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Posté le 20/01/2019 - Thème : Nature

Ecoute l'aube

A l’écheveau des heures, se fabrique

Le cœur des saisons où glisse le vent.

De l’autre côté des mots bucoliques,

L’hiver rend l’âme en quelques battements.

Le jour jase déjà dans les secondes

Qui ne font que passer au bord du temps.

Un silence baille et lance sa fronde

Sur mes cernes suppliant le printemps.

Écoute l’aube, devant la colline

Ouvrir sa fenêtre au soleil pâlot.

Des ombres gelées ferment leur rétine,

Quand la rosée chasse ce complot.

Dans son donjon de givre, la pierraille

Me raconte ses rêves fabuleux.

Les oiseaux se taisent sur la rocaille,

Cachés dans le silence paresseux.

Sur mon cahier où la neige distille

Ses comètes, j’invoque ton regard.

Et l’infini s’habille de guenilles,

Laissant des graffitis sur mon buvard.

Pas même le houx dans la clairière

Ne veut dépérir quand le ciel bien bas

Enferme dans sa cage, la lumière.

Sous les ronces, la vie agite ses bras.

Aussi, je viens courtiser l’espérance.

Si ce matin, éclot le mimosa,

En flocons lumineux, la confiance

Coiffera les futaies de son aura.

Dés lors, l’écho de ton cœur désinvolte

Tambourine les cailloux de janvier.

Dans le chêne échevelé, virevolte

L’effraie revenue me parler.

© SEDNA

Sedna
Résidant en Charente-Maritime, Sedna a toujours eu la passion des mots. Elle aime les rimes et travaille principalement avec le Traité de Sorgel en poésie classique. Elle aime la mer, le ciel qui sont ses sources d'inspiration permanente. La sauvegarde de notre planète est l'une de ses préoccupations.
Autres textes
Marée haute
Planète en danger
Air marin
La poudre d'escampette
Son site : http://www.cassiopee17.fr/

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Posté le 20/01/2019 - Thème : Objets

Mes dessins

Sur la table je dessine une plage
Sur le sable je dessine un château
Sur le château je dessine une main
Sur la main je dessine une rivière
Sur la rivière je dessine une fenêtre
Sur la fenêtre je dessine un futur
Sur le futur je dessine un moment
Sur le moment je dessine une ligne
Sur la ligne je dessine un oiseau
Sur l’oiseau je dessine une lettre

Sur ma lettre tu écris un mot
Que tu déposes sur la table

© Eric ALLARD

Eric Allard (1959-)
Éric Allard est né en 1959, un jour de carnaval, à Charleroi, en Belgique, où il habite et travaille en tant que professeur de mathématiques. Coanimateur de la revue de poésie Remue-Méninges depuis 1983, il a publié des textes dans diverses revues papier ou en ligne (Microbe, Mgversion2, Décharge, Liqueur 44, La Belle-mère dure...).
Son profil sur Twitter

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Posté le 19/01/2019 - Thème : Lieux

Avec ton parapluie...

Avec ton parapluie bleu et tes brebis sales,
avec tes vêtements qui sentent le fromage,
tu t’en vas vers le ciel du coteau, appuyé
sur ton bâton de houx, de chêne ou de néflier.
Tu suis le chien au poil dur et l’âne portant
les bidons ternes sur son dos saillant.
Tu passeras devant les forgerons des villages,
puis tu regagneras la balsamique montagne
où ton troupeau paîtra comme des buissons blancs.
Là, des vapeurs cachent les pics en se traînant.
Là, volent des vautours au col pelé et s’allument
des fumées rouges dans les brumes nocturnes.
Là, tu regarderas avec tranquillité,
L’esprit de Dieu planer sur cette immensité.

 

Francis Jammes (1868-1938)
Poète, romancier, dramaturge français, Francis Jammes passa la majeure partie de sa vie dans le Béarn et la Pays Basque, principales sources de son inspiration.
Autre texte : La salle à manger
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Posté le 17/01/2019 - Thème : Temps

Au clair soleil

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.
- Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.
- Après que tout a disparu
Je regarde tomber la pluie.
Et tout manque où ma main s’appuie
Hélas ! les beaux jours ne sont plus.
- Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa Siefert (1845-1877)
Poétesse française, elle est accablée dès l’adolescence par la tuberculose qui devait l’emporter précocement. Son premier recueil de poèmes, « Rayons perdus », paru en 1868, connaît un grand succès. Elle a laissé une poésie empreinte de douleur mais soutenue d’un vif spiritualisme protestant. Louisa Siefert est l'arrière-grand-tante du chanteur Renaud.
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Posté le 17/01/2019 - Thème : Temps

Prison

Un coup pour a. Deux coups pour b. 
Le monde bouge. Il va tomber.
Trois coups pour c. Quatre pour d. 
C’est le moment de regarder.
Cinq coups pour é. Six coups pour f.
Il n’a plus d’âme. A-t-il un chef ?

