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y
Posté le 29/05/2020 - Thème : Femme

L'amoureuse

Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.

© Paul ELUARD

Paul Eluard (1895-1952)
Nom de plume d'Eugène Grindel, Paul Eluard est un poète français. Il adhère au dadaïsme et devient l'un des piliers du surréalisme. Obligé d'interrompre ses études à cause de la tuberculose, il séjourne en sanatorium où il rencontre une jeune russe qu'il prénomme Gala. Impressionné par sa forte personnalité, c'est d'elle qu'il tient son premier élan de poésie amoureuse. Il l'épouse début 1917. Malgré sa santé défaillante, il est mobilisé en 1914, puis publie ses premiers poèmes. Au lendemain de la Grande Guerre, il adhère au mouvement Dada puis s'engage dans celui du surréalisme. En 1928, il repart en sanatorium accompagné de Gala. C'est là qu'elle le quitte pour Salvador Dali. Autour d'un voyage autour du monde, il rencontre Maria Benz (Nusch) qui devient sa muse et lui inspirera ses plus beaux poèmes d'amour. Plongé dans le désespoir après le décès de Nusch en 1946, il rencontre Dominique qui devient sa dernière compagne et pour laquelle il écrit le recueil "le Phénix" consacré à la joie retrouvée. Il succombe à une crise cardiaque le 18 novembre 1952 et sera inhumé au Père Lachaise.
Photo : Maria Benz (Nusch)
Autres textes :
Ce ne sont pas mains de géants
Renouveau
Couvre-feu
Dit de la Force et de l'Amour
L'aube, je t'aime
La nuit n'est jamais complète
Liberté
Saisons
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 29/05/2020 - Thème : Vie

Les couleurs de la vie

Penchée sur mes couleurs
J'écoute les bruits de la vie
Les pigeons qui roucoulent
Une pie, un chien aboie
Les cris joyeux des enfants...
Les pastels me racontent
Une histoire, un jour
Un soleil étrange,
Cette femme que j'entends
C'était moi hier, avant-hier
Il y a longtemps...
Ainsi vont les jours
Sur le fil du temps
Des souvenirs, des rires, sourires
Un claquement de portière
Des pas, tes pas
Le souffle léger de la brise ...
Un rideau qui s'envole
Vers le ciel d'azur
Le regard posé sur la mer
Une île, un bateau
Des voiles blanches
Des coquillages sur le sable
Un coin tranquille ...
Des fleurs sauvages
Autour d'un puits, un arc en ciel
Le seau, l'eau fraîche, un groseiller
Le bonheur de créer
Ressentir, exister ...

© Danielle BAILLY CROMBEZ

Danielle Bailly Crombez
Bretonne et amoureuse de sa belle région, Danielle Bailly Crombez écrit depuis trois ans et a toujours aimé la poésie. Tous les sujets l'inspirent et elle écrit également des comptines.
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y
Posté le 29/05/2020 - Thème : Nature

Toute pensée est une fleur...

Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce,
Qui naît, s’ouvre et brille, lueur
Dans notre nuit épaisse.


Elle paraît et disparait
Comme un rêve à l’aurore.
D’où vient-elle ? C’est un secret.
Où va-t-elle ? On l’ignore.

Dans son éclat, dans sa fraîcheur,
Avant qu’elle nous laisse,
Embaumons-la, forme et couleur,
La frêle enchanteresse.

Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce.

 

Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)
Henri Frédéric Amiel est un écrivain et philosophe suisse romand, célèbre pour son gigantesque journal intime (17 000 pages, de 1839 à 1881). Professeur d’esthétique et de littérature française à l'université de Genève grâce à son étude Du Mouvement littéraire dans la Suisse romande et de son avenir. De 1854 jusqu'à sa mort, il conserva sa chaire de philosophie. Il a publié plusieurs volumes de poèmes, d’études historiques ou philologiques et des essais philosophiques influencés par la philosophie idéaliste allemande.
Autre texte :
Printemps du Nord
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 28/05/2020 - Thème : Nostalgie

J'irai bien refaire un tour...

J'irai bien refaire un tour au petit jardin tranquille,
Dans ce petit bois à l’orée d'un matin si fragile.
Des vignes aux ormeaux, des blés d’or aux vertes prairies,
Un ruisseau débordant qui arrose encore l'herbe jaunie.

Mais qu’ils sont pléthores tous ces cris jetés au vent,
Je me rappelle encore du nom de l'écureuil m’appelant.
Là-bas l'oiseau se baigne dans la rivière de l'amour,
Souvenirs d'un bonheur qui ensoleillait mes beaux jours.

Et même si vous me proposiez des palais audacieux,
Quand bien même j'hérite de vos châteaux majestueux.
Si la mer est prête à me rendre toutes les vagues du large,
J'irai quand même refaire un tour sur la terre de mon village.

Dans tous ces endroits presque oubliés de ma mémoire,
Mon cœur plein d'espérance se refait une vie à l'envers.
Je vais chantonnant la vieille France sur mon fragile promenoir.
Et me voilà happé entre quatre murs de la grande ville solitaire.

Toutes mes histoires vivent dans le grenier du peu d'instants,
Elles me racontent les photos jaunies du bon vieux temps.
Mais vite je dois partir, quelques sanglots, et le soupir se délivre,
La vie écarte le souvenir de ce parfum dont encore je m'enivre.

Bien sûr que je me souviendrai toujours de ce beau jardin,
De cette fille du petit bois charmant à l’orée du matin.
Mais voici que l’album se ferme et mon cœur s’est rouvert,
Le grand confinement d'aujourd'hui venge ma mémoire d'hier.

© Christian POULLEIN

Christian Poullein
Cet auteur a publié plusieurs recueils de poésie.
→ Sa page Facebook

y
Posté le 28/05/2020 - Thème : Alcool

Valse

Ah ! pourquoi de vos yeux
Tant appeler mes yeux,
Et pourquoi d’une folle étreinte me dire
Que tout est puéril
Hors élan de nos cœurs
Éperdus l’un vers l’autre.
Ces lampes claires et ces girandoles
Dévoileraient mon trouble sans doute,
Si je laissais vos yeux
Tant parler à mes yeux.
Vois l’enchantement de cette nuit complice
Et ces roses
Amoureuses
Aux corsages des Amoureuses.
Respirons les aromes charmants
Qui montent de ces fleurs,
Parées comme des femmes,
Et des ces femmes parées
Comme des fleurs.
Enivrons-nous du doux vin
Cher à Cythérée,
Tandis que les violons
Traînent des notes pâmées
Et que les violoncelles sont
Des voix humaines extasiées.
Ne fuyez pas, chers yeux, tes yeux
Abandonnez-vous vaincus et vainqueurs,
Abandonnez-vous, tes yeux à mes yeux.

 

Marie Krysinska (1845-1908)
Poétesse et musicienne française, elle devient la seule femme membre actif des cercles littéraires des Zutistes, des « Hirsutes » et des « Jemenfoutistes » qui se réunissent au cabaret du Chat noir. Elle accompagne au piano les chansons et les poèmes qu’on y déclame. Elle a publié trois volumes de poésies, qui comprennent des poèmes en vers libres, ainsi qu’un recueil de nouvelles, trois romans et de très nombreux articles sur la littérature, l’art, la musique et la critique littéraire.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 28/05/2020 - Thème : Nature

Batterie

Soleil, je t'adore comme les sauvages,
à plat ventre sur le rivage.

Soleil, tu vernis tes chromos,
tes paniers de fruits, tes animaux.

Fais-moi le corps tanné, salé ;
fais ma grande douleur s'en aller.

Le nègre, dont brillent les dents,
est noir dehors, rose dedans.

Moi je suis noir dedans et rose
dehors, fais la métamorphose.

Change-moi d'odeur, de couleur,
comme tu as changé Hyacinthe en fleur.

Fais braire la cigale en haut du pin,
fais-moi sentir le four à pain.

L'arbre à midi rempli de nuit
la répand le soir à côté de lui.

Fais-moi répandre mes mauvais rêves,
soleil, boa d'Adam et d'Eve.

Fais-moi un peu m'habituer,
à ce que mon pauvre ami Jean soit tué.

Loterie, étage tes lots
de vases, de boules, de couteaux.

Tu déballes ta pacotille
sur les fauves, sur les Antilles.

Chez nous, sors ce que tu as de mieux,
pour ne pas abîmer nos yeux.

Baraque de la Goulue, manège
en velours, en miroirs, en arpèges.

Arrache mon mal, tire fort,
charlatan au carrosse d'or.

Ce que j'ai chaud ! C'est qu'il est midi.
Je ne sais plus bien ce que je dis.

Je n'ai plus mon ombre autour de moi
soleil ! ménagerie des mois.

Soleil, Buffalo Bill, Barnum,
tu grises mieux que l'opium.

Tu es un clown, un toréador,
tu as des chaînes de montre en or.

Tu es un nègre bleu qui boxe
les équateurs, les équinoxes.

Soleil, je supporte tes coups ;
tes gros coups de poing sur mon cou.

C'est encore toi que je préfère,
soleil, délicieux enfer.

