison Atlas. Il a publié plusieurs récits de voyages, des nouvelles et la biographie de Jorgen Jorgensen, explorateur danois.
L'île sur le lac, à Innisfree

Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree,
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.
Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombe
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi est un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir.
Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive.
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du cœur.
William Butler Yeats (1865-1939)