G, coups sept. Hache huit. I neuf.
Comment faire un monde plus neuf ?
Dix coups pour j, plus un pour k. 
L’existence nous convoqua.
Taciturne à force de cris,
la jupe grosse de conscrits,
elle nous apprend tour à tour
l’ombre claire, le sombre jour,
l’enfer béni, le ciel puni,
tout le fini de l’infini,
douze pour I et treize pour
ème, les griffons de l’amour,
n, o, p, q, quatre, cinq, six
et sept, le poison, le tennis
mais, aussi, la peur de périr
qui nourrit l’honneur de souffrir.
R dix-huit. S dix-neuf.
Elle s’en va. Tu te sens veuf.
Vingt coups pour t, plus un pour u. 
À mesure qu’elle décrut,
le souffle approcha notre main.
Aujourd’hui s’appelle demain.
Vingt-deux et trois pour les deux v. 
Que voulons-nous ? Nous élever.
Quatre et cinq pour l’x et l’i grec.
Mais le bourreau ne vienne avec.
Pour la lettre z un seul coup.
Le prisonnier se met debout.
Car le terme ouvre le début
Rien ne sera de ce qui fut.

© Jacques AUDIBERTI

Jacques Audiberti (1899-1966)
Ecrivain, poète et dramaturge français, Jacques Audiberti a débuté comme journaliste d'investigation, puis a publié son premier recueil de poèmes en 1930. Il est l'auteur d'une œuvre théâtrale importante, mais aussi de romans, d'essais, de poèmes et de critiques cinématographiques. 
Association des Amis de Jacques Audiberti
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Posté le 14/01/2019 - Thème : Nourriture

J'ai trempé mon doigt dans la confiture

J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Turelure.
Ça sentait les abeilles
Ça sentait les groseilles
Ça sentait le soleil.
J’ai trempé mon doigt dans la confiture
Puis je l’ai sucé,
Comme on suce les joues de bonne grand-maman
Qui n’a plus mal aux dents
Et qui parle de fées…
Puis je l’ai sucé
Sucé
Mais tellement sucé
Que je l’ai avalé !

© Pablo NERUDA

René de Obaldia (1918-)
« Inventeur du langage », René de Obaldia écrit des textes qui sont presque tous empreints d'humour fantastique, de fantaisie et d'imagination. Il est membre de l'Académie Française.
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Posté le 13/01/2019 - Thème : Guerre

Barbara

Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là

Et tu marchais souriante

Épanouie ravie ruisselante

Sous la pluie

Rappelle-toi Barbara

Il pleuvait sans cesse sur Brest

Et je t’ai croisée rue de Siam

Tu souriais

Et moi je souriais de même

Rappelle-toi Barbara

Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas

Rappelle-toi

Rappelle-toi quand même ce jour-là

N’oublie pas

Un homme sous un porche s’abritait

Et il a crié ton nom

Barbara

Et tu as couru vers lui sous la pluie

Ruisselante ravie épanouie

Et tu t’es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbara

Et ne m’en veux pas si je te tutoie

Je dis tu à tous ceux que j’aime

Même si je ne les ai vus qu’une seule fois

Je dis tu à tous ceux qui s’aiment

Même si je ne les connais pas

Rappelle-toi Barbara

N’oublie pas

Cette pluie sage et heureuse

Sur ton visage heureux

Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer

Sur l’arsenal

Sur le bateau d’Ouessant

Oh Barbara

Quelle connerie la guerre

Qu’es-tu devenue maintenant

Sous cette pluie de fer

De feu d’acier de sang

Et celui qui te serrait dans ses bras

Amoureusement

Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest

Comme il pleuvait avant

Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé

C’est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n’est même plus l’orage

De fer d’acier de sang

Tout simplement des nuages

Qui crèvent commes des chiens

Des chiens qui disparaissent

Au fil de l’eau sur Brest

Et vont pourrir au loin

Au loin très loin de Brest

Dont il ne reste rien.