© Jean COCTEAU

Jean Cocteau (1889-1963)
Poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français, il a été élu à l'Académie française en 1955. Comptant parmi les artistes qui ont marqué le xxe siècle, il a côtoyé la plupart de ceux qui ont animé la vie artistique de son époque. Il a été l'imprésario de son temps, le lanceur de modes, le bon génie d'innombrables artistes. En dépit de ses œuvres littéraires et de ses talents artistiques, Jean Cocteau insista toujours sur le fait qu'il était avant tout un poète et que tout travail est poétique.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 27/05/2020 - Thème : Femme

Reine d'acajou

Un coeur brodé de dentelles
Tenu par une ficelle
Plane au vent, chante crécelle
Sa chemise sans bretelles

S'envoie en l'air, un cerf-volant
L'attraper, bel affriolant
Battant des ailes, l'ortolan
Monte vers le soleil brûlant

Dans l'azur de ses prunelles
Délicate coccinelle
Habillée tout en flanelle
Véritable Pimprenelle

Vêtue de ses beaux habits blancs
Ses cheveux volent ondulants
Sur ses épaules, dénudant
Le trouble du jeune galant

Elle voudrait poser toute nue
A jouer, sotte ingénue
Sur une pierre biscornue
Lui souhaiter la bienvenue

Visiter le jardin désir
Ses douceurs pouvoir les choisir
L’éphèbe voudrait s'en saisir
Déguster les fruits du plaisir

Un peu gauche, elle le conduit
Au doux pêché de chair, l'induit
A frôler son petit réduit
Et en titiller le produit

Timide, le rouge aux joues
N'ayant jamais vu de joujou
Peur de casser ce cher bijou
Aux fines couleurs d'acajou

© Rémi GODET

Rémi Godet (1948-)
Poète, musicien, cycliste, épicurien... Après un parcours professionnel dans une grande administration, Rémi Godet a publié son premier recueil à 69 ans, prouvant ainsi qu'il n'est jamais trop tard ! La vente de ses deux premiers recueils lui a permis de faire des dons à plusieurs associations caritatives. Un troisième recueil est en cours d'édition et il prépare actuellement un livre sur l'épisode du COVID-19.
Autre texte :
Le petit village
Son blog :
http://desmotsdesmauxbruyantsilence.over-blog.com/

y
Posté le 27/05/2020 - Thème : Inclassables

Arc-en-ciel

Sous l’arc des nuages durcis
Au bruit des voix qui s’abandonnent
Sur les trottoirs blancs et les rails
A travers les branches du temps
J’ai regardé passer ton ombre
Seule entre les signes obscurs
Les traits de lumière mouvante
Transparente au reflet des fausses devantures
Et elle allait et elle allait

Jamais tu n’as marché si vite
Je me rappelais ta figure
Mais elle était beaucoup moins grande
Et puis j’ai regardé ailleurs
Mais pour te retrouver encore
Dans les échos du jour roulant dans ma mémoire

Des fils de souvenirs s’accrochent dans les branches
Des feuilles dans l’air bleu planent à contre vent
Un ruisseau de sang clair se glisse sous la pierre
Les larmes et la pluie sur le même buvard
Puis tout se mêle au choc dans l’ouate plus épaisse
Dans l’écheveau du sort le cœur perd son chemin
Toujours le même qui s’arrête
Toujours le même qui revient

Le soleil s’éteignait
Je regardais plus loin
Les traces de tes pas brodaient d’or la poussière
Et tout ce qui n’était pas là
Dans les flammes du soir qui dévorent la terre.

© Pierre REVERDY

Pierre Reverdy (1889-1960)
Poète français associé au cubisme et au début du surréalisme, il a eu une influence notable sur la poésie moderne de langue française
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 27/05/2020 - Thème : Mère

Mère

Mère tu es partie
tu n'as pas eu le temps de nous dire adieu
la mort t'a enveloppée
dans son drap de ronces
mère tu nous laisses seuls
qu'allons-nous devenir sans toi
toi seule qui savais dans quel enfer
je louvoyais depuis tant d'années
je ne reverrai ni ton visage ni ton sourire
toi qui connaissais le chemin secret
qui mène aux abîmes de la douleur
tu as tout supporté
tu ne savais pas te plaindre
la dernière semence de vie s'en est allée
je n'ai pas voulu te revoir

dans la blancheur des draps
pourtant chacun disait que tu souriais
que ton corps reposait dans l'apaisement
et la paix
toi qui durant ta vie as si peu connu la paix et la joie
mère muré dans mon désespoir je t'appelle encore
je n'ai pas admis ce départ
je ne l'admettrai jamais
je ne pense qu'à te rejoindre
la vie m'échappe

© Francis GIAUQUE

Francis Giauque (1934-1965)
Grande personnalité littéraire du Jura bernois, son œuvre est influencée par la dépression, le désespoir et la révolte. Elle est composée de poèmes, lettres, textes de chansons (dont certaines furent destinées à Léo Ferré) et de proses regroupées en deux petits recueils. Après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, la vie de Francis Giauque reste empreinte par ces sentiments, le menant vers la fin tragique du poète. Il se suicide dans la nuit du 12 au 13 mai 1965 à l'âge de 31 ans.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 26/05/2020 - Thème : Objets

La tasse blanche

Tasse blanche

Pour thé noir

Confinée

En ce fouillis

Livres empilés

Dans ma chambre de poète

Vaisseau de porcelaine

Transport assuré

De l’esprit

Entre les volutes parfumées

Du breuvage

Et les pages

Rien n’est laissé

Au hasard

À proximité du lit

Les écrits

À scruter sous l’iris

En premier

Avant le basculement

Dans le monde des rêves

Les autres

Sont aussi prévus

Au calendrier

Pas d’empressement

Pas de bévue

Car je ne voudrais

Surtout pas

Renverser la tasse blanche.

© Denis MORIN

Denis Morin (1963-)
Poète, romancier et biographe, Denis Morin est né dans l'est du Québec et vit près de Montréal. Il possède des racines françaises, anglaises et autochtones. Il se dit d'ailleurs fasciné par la culture française. Il s'est spécialisé dans la poésie biographique (Camille Claudel, Auguste Rodin, Barbara, Félix Lerclerc, Piaf...).
Ses blogs :
→ https://ecrivainpoesiedenismorin.org/
→ https://denismorinauteur.blogspot.com/

y
Posté le 22/05/2020 - Thème : Nature

Fragilité

En chemin, j'ai trouvé
une fleur froissée
sur le bitume.

Elle m'implorait
de la ramasser.
D'elle, j'eus pitié
et je la recueillis
entre mes mains,

comme un mouchoir
de soie rose,
comme un prélude au soir,
à sa métamorphose.

© Alix LERMAN ENRIQUEZ

Alix Lerman Enriquez (1972-)
Née à Paris, la poétesse Alix Lerman Enriquez a déjà publié une quinzaine de recueils de poésie comme Météores (Editions La Bartavelle 2005), A-Contre-jour (Hervé Roth Editeur 2013), Les territoires de la nuit pourpre (Do Bentzinger Editeur 2012), Herbier d’errances (Editions Flammes vives 2016), Au-delà de la nuit (Editions Les Poètes français 2016), Tessons et miroir (Editions Vox Scriba 2017), Estuaire de l’espoir (Editions Flammes vives 2018), La morsure du jour sur la mer (éditions les Poètes français 2018), Bribes du jour, éclats de nuit, (Editions Stellamaris, 2019). Elle est également l’auteur de proses poétiques sur le site de l’éditeur Hervé Roth et anime elle-même deux blogs poétiques.
Ses blogs :
→ Perles de poésie
→ Aphorismes et petits riens

y
Posté le 21/05/2020 - Thème : Objets

Six heures

Instant délicieux
À une heure matinale
Entre le jour et la nuit,

En prenant son café
Manger des yeux
Un croissant de lune,

Manque de bol
Au petit déjeuner
Moucheron qui boit la tasse.

© Stéphen MOYSAN

Stéphen Moysan
Jeune auteur talentueux qui a publié un recueil : L'efflorescence d'un adieu. Son site offre un florilège de poèmes et de peintures. Il met à l'honneur beaucoup de poètes classiques mais pas que. Beaucoup de haïkus et de très jolis textes.
Son site :
→ Eternels éclairs

y
Posté le 21/05/2020 - Thème : Inclassables

Premier avertissement

Que nous importe, en vérité,
Que tout se transforme en poussière,
Sur combien d’abîmes j’ai chanté,
Dans combien de miroirs j’ai vécu ?
Ce n’est pas un rêve, soit, ni un réconfort,
C’est tout sauf un bienfait du ciel,
Il se peut que tu sois obligé
De te rappeler plus qu’il n’est nécessaire.
Le grondement des poèmes qui se taisent,
L’œil qui se cache dans les profondeurs,
Cette couronne de barbelés rouillés
Au milieu d’un silence inquiet.
© Anna AKHMATOVA

Anna Akhmatova (1889-1966)
C'est l'une des plus importantes poétesses russes du XXe siècle, surnommée "la Reine de la Neva". Elle a écrit aussi bien des petits poèmes lyriques que de grandes compositions poétiques. Les thèmes récurrents de son oeuvre sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et écrire dans l'ombre du stalinisme.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 18/05/2020 - Thème : Amour

Toi et Moi

J’ai connu
Les amours éphémères
Les étés à la mer
Qui laissent un goût amer,
J’ai connu
Les ébats de secours
Sans débats ni discours
Qui cessent au petit jour,
J’ai connu
Les idylles ratées
À peine consommées
Et déjà consumées.

Mais de toi à moi, toi et moi…

J’ai connu
Les amours monotones
Monocordes et atones
Condamnées à l’automne,
J’ai connu
Les ébats trop pressés
Dans des bras oppressés
Qui finissent en procès,
J’ai connu
Les idylles ultimes
Qui vous mènent aux cimes
Puis vous plongent en abîme.

Mais de toi à moi, toi et moi…

J’ai connu,
Les amours passagères
Les hommes courant d’air
Les retours en hiver,
J’ai connu
Les ébats sans ardeur
Les lendemains de leurre
Quand l’autre a pris l’ailleurs,
J’ai connu
Les idylles par défaut
Quand le cœur est trop gros
De jouer en solo.

Mais de toi à moi, toi et moi…

Oh ! Toi et moi…

© Laurent AYCAGUER

Laurent Ayçaguer
Poète et auteur aquitain, c'est par la musique, au lycée, en essayant de composer des paroles de chansons que Laurent Ayçaguer s'est découvert la passion des mots et de l'écriture. Il anime aujourd'hui des ateliers de poésie. Il a publié plus d'une dizaine d'ouvrages (textes + CD chansons) que vous pouvez vous procurer sur son blog.
Autre texte :
Con-fi-ne-ment
Son blog
→ http://laurentaycaguer.e-monsite.com/

Le texte interprété par Célia Mindren :
→ https://youtu.be/jEm0Pq5yEoc

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Posté le 17/05/2020 - Thème : Nuit

Nuit harmonieuse

Dans la pourpre du soir au couchant langoureux,
Monte un parfum de miel, de fraise et de framboise,
Les tout derniers rayons sur les toits en ardoise
Reflètent nonchalants leurs éclats somptueux.

Puis le spectre lunaire en montant dans les cieux
Comme un ballon lâché s'illumine et pavoise
Et toutes les maisons une à une se toise,
S'allume dans le soir comme brillent des yeux.

Le temps va s'endormir, laissant aux rêves place,
Et celui des amants et leur Amour fugace.
Au silence des dieux, les anges vont veiller.

Puis s'écoule la nuit, douce et harmonieuse,
Aux frissons du matin, l'aube va s'éveiller
Au soleil, habillée aux couleurs radieuses.

© Gérard BOLLON-MASO

Gérard Bollon-Maso (1947-)
Né en région parisienne, Gérard Bollon-Maso habite à Villeurbanne. Fan de poésie depuis son enfance, il écrit depuis une vingtaine d'années.
Il publie ses textes dans des revues de poésie et a deux recueils édités en 2012 et 2015.
Autres textes :
La baigneuse
Douceurs d'été
Balade en été
Son blog :
http://cielbleu69.eklablog.com/

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Posté le 17/05/2020 - Thème : Révolution/Révolte

Aux atroces impunis

À ceux qui pansent le cercueil quand c’est le cœur qui saigne,
À ceux qui pensent comme on dépense en vendant notre peau,
À ceux qui cousent nos paupières avec le fil du discours,
À ceux qui cousent des drapeaux et décousent les nids,
À ceux qui noient l’amour dans le cours de la Bourse,
À ceux qui se saoulent à l’égout des égos,
À ceux qui transforment l’espoir en loterie monétaire,
Les jardins d’enfants en fabriques à soldats,
Et le chant des cigales en grillon du foyer,
Aux prophètes du Texas qui se prennent pour Dieu,
Aux vendeurs de pilules, de prières et de bombes,
Aux atroces impunis adorant le veau d’or,
Aux empêcheurs de vivre, aux bourreaux qu’on encense,
Aux saccageurs de rêves, aux pilleurs de tombeaux,
Qui renversent les pôles sans inverser les rôles,
Aux signeurs de décrets, aux saigneurs d’abattoir,
Aux seigneurs des finances, des églises et des stades,
À eux qui sèment la tempête sans connaître le vent,
À ceux qui comptent la mer à tant le grain de sel,
Et vendent les châteaux à tant le grain de sable,
Aux flics, aux banquiers, aux notables,
À ceux qui font leur beurre avec la loi,
À la racaille qui nous juge,
Aux assassins qui nous gouvernent,
je ne dis pas je vous hais
mais je vous souhaite le malheur.

 © Jean-Marc LA FRENIERE

Jean-Marc La Frenière (1948-)
Né au Québec dans la vallée du Richelieu, Jean-Marc La Frenière est un poète de rue, il distribue sa poésie par l’intermédiaire des itinérants. Il a publié plusieurs recueils.
Son blog :
http://lafreniere.over-blog.net/

y
Posté le 15/05/2020 - Thème : Amour

La marche à l'amour

Tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers
ma danse carrée des quatre coins d’horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d’abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme
tu es belle de tout l’avenir épargné
d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
ouvre-moi tes bras que j’entre au port
et mon corps d’amoureux viendra rouler
sur les talus du Mont-Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta palinte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l’ombre et ton cœur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des hasards de l’amour dénoué
j’allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne […]
le monde entier sera changé en toi et moi
la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
de pas voletant par les eaux blessées de nénuphars
mes absolus poings
ah violence de délices et d’aval
j’aime
que j’aime
que tu t’avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas
par ce temps doucement entêté de perce-neige
sur ces grèves où l’été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi tous les saguenays d’eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du cœur d’outaouais
puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorge
terre meuble de l’amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi 

© Gaston MIRON

Gaston Miron (1928-1996)
Poète et éditeur québecois, Gaston Miron est considéré comme un éminent poète national du Québec qui lui a offert des obsèques nationales. Il a joué un rôle de premier plan dans l'édition québécoise et s'est employé, pendant plus de trente ans, à faire connaître la littérature québécoise par des lectures de poèmes et des prestations dans nombre de pays lors de colloques ou de rencontres littéraires avec divers publics. Son oeuvre a été couronnée d'une dizaine de prix.
Autres textes :
Compagnon des Amériques
Mon bel amour
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 14/05/2020 - Thème : Société

Ce ne sont pas mains de géants

Ce ne sont pas mains de géants

Ce ne sont pas mains de génies

Qui ont forgé nos chaînes ni le crime

 

Ce sont des mains habituées à elles-mêmes

Vides d’amour vides du monde

Le commun des mortels ne les a pas serrées

 

Elles sont devenues aveugles étrangères

À tout ce qui n’est pas bêtement une proie

Leur plaisir s’assimile au feu nu du désert

 

Leurs dix doigts multiplient des zéros dans des comptes

Qui ne mènent à rien qu’au fin fond des faillites

Et leur habileté les comble de néant

 

Ces mains sont à la poupe au lieu d’être à la proue

Au crépuscule au lieu d’être à l’aube éclatante

Et divisant l’élan annulent tout espoir

 

Ce ne sont que des mains condamnées de tout temps

Par la foule joyeuse qui descend du jour

Où chacun pourrait être juste à tout jamais

 

Et rire de savoir qu’il n’est pas seul sur terre

À vouloir se conduire en vertu de ses frères

Pour un bonheur unique où rire est une loi

 

Il faut entre nos mains qui sont les plus nombreuses

Broyer la mort idiote abolir les mystères

Construire la raison de naître et vivre heureux.
© Paul ELUARD

Paul Eluard (1895-1952)
Nom de plume d'Eugène Grindel, Paul Eluard est un poète français. Il adhère au dadaïsme et devient l'un des piliers du surréalisme. Obligé d'interrompre ses études à cause de la tuberculose, il séjourne en sanatorium où il rencontre une jeune russe qu'il prénomme Gala. Impressionné par sa forte personnalité, c'est d'elle qu'il tient son premier élan de poésie amoureuse. Il l'épouse début 1917. Malgré sa santé défaillante, il est mobilisé en 1914, puis publie ses premiers poèmes. Au lendemain de la Grande Guerre, il adhère au mouvement Dada puis s'engage dans celui du surréalisme. En 1928, il repart en sanatorium accompagné de Gala. C'est là qu'elle le quitte pour Salvador Dali. Autour d'un voyage autour du monde, il rencontre Maria Benz (Nusch) qui devient sa muse et lui inspirera ses plus beaux poèmes d'amour. Plongé dans le désespoir après le décès de Nusch en 1946, il rencontre Dominique qui devient sa dernière compagne et pour laquelle il écrit le recueil "le Phénix" consacré à la joie retrouvée. Il succombe à une crise cardiaque le 18 novembre 1952 et sera inhumé au Père Lachaise.
Autres textes :
Renouveau
Couvre-feu
Dit de la Force et de l'Amour
L'aube, je t'aime
La nuit n'est jamais complète
Liberté
Saisons
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 14/05/2020 - Thème : Amour

Alors que tout aime

Alors que tout aime

que de vie en vie

le corps me manque...

te prendre

au cœur du silence

t’enfermer dans mes bras

te laisser danser dans mon cœur

toute la flamme des éternités

et finalement me dissoudre

dans la vie que je perds

à t’aimer

à t’aimer sans jamais me rendre

 

alors que tout aime

sais-tu

que je renais sans cesse de mes cendres

à sentir l'éternité de son pas léger

venir me prendre

alors que tout aime

et que moi comme le cèdre

d’un lointain Liban

je n’ai plus de racine que pour le ciel…

 

alors que tout aime

ici je vais ..

prends ma main

qu’il me reste un souvenir

prends mon cœur

qu’il ne me reste plus que toi

prends ma vie

qu’il me reste encore l’éternité

de ce que nous sommes

dans cet instant

où tout aime
© Yves DROLET

Yves Drolet (1951-)
Né à Montréal au Québec, Yves Drolet vit toujours dans cette région et se dit poète avant tout.
Autre texte :
Si je vous écris...
Vous trouverez d'autres textes de l'auteur sur ce blog :
→ http://www.couleurs-poesies-jdornac.com/tag/yves%20drolet/

y
Posté le 14/05/2020 - Thème : Lieux

Le petit village

C'est un petit village 
Perché sur les rochers 
Des toits en empilage 
De maisons accrochées 

Une ruine domine
Vieux donjon et rempart 
Le soleil illumine 
L'antique étendard

J'entends les attelages
Le pas lourd des chevaux
Frôlant les étalages 
Variés des hâtiveaux

Les enfants en guenilles 
S'esclaffent en courant 
Sous les grandes charmilles
D'un vert exubérant 

L'enclume, les varlopes
Des ciseaux, un marteau
Joutent dans les échoppes 
L'art subi de l'étau 

L'odeur fraîche de paille
Les effluves du foin 
Le signal de la caille 
Dans les blés d'or au loin

Qu'il fut beau ce village 
Aujourd'hui déserté 
Triste remue-ménage 
De fausse liberté 

De ceux partis en villes
Gagner de l'utopie
En devenant serviles 
Mauvaise thérapie 

Les ronces et les lierres
Dévorent les maisons
Accrochés aux meulières
Au rythme des saisons

Là-haut quelques corneilles
Assistent l'agonie 
De ce qui fut merveille
Comble de l'ironie
© Rémi GODET