© Jacques PREVERT

Jacques Prévert (1900-1977)
Poète, scénariste et dialoguiste français, qui devint célèbre grâce au succès de son premier recueil de poèmes, « Paroles », où son langage familier et ses jeux de mots sont appréciés. Ses poèmes sont depuis lors connus dans le monde entier et appris dans les écoles françaises.
Autres textes
Cet amour
Sanguine
Sables mouvants
Mai 68
Le cancre
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Posté le 13/01/2019 - Thème : Amour

Les jours anciens

J’efface de mes virtuelles caresses
Les jours anciens de ton corps
Pour que tu retrouves encore
Le chemin ébloui de ma tendresse

La main modelant le désir
Le mystère et l’audace au tréfonds
La beauté est toujours au fond
D’une blessure du plaisir

Tu effaces de tes virtuelles caresses
Les jours anciens de mon corps
Pour que je retrouve encore
Le chemin ébloui de ta tendresse

Ce qui est dit l’est toujours en fonction
De ce qui ne sera jamais exprimé
C’est là que nous nous reconnaissons
Le seul vrai langage est un baiser.

© Jacques VIALLEBESSET

Jacques Viallebesset (1949-)
Né en 1949 en Auvergne où il réside, Jacques Viallebesset est le pseudonyme d’un éditeur de spiritualité et d’ésotérisme. Franc-maçon, il s’est fait connaître comme co-auteur d’un roman "La conjuration des vengeurs" (2006), où il utilise tous les ressorts de l’imaginaire et de la symbolique maçonniques, adapté en bande dessinée sous le titre éponyme en 2010 chez Glénat. Il a publié plusieurs recueils et ses textes sont présents dans plusieurs revues et anthologies.
Son blog
L'atelier des Poètes

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Posté le 13/01/2019 - Thème : Animaux

Les animaux tiennent boutique

Dans mon zoo alphabétique,
les animaux tiennent boutique :
L'Antilope vend des clopes,
Le Bison vend des blousons
Le Caribou vend des clous,
Le Dromadaire vend des cuillères,
L'Eléphant vend ses enfants,
La Fourmi vend ses amis,
L'Hirondelle vend des ombrelles,
L'Iguane vend des bananes,
Le Jaguar vend sa guitare,
Le Koala vend tout c'qu'il a,
Le Lamantin vend des pantins,
Le Moustique vend sa boutique,
Le Nandou vend des doudous,
L'Ocelot vend des brocs d'eau,
Le Phacochère vend père et mère,
Le Quetzal vend des sandales,
Le Rhinocéros vend ses gosses,
La Souris vend du riz,
La Tortue vend des tutus,
L'Uraète vend des chaussettes,
Le Vautour vend son amour,
Le Wallaby vend ses habits,
Le Xérus vend des tickets de bus,
Le Yack vend des casaques,
Et le Zébu vend des obus.

© Arnaud SOMVEILLE

Arnaud Somveille
Professeur des écoles, Arnaud Somveille est un poète "touche-à-tout", aime jouer avec les mots. Il est auteur de limericks, dictons, abécédaires, contes et petits poèmes pour enfants. Il a publié plusieurs recueils dont "C'est encore loin Limerick ? Tais-toi et rime"...
Son site
http://www.sororimmonde.com/

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Posté le 13/01/2019 - Thème : Animaux

Berger d'abeilles

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment ;

Quand les faucheurs sur les enclumes
Martèlent la faux au son clair,
Et que les oisillons dans l’air
Font bouffer leurs premières plumes !

Berger d’abeilles, je le fus,
A huit ans, là-bas, chez mon père,
Lorsque son vieux rucher prospère
Chantait sous ses poiriers touffus.

Quel bonheur de manquer l’école
Que l’été transforme en prison,
De se rouler dans le gazon,
Ou de suivre l’essaim qui vole,

En lui disant sur un ton doux
Pour qu’il s’arrête aux branches basses :
« Posez-vous, car vous êtes lasses ;
Belles abeilles, posez-vous !

 « Nous avons des ruches nouvelles
Faites d’un bois qui vous plaira ;
La sauge les parfumera :
Posez-vous, abeilles, mes belles !  »

Et les abeilles se posaient
En une énorme grappe grise
Que berçait mollement la brise
Dans les rameaux qui bruissaient.