Rémi Godet (1948-)
Poéte, musicien, cycliste, épicurien... Après un parcours professionnel dans une grande administration, Rémi Godet a publié son premier recueil à 69 ans, prouvant ainsi qu'il n'est jamais trop tard ! La vente de ses deux premiers recueils lui a permis de faire des dons à plusieurs associations caritatives. Un troisième recueil est en cours d'édition et il prépare actuellement un livre sur l'épisode du COVID-19.
Son blog :
http://desmotsdesmauxbruyantsilence.over-blog.com/

y
Posté le 14/05/2020 - Thème : Ecrire

Ecrire

J'écris avec ma main

(parfois comme un pied)

J'écris seul sous la lune

(le soleil ne le sait pas)

J'écris des mots d'amour

(qui ne sont ni crus ni crus)

J'écris plus que je bois

(ma mauresque sucrée)

J'écris par peur du vide

(ma vie déborde et ruisselle)

J'écris par soif de vivre

(jamais la mort ne m'obsède)

J'écris la vérité

(mais la travestis sans cesse)

J'écris quand tu t'écries

(par la grâce du silence)

J'écris l'écho du corps

(traîtresse est sa souffrance)

J'écris les maux de l'âme

(maitresse est sa poésie)

Sans doute est-ce

parce que je n’ai rien à dire

ou que je ne sais comment dire

ni à qui le dire

que j’écris

Arythmie solitaire du silence

après l’infinie logorrhée

vacance du verbe séculaire

quand sa volubile babel

étouffe le cri de mon mutisme

sordide mimétisme sémantique

Le vol ardent des martinets

trouble le calme impassible

des marronniers

Le soir sombre morne et sublime

et dans un souffle sensible et sensuel

assoupit la mémoire

J’avoue et crie

Je vous écris

Il faut écrire quand on ne peut crier

pour ne pas sacrifier les silences

pour ne pas se fier aux offenses

pour ne pas meurtrir les mémoires

pour ne pas mourir de rage et de haine

pour ne pas trahir les maux mon enfer

pour nous enivrer de nos rêves

© Henri BARON

Henri Baron (1967-)
Né à La Rochelle, Henri Baron a choisi d'exercer le métier d'instituteur. Il consacre alors une grande partie de son temps libre à l'enfance qui l'inspire tout autant qu'il essaie de lui transmettre son amour de la poésie. Il ne se présente pas poète, mais plutôt comme un "écriveur de poèmes", un "passeur de mots", un "récréateur". Il aime bien ces expressions car après tout, en tant qu'instituteur, cela lui est même plutôt approprié, la poésie est aussi liée au temps libre... Devenu directeur de centre de vacances et de loisirs, formateur d'animateurs, il anime des ateliers d'écriture avec des enfants et de jeunes adultes.
Son blog :
→ http://grabouillages.monsite-orange.fr/
Sa page Facebook :
→ https://www.facebook.com/henri.baron

y
Posté le 13/05/2020 - Thème : Amour

Fusions

Après tout je t’aimerai
Comme si c’était toujours avant
Comme si à force d’attendre
Sans te voir sans que tu viennes
Tu étais éternellement
En train de respirer près de moi.

Près de moi avec tes habitudes
Avec ta couleur et ta guitare
Comme sont ensemble les pays
Dans les leçons de l’école
Et deux contrées se confondent
Et il y a un fleuve près d’un fleuve
Et deux volcans s’élèvent ensemble.

Près de toi c’est près de moi
Et loin de tout est ton absence
Et la lune est couleur d’argile
Dans la nuit du tremblement
Quand dans la terreur de la terre
S’assemblent les racines
Et l’on entend tinter le silence
Avec le son de l’épouvante.
La peur est aussi un chemin.
Et entre ses pierres effrayantes
La tendresse peut marcher
à quatre pieds et quatre lèvres.

Car sans s’éloigner du présent
Qui est une bague délicate
Nous touchons le sable d’hier
Et dans la mer l’amour évoque
Une fureur incessante.
© Pablo NERUDA

Pablo Neruda (1904-1973)
Poète, écrivain, diplomate et homme politique chilien, Pablo Neruda est considéré comme l'un des quatre grands de la poésie chilienne. on lit d'hôpital qu'il écrit Invictus (dont le titre latin signifie Invaincu). Ce texte fut un soutien et une source d'inspiration pour Nelson Mandela durant sa longue captivité.
Autres textes :
Sonnet 48
Sonnet 89
→ Sa page dans le Monde de Poetika

y
Posté le 13/05/2020 - Thème : Courage

Invictus

Dans les ténèbres qui m’enserrent
Noires comme un puits où l’on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu’ils soient
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances
Je n’ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme.

William Ernest Henley (1843-1903)
Poète, critique littéraire et éditeur britannique, W.E. Henley est principalement connu pour ce poème. Atteint de tuberculose osseuse, il doit être amputé de son pied gauche à mi-jambe à 25 ans. C'est sur son lit d'hôpital qu'il écrit Invictus (dont le titre latin signifie Invaincu). Ce texte fut un soutien et une source d'inspiration pour Nelson Mandela durant sa longue captivité.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 12/05/2020 - Thème : Inclassables

Bon an, mal an

Bon an mal an,

bon gré mal gré,

bon pied bon œil,

toujours pareil,

toujours tout neuf,

c’est toujours vrai,

c’est toujours vain,

ça persévère,

ça s’exaspère,

ça prend son temps,

ça va briller,

ça s’inscrira,

irrémédiable,

indescriptible,

perdu ravi,

malheur gaieté,

le pour le contre,

la fin la suite,

commencement,

flamme épineuse,

contour changeant,

la mort qui tousse,

qui se ravive goût du vif,

la mort, la joie,

l’amour se plaint,

le noir afflue,

le soleil bas,

vaillance atteinte,

feu renversé,

l’effroi vaincu,

ornière blanche,

la neige enfouie,

les branches vives,

bon gré mal gré,

fontaine sourde,

foudre lointaine,

torche écumeuse,

tout dénuement,

ça vient ça va,

ça prend son temps,

ça va venir,

ça reviendra,

bon gré mal gré.

© André FRENAUD

André Frénaud (1907-1993)
Aragon le lance, Eluard et Char l’applaudissent, le poète français André Frénaud commence son parcours poétique sous de bons augures ! Cependant, ce poète en provenance d’une ville industrielle se considère davantage ouvrier qu’artiste, fier de son héritage en charpenterie. Emprisonné durant la deuxième Guerre mondiale, ses premiers poèmes sont écrits en prison sur des bouts de papiers provenant de sacs de ciment. Ses poèmes lui valent la qualification de poète métaphysique. Ses textes sont illustrés de lithographes peints par ses nombreux amis peintres. Il reçoit le Grand Prix de l’Académie Française en 1973, et le Grand Prix de la Poésie en 1985.
Source :
→ lesvoixdelapoesie.com

y
Posté le 11/05/2020 - Thème : Nature

Le chant de l'eau

L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse.

Là-bas,
Le petit bois de cornouillers
Où l’on disait que Mélusine
Jadis, sur un tapis de perles fines,
Au clair de lune, en blancs souliers,
Dansa ;
Le petit bois de cornouillers
Et tous ses hôtes familiers
Et les putois et les fouines
Et les souris et les mulots
Ecoutent
Loin des sentes et loin des routes
Le bruit de l’eau.

Aubes voilées,
Vous étendez en vain,
Dans les vallées,
Vos tissus blêmes,
La rivière,
Sous vos duvets épais, dès le prime matin,
Coule de pierre en pierre
Et murmure quand même.
Si quelquefois, pendant l’été,
Elle tarit sa volupté
D’être sonore et frémissante et fraîche,
C’est que le dur juillet
La hait
Et l’accable et l’assèche.
Mais néanmoins, oui, même alors
En ses anses, sous les broussailles
Elle tressaille
Et se ranime encor,
Quand la belle gardeuse d’oies
Lui livre ingénument la joie
Brusque et rouge de tout son corps.

Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air,
Sur un lit transparent de mousse et de rocailles ;
Et les baisers multipliés du flot
Sur la nuque et le dos,
Et les courbes et les anneaux
De l’onduleuse chevelure
Ornant les deux seins triomphaux
D’une ample et flexible parure ;
Et les vagues violettes ou roses
Qui se brisent ou tout à coup se juxtaposent
Autour des flancs, autour des reins ;
Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses !

La belle fille aux cheveux roux
Pose un pied clair sur les cailloux.
Elle allonge le bras et la hanche et s’inclina
Pour recueillir au bord,
Parmi les lotiers d’or,
La menthe fine ;
Ou bien encor
S’amuse à soulever les pierres
Et provoque la fuite
Droite et subite
Des truites
Au fil luisant de la rivière.

Avec des fleurs de pourpre aux deux coins de sa bouche,
Elle s’étend ensuite et rit et se recouche,
Les pieds dans l’eau, mais le torse au soleil ;
Et les oiseaux vifs et vermeils
Volent et volent,
Et l’ombre de leurs ailes
Passe sur elle.

Ainsi fait-elle encor
A l’entour de son corps
Même aux mois chauds
Chanter les flots.
Et ce n’est qu’en septembre
Que sous les branches d’or et d’ambre,
Sa nudité
Ne mire plus dans l’eau sa mobile clarté,
Mais c’est qu’alors sont revenues
Vers notre ciel les lourdes nues
Avec l’averse entre leurs plis
Et que déjà la brume
Du fond des prés et des taillis
S’exhume.

Pluie aux gouttes rondes et claires,
Bulles de joie et de lumière,
Le sinueux ruisseau gaiement vous fait accueil,
Car tout l’automne en deuil
Le jonche en vain de mousse et de feuilles tombées.
Son flot rechante au long des berges recourbées,
Parmi les prés, parmi les bois ;
Chaque caillou que le courant remue
Fait entendre sa voix menue
Comme autrefois ;
Et peut-être que Mélusine,
Quand la lune, à minuit, répand comme à foison
Sur les gazons
Ses perles fines,
S’éveille et lentement décroise ses pieds d’or,
Et, suivant que le flot anime sa cadence,
Danse encor
Et danse.

Emile Verhaeren (1855-1916)
Poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d’une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l’effort humain.
Autres textes :
La cuisson du pain
Les greniers
Les horloges
→ Sa page dans le Monde de Poetika
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Monde

Chanson dans le sang

Il y a de grandes flaques de sang sur le monde

où s’en va-t-il tout ce sang répandu

est-ce la terre qui le boit et qui se saoule

drôle de soûlographie alors

si sage… si monotone…

Non la terre ne se saoule pas

la terre ne tourne pas de travers

elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons

la pluie… la neige…

la grêle… le beau temps…

jamais elle n’est ivre

c’est à peine si elle se permet de temps en temps

un malheureux petit volcan

Elle tourne la terre

elle tourne avec ses arbres… ses jardins… ses maisons…

elle tourne avec ses grandes flaques de sang

et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent…

Elle elle s’en fout

la terre

elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler

elle s’en fout

elle tourne

elle n’arrête pas de tourner

et le sang n’arrête pas de couler…

Où s’en va-t-il tout ce sang répandu

le sang des meurtres… le sang des guerres…

le sang de la misère…

et le sang des hommes torturés dans les prisons…

le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…

Et le sang des hommes qui saignent de la tête

dans les cabanons…

et le sang du couvreur

quand le couvreur glisse et tombe du toit

Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots

avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…

la mère qui crie… l’enfant pleure…

le sang coule… la terre tourne

la terre n’arrête pas de tourner

le sang n’arrête pas de couler

Où s’en va-t-il tout ce sang répandu

le sang des matraqués… des humiliés…

des suicidés… des fusillés… des condamnés…

et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident

Dans la rue passe un vivant

avec tout son sang dedans

soudain le voilà mort

et tout son sang est dehors

et les autres vivants font disparaître le sang

ils emportent le corps

mais ils est têtu le sang

et là où était le mort

beaucoup plus tard tout noir

un peu de sang s’étale encore…

sang coagulé

rouille de la vie rouille des corps

sang caillé comme le lait

comme le lait quand il tourne

quand il tourne comme la terre

comme la terre qui tourne

avec son lait… avec ses vaches…

avec ses vivants… avec ses morts…

la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses

maisons… la terre qui tourne avec les mariages… les enterrements… les coquillages… les régiments…

la terre qui tourne et qui tourne avec ses grands ruisseaux de sang.

© Jacques PREVERT

Jacques Prévert (1900-1977)
Poète, scénariste et dialoguiste français, qui devint célèbre grâce au succès de son premier recueil de poèmes, « Paroles », où son langage familier et ses jeux de mots sont appréciés. Ses poèmes sont depuis lors connus dans le monde entier et appris dans les écoles françaises.
Autres textes :
Le miroir brisé
La Seine a de la chance
Barbara
Cet amour
Sanguine
Sables mouvants
Mai 68
Le cancre
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Mer

En Méditerranée

Il y aurait, il y aurait
l'effondrement d'un escalier
dans la maison des laves
et le viol des couleurs
sur des frissons lavandes
en Méditerranée

On dirait, on dirait
ce n'est qu'un été à brûler ou à prendre
l'esprit du soufre à tirer de la cendre

Tu descendrais, tu descendrais
les marches en feu
dans la maison des laves
et ta peau déshabillée
sur des regrets s’y lave
en Méditerranée

A la fin, à la fin
tu tremblerais ta nuit en friche
ses éclats coupants d'amour
en Méditerranée

Il y aurait, il y aurait
pour te cerner le ventre de la terre
sa foule humide et fraîche

Lente douleur la mer te prendrait

© Mireille DISDERO

Mireille Disdero
Romancière, nouvelliste et poète, Mireille Disdero a enseigné le français puis a excercé différents métiers dans l’édition, en librairie ou bibliothèque. Elle a vécu plusieurs années en Thaïlande et a sillonné l’Asie de long en large, avant de revenir s’installer dans sa Provence natale. Ses derniers romans s’adressent surtout aux adolescents. Elle vient de publier son dernier livre "Ce point qu'il faut atteindre" aux éditions Le Muscadier.
Son blog :
http://indigo.over-blog.com.over-blog.net/

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Monde

Compagnon des Amériques

Compagnon des Amériques

Québec ma terre amère ma terre amande

ma patrie d’haleine dans la touffe des vents

j’ai de toi la difficile et poignante présence

avec une large blessure d’espace au front

dans une vivante agonie de roseaux au visage

 

je parle avec les mots noueux de nos endurances

nous avons soif de toutes les eaux du monde

nous avons faim de toutes les terres du monde

dans la liberté criée de débris d’embâcle

nos feux de position s’allument vers le large

l’aïeule prière à nos doigts défaillante

la pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles

 

mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi

et marche au rompt le cœur de tes écorces tendres

marche à l’arête de tes dures plaies d’érosion

marche à tes pas réveillés des sommeils d’ornières

et marche à ta force épissure des bras à ton sol

 

mais chante plus haut l’amour en moi, chante

je me ferai passion de ta face

je me ferai porteur de ton espérance

veilleur, guetteur, coureur, haleur de ton avènement

un homme de ton réquisitoire

un homme de ta patience raboteuse et varlopeuse

un homme de ta commisération infinie

l’homme artériel de tes gigues

dans le poitrail effervescent de tes poudreries

dans la grande artillerie de tes couleurs d’automne

dans tes hanches de montagnes

dans l’accord comète de tes plaines

dans l’artésienne vigueur de tes villes

devant toutes les litanies

de chats-huants qui huent dans la lune

devant toutes les compromissions en peaux de vison

devant les héros de la bonne conscience

les émancipés malingres

les insectes des belles manières

devant tous les commandeurs de ton exploitation

de ta chair à pavé

de ta sueur à gages

 

mais donne la main à toutes les rencontres, pays

toi qui apparais

par tous les chemins défoncés de ton histoire

aux hommes debout dans l’horizon de la justice

qui te saluent

salut à toi territoire de ma poésie

salut les hommes et les femmes

des pères et mères de l’aventure 

© Gaston MIRON

Gaston Miron (1928-1996)
Poète et éditeur québecois, Gaston Miron est considéré comme un éminent poète national du Québec qui lui a offert des obsèques nationales. Il a joué un rôle de premier plan dans l'édition québécoise et s'est employé, pendant plus de trente ans, à faire connaître la littérature québécoise par des lectures de poèmes et des prestations dans nombre de pays lors de colloques ou de rencontres littéraires avec divers publics. Son oeuvre a été couronnée d'une dizaine de prix.
Autre texte :
Mon bel amour
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Inclassables

Dorsale bossale

Il y a des volcans qui se meurent

il y a des volcans qui demeurent

il y a des volcans qui ne sont là que pour le vent

il y a des volcans fous

il y a des volcans ivres à la dérive

il y a des volcans qui vivent en meutes et patrouillent

il y a des volcans dont la gueule émerge de temps en temps

véritables chiens de la mer

il y a des volcans qui se voilent la face

toujours dans les nuages

il y a des volcans vautrés comme des rhinocéros fatigués

dont on peut palper la poche galactique

il y a des volcans pieux qui élèvent des monuments

à la gloire des peuples disparus

il y a des volcans vigilants

des volcans qui aboient

montant la garde au seuil du Kraal des peuples endormis

il y a des volcans fantasques qui apparaissent

et disparaissent

(ce sont jeux lémuriens)

il ne faut pas oublier ceux qui ne sont pas les moindres

les volcans qu’aucune dorsale n’a jamais repérés

et dont de nuit les rancunes se construisent

il y a des volcans dont l’embouchure est à la mesure

exacte de l’antique déchirure.

© Aimé CESAIRE

Aimé Césaire (1913-2008)
Ecrivain, poète francophone et homme politique français, Aimé Césaire est l’un des fondateurs de la négritude, un courant littéraire et politique anticolonial. Pendant ses années d'études à Paris, il fonde la revue littéraire L’étudiant noir, dans laquelle il évoque pour la première fois le concept de négritude. De retour en Martinique, il enseigne la littérature. Il fonde la revue Tropiques en 1941. Après la Deuxième Guerre mondiale, Aimé Césaire devient maire de Fort-de-France, puis député. Souvent inspirée du surréalisme, sa poésie souligne les conséquences du colonialisme et exprime la nostalgie de la liberté et la révolte contre la servitude. 
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Mer

Requiem pour des marins

La cloche a proclamé au Pays de Bretagne,
Qu'un enfant est venu sauver l'Humanité,
Et dans tous les salons, entre bûche et Champagne,
Des chants ont célébré cette natalité.
Mais le vent s'est levé, a soulevé les vagues,
Emportant au lointain ce bonheur désuet,
Seul face à l'océan hurlant et qui me nargue,
Je reste cœur chagrin pleurant sur Camaret.

Là-bas sur un bateau roulé par la tempête,
Marin tu perds ta vie à vouloir la gagner,
Au Pays on s'amuse, on rit, on fait la fête,
Ignorant la frayeur du pauvre marinier.
Perdu au fond des creux, dérivant vers le large,
Tu revois les copains des nuits de cabaret,
Moi face à l'océan, debout sur le rivage,
Je reste cœur chagrin pleurant sur Camaret.

Mais la cloche s'est tue au Pays de Bretagne,
A sonner le tocsin s'est éteinte sa voix,
Ils ne sont pas rentrés de l'ultime campagne,
De ce foutu métier c'est la terrible loi.
L'enfant était venu pour recueillir leurs âmes,
Et les porter au ciel dans un champ de bleuets,
Seul face à l'océan plaignant enfants et femmes,
Je reste cœur chagrin pleurant sur Camaret.

© René DOMENGET

René Domenget
D'autres poèmes sur ce site :
→ www.poesie.webnet.fr/

y
Posté le 10/05/2020 - Thème : Printemps

Journée de printemps

Ici, le rocher, l’arbre et l’eau
Font pour mon oeil ce qu’il convoite.
Tout ce qui luit, tremble ou miroite,
Forme un miraculeux tableau.