 « Père ! criais-je, père ! arrive !
Un essaim !  » Et l’on préparait
La ruche neuve où sans regret
La tribu demeurait captive.

Puis, sur le soir, lorsque, à pas lents,
Du fond des pâtures lointaines
Les troupeaux revenaient bêlants
Vers l’étable et vers les fontaines,

Je retrouvais mon père au seuil
Comptant ses bêtes caressantes,
Et lui disais avec orgueil :
  « Toutes les miennes sont présentes !  »

Le doux titre et l’emploi charmant :
Être, en juin, un berger d’abeilles,
Lorsque les prés sont des corbeilles
Et les champs des mers de froment !

 

François Fabié (1846-1928)
Poète régionaliste français né en Aveyron, François Fabié a été professeur de littérature au lycée de Toulon où il se marie et publie son premier recueil de poésie "La poésie des bêtes". Il enseigne ensuite au lycée Charlemagne à Paris puis à sa retraite, en 1908, il rejoint le village de La Valette à côté de Toulon d'où est native sa femme. Le Moulin de Roupeyrac, sa maison natale, est aujourd'hui un musée consacré à sa vie et à son œuvre.
Sa biographie sur wikipédia

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Posté le 10/01/2019 - Thème : Voyage

Courir le monde

Par la seule magie de leurs noms
il est des villes perdues ou non
d’Aden à Zanzibar
qui chantent dans nos mémoires.

Ô cette rumeur de l’inconnu
au coin des rues de la terre
à Samarkand comme à Shanghaï
avant même que d’y être…

Le refrain qui a ouvert la route
parle au cœur et aux songes
de Tombouctou, de Bénarès, de Louxor
et d’Antioche-sur-Oronte :

c’est à l’oreille aussi
qu’il faut courir le monde.

© André VELTER

André Velter (1945-)
Poète, essayiste, chroniqueur et homme de radio français, même s’il ne se reconnaît qu’une seule qualité : celle de « voyageur ». Ses poèmes sont traduits dans une trentaine de langues. Il a multiplié les collaborations avec d'autres artistes, des photographes, des peintres, des musiciens, des chanteurs, des comédiens, des metteurs en scène. Il a remporté le Prix Goncourt de poésie en 1996.
Son site
http://www.andrevelter.com/
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 10/01/2019 - Thème : Enfance/Bonheur

Le bonheur

Pour apaiser l'enfant qui, ce soir, n'est pas sage, 
Églé, cédant enfin, dégrafe son corsage, 
D'où sort, globe de neige, un sein gonflé de lait. 
L'enfant, calmé soudain, a vu ce qu'il voulait, 
Et de ses petits doigts pétrissant la chair blanche 
Colle une bouche avide au beau sein qui se penche. 
Églé sourit, heureuse et chaste en ses pensers, 
Et si pure de cœur sous les longs cils baissés. 
Le feu brille dans l'âtre ; et la flamme, au passage, 
D'un joyeux reflet rose éclaire son visage, 
Cependant qu'au dehors le vent mène un grand bruit... 
L'enfant s'est détaché, mûr enfin pour la nuit, 
Et, les yeux clos, s'endort d'un bon sommeil sans fièvres, 
Une goutte de lait tremblante encore aux lèvres. 
La mère, suspendue au souffle égal et doux, 
Le contemple, étendu, tout nu, sur ses genoux, 
Et, gagnée à son tour au grand calme qui tombe, 
Incline son beau col flexible de colombe ; 
Et, là-bas, sous la lampe au rayon studieux, 
Le père au large front, qui vit parmi les dieux, 
Laissant le livre antique, un instant considère, 
Double miroir d'amour, l'enfant avec la mère, 
Et dans la chambre sainte, où bat un triple cœur, 
Adore la présence auguste du bonheur.

© Illustration : Zinaida Serebryakova (1884-1967)

Albert Samain (1858-1900)
Poète symboliste français, Albert Samain a dû arrêter ses études à la mort de son père, à l'âge de 14 ans. Rejoignant Paris vers 1880, il commence à fréquenter les cercles littéraires et récite ses poèmes au « Chat noir ». En 1893, la publication de son recueil « Au jardin de l'infante » lui vaut un succès immédiat. Fin 1899, sa santé se détériore : il est atteint de phtisie. Il se retire chez un ami dans la Vallée de Chevreuse et meurt à l'été 1900. Une des originalités d'Albert Samain est l'utilisation du sonnet à quinze vers. Après sa mort, ses poésies sont réimprimées un nombre considérable de fois, et de nombreux musiciens ont composé des mélodies sur ses textes.
Autres textes
Hiver
Matin sur le port
La cuisine
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Posté le 07/01/2019 - Thème : Amour

Ce baiser

Ce baiser tant langui, je l'ai chanté aux anges,
J'en ai parlé aux fleurs qui bordaient mes sentiers,
Aux peintres de la mer qui rêvaient de mélanges,
Aux saisons, aux oiseaux, à la nuit étoilée.