Sur le murmure qui se ouate
Le rossignol file un solo :
L’écorce blanche du bouleau
Met du mystique dans l’air moite.

A la fois légère et touffue
La lumière danse à ma vue
Derrière l’écran du zéphyr ;

Je m’attarde, et le soir achève
Avec de l’ombre et du soupir
La félicité de mon rêve.

Maurice Rollinat (1846-1903)
Poète, musicien et interprète français, Maurice Rollinat a écrit ses premiers poèmes en 1870, encouragé par George Sand. Ses textes, allant du pastoral au macabre en passant par le fantastique, lui valent une brève consécration en 1883. Tourmenté, souffrant de névralgies, il se retire dans la Creuse où il continuera son oeuvre littéraire. Au décès de sa compagne, il tente plusieurs fois de se suicider. Malade (probablement d'un cancer), il est hospitalisé à Ivry où il meurt à l'âge de 56 ans.
Autre texte :
Magie de la nature
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 08/05/2020 - Thème : Femme

La jeune fille

La jeune fille est blanche,

elle a des veines vertes

aux poignets, dans ses manches

            ouvertes.

On ne sait pas pourquoi

elle rit. par moment

elle crie et cela

            est perçant.

Est-ce qu’elle se doute

qu’elle vous prend le cœur

en cueillant sur la route

            des fleurs ?

On dirait quelquefois

qu’elle comprend des choses.

Pas toujours. elle cause

            tout bas.

« Oh ! ma chère ! oh ! là là…

… Figure-toi… mardi

je l’ai vu… j’ai rri. » — Elle dit

            comme ça.

Quand un jeune homme souffre,

d’abord elle se tait :

elle ne rit plus, tout

            étonnée.

Dans les petits chemins

elle remplit ses mains

de piquants de bruyères,

            de fougères.

Elle est grande, elle est blanche,

elle a des bras très doux.

Elle est très droite et penche

            le cou.

Francis Jammes (1868-1938)
Poète, romancier, dramaturge français, Francis Jammes passa la majeure partie de sa vie dans le Béarn et la Pays Basque, principales sources de son inspiration.
Autres textes :
Avec ton parapluie
La salle à manger
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 06/05/2020 - Thème : Société

Note à l'Homme

Comme une soudaine piqûre de rappel, 

Sentiment enfoui de vulnérabilité, 

Pour unique vie : la crainte et fragilité. 

Fragile idée, de croire que la vie est belle !

 

Notre conception du vivant, serait-ce frêle ?

Voulant tout maîtriser et puis tout dominer, 

La mainmise s'efface et ne peut contrôler… 

La nature qui surgit sous forme cruelle !

 

Parlons à l'Homme aux erreurs qui se répètent : 

Disons-lui que le civisme est comme une allumette,  

Bonne à jeter une fois qu'elle est consumée ! 

 

Lui qui parfois se brûle et qui souvent oublie

Que soustraite, à tort, de vulnérabilité…

La vie ,ici, ce n'est pas tous les jours magie !

© Maxime FLAMAND

Maxime Flamand
C'est en découvrant le répertoire de Renaud que Maxime Flamand s'est découvert une passion pour l'écriture, et en particulier pour la poésie.
Son blog :
https://leblognotedemax.jimdofree.com/

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Posté le 07/05/2020 - Thème : Vie

Autopsie d'une vie

D'abord il faut chercher profondément dans son cerveau
Sans remords pour retrouver ses plus vieux souvenirs
Premier Noël, premier jouet, première larme, premier cadeau,
Première étoile dans le ciel, premier train qui va partir...

Après il faut chercher au plus profond des yeux
Contempler à nouveau les plus beaux paysages
Une plage un coucher de soleil sur la mer sans nuage
Instant d'éternité dans l'immensité des cieux.

Et puis écouter la nostalgie avec ses deux oreilles
Chansons d'avant, ils étaient quatre dans le vent
Chansons du temps qui passe comme le vin à la treille
Écoute c'est si loin si loin et pourtant si vivant...

Et puis caresser notre bouche celle qui a tout connu,
De notre premier baiser et nos amours perdues,
À notre premier départ vers ces rives inconnues
Et le goût d'une peau d'un corps qui était simplement nu...

Et puis il y a le cœur celui qui tape comme le tambour
Tous les jours de la vie passée et nos prochains printemps
Celui qui tape si fort quand c'est le grand amour,
Celui qui fait que vivre est le plus beau des présents.
Et que la vie existe et que c'est bon d'être vivant ...

© Bernard MERCIER

Bernard Mercier
Son site :
http://www.bernardmercier.fr/

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Posté le 07/05/2020 - Thème : Eté

Chanson d'été

Le soleil brûlant
Les fleurs qu’en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
À demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S’élève
Si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt
Qui rêve…

Chante doucement ;
Dans mon coeur d’amant
J’adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L’oiseau, d’un élan,
Courbe, en s’envolant,
La branche
Sous l’ombrage obscur
La source au flot pur
S’épanche.

Viens t’asseoir au bord
Où les boutons d’or
Foisonnent…
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L’eau claire.

 

Albert Samain (1858-1900)
Poète symboliste français, Albert Samain a dû arrêter ses études à la mort de son père, à l'âge de 14 ans. Rejoignant Paris vers 1880, il commence à fréquenter les cercles littéraires et récite ses poèmes au « Chat noir ». En 1893, la publication de son recueil « Au jardin de l'infante » lui vaut un succès immédiat. Fin 1899, sa santé se détériore : il est atteint de phtisie. Il se retire chez un ami dans la Vallée de Chevreuse et meurt à l'été 1900. Une des originalités d'Albert Samain est l'utilisation du sonnet à quinze vers. Après sa mort, ses poésies sont réimprimées un nombre considérable de fois, et de nombreux musiciens ont composé des mélodies sur ses textes.
Autres textes :
Ton souvenir est comme un livre
Le bonheur
Hiver
Matin sur le port
La cuisine
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 06/05/2020 - Thème : Sensualité

La baigneuse

Nue et belle, sortant de l’onde
Sous un soleil aux rayons d’or
Et secouant sa crinière blonde
Elle apparut dans mon décor

Et, balançant nonchalante
Son corps sculptural, impudique
Elle se dirigea indolente
Droit vers la petite crique

Elle s’allongea frissonnante
Sur un tapis d’herbe en retrait
Où la lumière forte, ardente
De l’astre solaire sévissait

Sa peau laiteuse scintillait
De milliers de gouttes d’argent
Ses cheveux emmêlés brillaient
Ses courbes ondulaient sous le vent

Admirant ce corps, cette beauté
Mon désir allait ascendant
De cet instant j’avais rêvé
Etoile en mon ciel de néant.

© Gérard BOLLON-MASO

Gérard Bollon-Maso (1947-)
Né en région parisienne, Gérard Bollon-Maso habite à Villeurbanne. Fan de poésie depuis son enfance, il écrit depuis une vingtaine d'années.
Il publie ses textes dans des revues de poésie et a deux recueils édités en 2012 et 2015.
Autres textes :
Douceurs d'été
Balade en été
Son blog :
http://cielbleu69.eklablog.com/

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Posté le 06/05/2020 - Thème : Vie

C'est beau la vie

Un oiseau qui fait la roue
Sur un arbre déjà roux
Et son cri par dessus tout
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Tout ce qui tremble et palpite
Tout ce qui lutte et se bat
Tout ce que j'ai cru trop vite
A jamais perdu pour moi

Pouvoir encore regarder
Pouvoir encore écouter
Et surtout pouvoir chanter
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Le jazz ouvert dans la nuit
Sa trompette qui nous suit
Dans une rue de Paris
Que c'est beau, c'est beau la vie.

La rouge fleur éclatée
D'un néon qui fait trembler
Nos deux ombres étonnées
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Tout ce que j'ai failli perdre
Tout ce qui m'est redonné
Aujourd'hui me monte aux lèvres
En cette fin de journée

Pouvoir encore partager
Ma jeunesse, mes idées
Avec l'amour retrouvé
Que c'est beau, c'est beau la vie.

Pouvoir encore te parler
Pouvoir encore t'embrasser
Te le dire et le chanter
Oui c'est beau, c'est beau la vie.

© Jean FERRAT

Jean Ferrat (1930-2010)
Jean Tenenbaum, dit Jean Ferrat, est un auteur-compositeur-interprète français. Auteur de chansons à texte, il alterne durant sa carrière chansons sentimentales, chansons poétiques et chansons engagées et a souvent maille à partir avec la censure. Reconnu pour son talent de mélodiste, il met en musique et popularise nombre de poèmes de Louis Aragon avec l'approbation de celui-ci.
Autres textes :
Nuit et brouillard
L'amour est cerise
→ Ecouter la chanson sur YouTube
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 05/05/2020 - Thème : Sensualité

Ô délicat

Ô c'est délicat ces doigts
Qui se glissent sur moi
J'aime ce voile de soie
Parcourant mes endroits
Ô c'est délicat cette main
Qui me fait tant du bien
Qui s'invente un chemin
Pour un plaisir commun
Ô c'est délicat cette paume
Son odeur qui me baume
Sa chaleur grimpe au nez
Et diffuse une sérénité
Ô c'est délicat ce geste
Cette danse des plus lestes
Qui se balade sur mon corps
Ô c'est délicat et ça j'adore ...

© Marie LE POGAM

Marie Le Pogam
Sa page Facebook :
https://www.facebook.com/marieetmathys

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Posté le 05/05/2020 - Thème : Mer

La mémoire et la mer

La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur
De mon enfant et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans Les draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux des granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle

© Léo FERRE

Léo Ferré (1916-1993)
Auteur-compositeur-interprète et poète monégasque, Léo Ferré a réalisé plus d'une quarantaine d'albums originaux couvrant une période d'activité de 46 ans. Il a dirigé à plusieurs reprises des orchestres symphoniques. Il se revendiquait anarchiste et ce courant de pensée a fortement inspiré son oeuvre.
Autres textes :
Ne chantez pas la mort
Cette blessure
L'école de la poésie
Les poètes
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 05/05/2020 - Thème : Vie

Oser

Oser tout dire

Pour ne plus se mentir

Oser le révéler

Pour ne plus rien avoir à cacher

Oser affronter leurs regards

Pour ne plus s’enfermer dans le noir

Oser remuer ciel et terre

Pour arriver coûte que coûte à le faire

Oser s’exprimer

Pour défendre sa liberté

Oser chanter à tue tête

Pour donner à sa vie un air de fête

Oser rester debout

Pour ne pas finir à genoux

Oser aimer

Pour ne plus avoir à compter

Oser essayer

Pour ne jamais rien regretter

Oser partager

Pour ne plus rester isolé

Oser prédire

Pour se donner confiance en l’avenir

Oser donner sans détour

Pour mieux recevoir en retour

Oser tendre une main

Pour ensemble aller vers demain.

© Marie-France OCHSENBEIN

Marie-France Ochsenbein (1971-)
Née à Nemours en Seine-et-Marne, M.F. Ochsenbein est membre de Poètes sans Frontières. Elle publie régulièrement dans plusieurs revues dont l’Etrave, Revue Méninges, Le Cafard Hérétique, Short Edition, Le Capital des Mots, le Fanzine Zébra (dessins), et dans le journal mensuel la Décroissance. Elle participe également à des anthologies (Poètes sans Frontières, Flammes Vives) et a publié deux ouvrages : Entre ciel et terre et Parlez-moi de vos petits tracas.
Autres textes :
Remerciements
Alcool
Eloïse
Chez Dédé
Son blog :
mfcreationsartistiques.wordpress.com

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Animaux

Coccinelle au jardin

La voyez-vous dans le jardin,
Là où scintille la rosée,
Sous la caresse du matin,
Sur une feuille déposée ?

Dame Nature lui a fait
Robe de pourpre et noires perles,
Grâce limpide et vol parfait,
Plus léger que le chant des merles.

Dans un sourire du soleil
Elle déploie ses ailes fines,
Et sous ce galbe sans pareil
Le potager devient collines.

Les allées sont des chemins fous
Que la brise claire ensorcelle,
Au gré des parfums les plus doux
Paraît flâner la coccinelle.

Elle va cueillir le printemps
Au bord du frisson de la rose
Dont les pétales sont tremblants
D'une élégance à peine éclose.

Si la voyez dans le jardin,
Soyez ombre, soyez silence ...
Peut-être, alors, sur votre main
Hasardera-t-elle sa danse ...
© OMBREFEUILLE

Ombrefeuille
Amoureuse de la langue française dans tous ses états, de Ronsard, Baudelaire, Hugo ou Verlaine, du slam et du rap. Elle aime le mouvement dans le trait, l'ombre dans la lumière, le tumulte caché dans le silence.
Autre texte :
La voix de l'océan
Ses autres poèmes sur ce site :
→ https://poesie-plurielle.monsite-orange.fr/

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Amour

Je t'aime comme...

Je t’aime comme on aime un beau jour d’été,
immobile et très haut entre le matin et le soir.
Je pense à toi d’une façon tellement forte
que ton absence bat en moi comme une porte dans le vent.

Seule, maintenant, une mémoire aveugle me rappelle
les caresses dont ton corps enfermait mon corps
comme dans des forêts infranchissables,
mais elle ne peut me rendre le poids de ta chair.

Je te cherche en moi comme dans une ville déserte
et pourtant à chaque instant je te rencontre
comme la terre à chaque pas rencontre des sources
mais j’ai froid sans la chaleur de tes mains.

Et ta voix, ta voix qui me faisait vivre
comme la flamme fait vivre un brasier
ta voix n’est nulle part, même pas sur ma bouche
à laquelle elle se mêlait jusqu’au silence des baisers.

© Lucien BECKER

Lucien Becker (1911-1984)
Poète français, ami de Léopold Sédar Senghor. Il a composé une œuvre brûlante autour du corps de la femme, seul rempart contre le néant. Résistant pendant la guerre, il devient commissaire de police et fournit de faux-papiers à ceux qui fuient l'occupant et entre en contact avec le maquis du Vercors. A cinquante ans, abandonnant tout, il se retire dans le silence avec la femme de sa vie. Il publie son dernier recueil en 1961 et retourne à Dieuze en Moselle en 1983 où il décèdera.
Autres textes :
Sur ton corps lisse de caillou
Lorsque tu entres dans ma chambre
→ Biographie détaillée sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Mort

Ce matin

À présent le ciel pleut, de tout son soûl, sans fin.
Sans doute, la poussière à la terre se mêle
Dans cette ultime offrande où la vie se révèle
Semence d’avenir dans l’eau de nos chagrins.

Puisqu’ici tout est dit, que se ferme le livre
Et toute ton histoire en un dernier regard,
Nous resterons marqués du sceau de ton départ
Comme l’est l’orphelin que plus rien ne délivre.

Tout nous semble si lourd sur ce nouveau chemin
Où manque ton sourire et ta main généreuse,
Nous le suivons perdus, la mine ténébreuse,
Cueillant d’un souvenir la force pour demain.

Et pourtant ce matin, la lumière était tendre,
Le vent prenait son temps dans les grands arbres gris.
Un oiseau s’est posé sur la croix vert-de-gris
Lorsque l’homme a vidé le petit tas de cendre.

© Jocelyne LECUIVRE

Jocelyne Lecuivre (1965-)
Origininaire du Sud de la Belgique, Jocelyne Lecuivre est Infirmière et maman de trois enfants. Depuis toujours elle éprouve le besoin de s’exprimer artistiquement et ce de différentes façons, que ce soit par la musique, la photo, le dessin ou encore les mots. Proche de la nature et de l’humain, elle trouve dans son quotidien multiples sujets pour ses écrits où elle aime associer émotion et musicalité.
Son profil sur lespoetes.net
→ lespoetes.net

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Amour

Désir

Rien que ton coeur brûlant,
Rien d’autre.

Mon paradis : un champ
Sans rossignols
Ni lyres,
Avec une fontaine
Et un filet d’eau vive.

Pas de vent qui éperonne
Les frondaisons
Ni d’étoile qui veuille
Se faire feuille.

Un jour immense
Y serait
Le ver luisant
D’un autre jour
Dans un champ de
Regards brisés.

Lumineux repos
Où tous nos baisers,
Grains de beauté sonores
De l’écho,
Iraient là-bas éclore.

Et ton coeur brûlant,
Rien d'autre.
© Gabriel GARCIA LORCA

Gabriel Garcia Lorca (1898-1936)
Poète et dramaturge espagnol, Gabriel Garcia Lorca avait aussi des talents de peintre et de musicien. Devant cacher son homosexualité, il est victime d'une dépression en 1929 et part faire un long voyage aux Etats-Unis. De retour en Espagne en 1931, il est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca. En 1936, sans doute à cause de son homosexualité, il est arrêté et exécuté par les milices franquistes. Malgré les recherches pour retrouver son corps, jeté à la fosse commune de Viznar, il ne sera jamais retrouvé. Ses oeuvres ont été interdites en Espagne jusqu'en 1953.
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Mort

Ne chantez pas la mort

Ne chantez pas la Mort, c´est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu´il est dit
Les gens du show-business vous prédiront le bide
C´est un sujet tabou pour poète maudit
La Mort
La Mort

Je la chante et, dès lors, miracle des voyelles
Il semble que la Mort est la sœur de l´amour
La Mort qui nous attend et l´amour qu´on appelle
Et si lui ne vient pas, elle viendra toujours
La Mort
La Mort

La mienne n´aura pas, comme dans le Larousse
Un squelette, un linceul ; dans la main, une faux
Mais fille de vingt ans à chevelure rousse
En voile de mariée, elle aura ce qu´il faut
La Mort
La Mort

De grands yeux d´océan, une voix d´ingénue
Un sourire d´enfant sur des lèvres carmin
Douce, elle apaisera sur sa poitrine nue
Mes paupières brûlées, ma gueule en parchemin
La Mort
La Mort

Requiem de Mozart et non Danse Macabre
Pauvre valse musette au musée de Saint-Saëns
La Mort c´est la beauté, c´est l´éclair vif du sabre

C´est le doux penthotal, de l´esprit et des sens
La Mort
La Mort

Et n´allez pas confondre et l´effet et la cause
La Mort est délivrance, elle sait que le Temps
Quotidiennement nous vole quelque chose
La poignée de cheveux et l´ivoire des dents
La Mort
La Mort

Elle est euthanasie, la suprême infirmière
Elle survient à temps, pour arrêter ce jeu
Près du soldat blessé dans la boue des rizières
Chez le vieillard glacé dans la chambre sans feu
La Mort

La Mort

Le Temps c´est le tic-tac monstrueux de la montre
La Mort, c´est l´infini dans son éternité
Mais qu´advient-il de ceux qui vont à sa rencontre?
Comme on gagne sa vie, nous faut-il mériter
La Mort
La Mort
La Mort ?

Texte de Jean-Roger CAUSSIMON
© Léo FERRE

Léo Ferré (1916-1993)
Auteur-compositeur-interprète et poète monégasque, Léo Ferré a réalisé plus d'une quarantaine d'albums originaux couvrant une période d'activité de 46 ans. Il a dirigé à plusieurs reprises des orchestres symphoniques. Il se revendiquait anarchiste et ce courant de pensée a fortement inspiré son oeuvre.
Autres textes :
Cette blessure
L'école de la poésie
Les poètes
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Femme

Elle passa

Elle passa, je crois qu'elle m'avait souri.
C'était une grisette ou bien une houri.
Je ne sais si l'effet fut moral ou physique,
Mais son pas en marchant faisait une musique.
Quoi ! Ton pavé bruyant et fangeux, ô Paris,
A de ces visions ineffables ! Je pris
Ses yeux fixés sur moi pour deux étoiles bleues.
Fraîche et joyeuse enfant ! Moineaux et hochequeues
Ont moins de gaîté folle et de vivacité.
Elle avait une robe en taffetas d'été,
De petits brodequins couleur de scarabée,
L'air d'une ombre qui passe avant la nuit tombée,
Je ne sais quoi de fier qui permettait l'espoir.

Pendant que je songeais, croyant encor la voir
Même après qu'elle était enfuie et disparue,
Et que debout, pensif au milieu de la rue,
Contemplant, ébloui, cet être gracieux,
J'avais l'oeil dans l'espace et l'âme dans les cieux,
Une vieille, moitié chatte et moitié harpie,
Au menton hérissé d'une barbe en charpie,
Vêtue affreusement d'un sinistre haillon,
Effroyable, et parlant comme avec un bâillon,
Me dit tout bas : - Monsieur veut-il de cette fille ?


Victor Hugo (1802-1885)
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
Autres textes :
Printemps
Elle avait pris ce pli
Il fait froid
Premier Mai
Demain dès l'aube
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Amour

Nous dormirons ensemble

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble

C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

© Louis ARAGON

Louis Aragon (1897-1982)
Poète et romancier français, il participe au mouvement dadaïste et surréaliste aux côtés de André Breton. En 1928, sa rencontre avec Elsa Triolet, l'amour de sa vie, lui inspirera de nombreux poèmes.
Autres textes :
J'arrive où je suis étranger
Que serais-je sans toi ?
Les larmes se ressemblent
Les mains d'Elsa
Autre site
http://www.maison-triolet-aragon.com/
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Mère

Ma mère

Les matins où le jour se lève
Avec mauvaise volonté
Lorsque je m'entonne du thé
Pour me désengluer d'un rêve,
Par ces matins de bouche amère
Où le suicide a des attraits
Sans que j'en puisse voir les traits
Auprès de moi se tient ma mère.

Elle est venue du cimetière
Où l'an mil neuf cent trente-six
Après un bref De Profundis
On l'a couchée dessous la pierre,
Moi qui la croyais feuille morte
L'humus d'où jaillit le printemps,
Voilà qu'après plus de trente ans
Elle a bien su trouver ma porte

Elle me regarde en silence
Sans avoir contour ni linceul,
Je fais bien semblant d'être seul
Mais je me heurte à sa présence,
Je ne suis plus cet enfant sage
Qu'elle avait nourri de son sein
Pourquoi vient-elle ? En quel dessein ?
Et pour me dire quel message ?

Dis-moi, viens-tu chercher mon âme
Ou simplement la surveiller ?
Mes enfants vont se réveiller
Et je dois réveiller ma femme,
Va-t'en maman, le jour va poindre,
Un jour de plus, un jour de moins,
Entre nous soit dit, sans témoin,
Je me prépare à te rejoindre.

© Jean-Roger CAUSSIMON

Jean-Roger Caussimon (1918-1985)
Auteur-compositeur-interprète et acteur français, il a été l'ami de Léo Ferré qui a interprété plusieurs de ses chansons. Il a reçu le Prix Albert Cros pour son premier disque enregistré en 1970. Il a également joué dans une centaine de films dont l'Auberge Rouge et French Cancan.
Autre texte :
Ne chantez pas la mort
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Humour

La java des bombes atomiques

Mon oncle, un fameux bricoleur
Faisait en amateur
Des bombes atomiques
Sans avoir jamais rien appris
C'était un vrai génie
Question travaux pratiques

Il s'enfermait toute la journée
Au fond de son atelier
Pour faire ses expériences
Et le soir il rentrait chez nous
Et nous mettait en transe
En nous racontant tout

Pour fabriquer une bombe A
Mes enfants, croyez-moi
C'est vraiment de la tarte
La question du détonateur
Se résout en un quart d'heure
C'est de celles qu'on écarte

En ce qui concerne la bombe H
C'est pas beaucoup plus vache
Mais une chose me tourmente
C'est que celles de ma fabrication
N'ont qu'un rayon d'action
De trois mètres cinquante

Y'a quelque chose qui cloche là-dedans
J'y retourne immédiatement

Il a bossé pendant des jours
Tâchant avec amour
D'améliorer le modèle
Quand il déjeunait avec nous
Il avalait d'un coup
Sa soupe au vermicelle

On voyait à son air féroce
Qu'il tombait sur un os
Mais on n'osait rien dire
Et puis un soir pendant le repas
Voilà tonton qui soupire
Et qui s'écrie comme ça

A mesure que je deviens vieux
Je m'en aperçois mieux
J'ai le cerveau qui flanche
Soyons sérieux, disons le mot
C'est même plus un cerveau
C'est comme de la sauce blanche

Voilà des mois et des années
Que j'essaye d'augmenter
La portée de ma bombe
Et je ne me suis pas rendu compte
Que la seule chose qui compte
C'est l'endroit où ce qu'elle tombe

Y'a quelque chose qui cloche là-dedans,
J'y retourne immédiatement

Sachant proche le résultat
Tous les grands chefs d'État
Lui ont rendu visite
Il les reçut et s'excusa
De ce que sa cagna
Était aussi petite

Mais sitôt qu'ils sont tous entrés
Il les a enfermés
En disant "Soyez sages!"
Et, quand la bombe a explosé
De tous ces personnages
Il n'en est plus rien resté

Tonton devant ce résultat
Ne se dégonfla pas
Et joua les andouilles
Au tribunal on l'a traîné
Et devant les jurés
Le voilà qui bafouille

Messieurs, c'est un hasard affreux
Mais je jure devant Dieu
Qu'en mon âme et conscience
En détruisant tous ces tordus
Je suis bien convaincu
D'avoir servi la France

On était dans l'embarras
Alors on le condamna
Et puis on l'amnistia
Et le pays reconnaissant
L'élut immédiatement
Chef du gouvernement

© Boris VIAN

Boris Vian (1920-1959)
Ecrivain, poète, parolier, directeur artistique, musicien de jazz... Boris Vian, dont l'oeuvre littéraire fut peu appréciée de son vivant, est saluée par la jeunesse dès les années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de mots et ses personnages à clef, est passé à la postérité. Il est désormais un classique, qu'on étudie souvent dans les collèges et les lycées.
Autres textes :
Ils cassent tout
Je bois
Si les poètes étaient moins bêtes
Le déserteur
Evénement
Le centenaire de Boris Vian
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Posté le 04/05/2020 - Thème : Amour

Ah ! Les baisers multiples

Pleins de fougue, passionnés, enfiévrés, enflammés, ou donné du bout des lèvres, comme un don froid et sans frisson !

 

Est-ce celui des lèvres délicates sur les pétales d’une fleur odoriférante parfumée au printemps délicieux ?

 

Celui des lèvres enfiévrées sur le verre d’eau du malade qui réclame et qui geint

 

De la maman sur le front de son petit enfant qu’elle étreint tendrement. 

 

De l’amant conduit en prison sur celles de sa dulcinée éplorée.

 

Le baiser pieux donné du bout des lèvres sur une icône une relique que l’on craint et interpelle en ultime recours ?

 

Un baiser doux, tendre, plein de délicatesse. Comme un papillon sur une fleur dans une lumière chaude.

 

Celui de Judas qui trahit et masque sa fourberie.

 

De l’amoureux éconduit qui pleure à chaudes larmes et veut mourir !

 

Du visiteur à un malade qui souhaite sortir de la chambre où il étouffe et souffre

De compassion sans pouvoir agir !

 

Celui de l’athlète et de la beauté qui lui remet un bouquet.

Celui transporté, comme un pigeon vole, vers un cœur soumis au sort fortuit des nuages et du vent !

 

Baisers de comédie, feints comme un maquillage sur un visage d’apparat !

 

Baiser tendre, léger, suspendu, quand l’amour pénètre par le regard

Qui inonde de joie le corps et l’âme.

 

Les amants pudiques ont des retenues uniques.

Leurs baisers sont des papillons blancs porte bonheur !

 

Baisers confiés à une lettre postale multipliés par mille, afin qu’il en subsiste au moins un, après un long voyage !

 

Est-ce le baiser de l’abeille, en viol consentit, à la fleur au soleil

Qui transforme sa pulsion en miel.

(Si j’étais apiculteur j’appellerais mon miel : baisers d’abeilles !)

 

Mais, à moins qu’il ne s’agisse de manchots, les baisers chauds doivent s’accompagner d’embrassades pareils aux étaux qui serrent de précieux métaux. 

© Raymond BOURMAULT

Raymond Bourmault

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Posté le 04/05/2020 - Thème : Eté

Douceurs d'été

Tout n'était que douceurs en ce matin d'été.

Des écharpes de brume envahissait l'espace.

Etant devenu clair comme un rêve oublié,

Le ciel s'est envolé tel un Ange qui passe.

 

Le vent chantait l'Amour, caressant les roseaux.

Une lumière tendre et aux langueurs dorées

Eclaboussait de joie, étangs, lacs et ruisseaux,

Qui comme des joyaux, décoraient la vallée.

 

Puis le moutonnement des collines en fleurs

Donnait à l'horizon une grande élagance.

Bois, sous-bois et forêt aux sylvestres odeurs

Embaumaient la région de leur douce fragrance.

 

L'air s'est mis à danser dans l'éther en frisson,

Accompagné d'oiseaux et leur chant mélodique.

Les gens étaient joyeux car en cette saison,

Tout est beau, tout est chaud, la vie est onirique.

© Gérard BOLLON-MASO

Gérard Bollon-Maso (1947-)
Né en région parisienne, Gérard Bollon-Maso habite à Villeurbanne. Fan de poésie depuis son enfance, il écrit depuis une vingtaine d'années.
Il publie ses textes dans des revues de poésie et a deux recueils édités en 2012 et 2015.
Autre texte :
Balade en été
Son blog :
http://cielbleu69.eklablog.com/

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