Ce baiser espéré, je le craignais sans doute ;
- Pour un poète en noir, l'espoir n'est pas permis -
Il a suffi de toi, lumière sur ma route,
Pour y croire à nouveau et chasser mes "tant pis".

Ce baiser m'a surpris, te prenant par la taille,
L'appel de ton parfum ne montrait que ta joue,
Un mot à peine né de mes sombres entrailles
Soudain s'effilocha comme un pleutre "miaou"...

Ce baiser libéré, l'index mis sur ma bouche,
Ce goût fort étrange, ces scellés de l'été,
Ces plis d'ailes moirées sur tes lèvres farouches,
Cachaient nos deux prénoms dans un nid d'oiselets...

© Frédéric COGNO

Frédéric Cogno
Autodidacte, rêveur et passionné, épris de poésie et de théâtre, Frédéric Cogno est éducateur auprès d'adultes handicapés mentaux et animateur-poète dans une maison de retraite. Il s'évertue à partager des émotions et la saveur des mots. Auteur de plusieurs recueils de poésie, il a aussi mis en scène un conte musical pour enfants.
Autre texte
Le litchi

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Posté le 06/01/2019 - Thème : Lieux

O mes îles

O mes îles,
Marquises bénies des vents,
je vous murmure des mots
que les embruns coifferont d’éternité.
Je crie des larmes inconnues
longtemps perçues en apparence.
Une étoile aussi est une île
et l’âme s’enroule à ses neiges.
Je voyage sur les vagues la main sur la Bible
vers Pâques où les moai tournent le dos à l’océan.
Galapagos aux rives lentes,
laissez-moi vous offrir
mon ancre d’Eden aux genêts d’Armorique.

 

Jean-Albert Guénégan (1954-)
Poète breton, Jean-Albert Guénégan est auteur de plusieurs ouvrages de poésie, récits autobiographiques et livres d’artiste. Il est aussi membre du jury de poésie de l’Association des Ecrivains Bretons, de l’Union des poètes et Compagnie, il intervient dans les écoles, collèges et lycées, anime des soirées lecture dans les médiathèques et travaille avec des amis artistes peintres et sculpteurs. Avec deux amis poètes, il est le fondateur de la revue en ligne l'Herbe Folle. Ses textes ont été traduits en langue bretonne, italienne, portugaise, arabe et roumaine.
Sa biographie sur wikipédia

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Posté le 06/01/2019 - Thème : Nature

Soleil couchant

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

 

José-Maria de Heredia (1842-1905)
Homme de lettres d'origine cubaine, naturalisé français en 1893. Il est l'auteur d'un seul recueil : "Les Trophées".
Autres textes
Le récif de corail
Le lit
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Posté le 06/01/2019 - Thème : Temps

J'arrive où je suis étranger

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux.

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus.

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps.

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie.

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux.

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées.

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

© Louis ARAGON

Louis Aragon (1897-1982)
Poète et romancier français, il participe au mouvement dadaïste et surréaliste aux côtés de André Breton. En 1928, sa rencontre avec Elsa Triolet, l'amour de sa vie, lui inspirera de nombreux poèmes.
Autres textes
Que serais-je sans toi ?
Les larmes se ressemblent
Les mains d'Elsa
Autre site
http://www.maison-triolet-aragon.com/
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Posté le 06/01/2019 - Thème : Espoir

Il fait froid

L’hiver blanchit le dur chemin.
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main,
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

Et puis laisse ton cœur ouvert !
Le cœur, c’est la sainte fenêtre.
Le soleil de brume est couvert ;
Mais Dieu va rayonner peut-être !

Doute du bonheur, fruit mortel,
Doute de l’homme plein d’envie,
Doute du prêtre et de l’autel,
Mais crois à l’amour, ô ma vie !

Crois à l’amour, toujours entier,
Toujours brillant sous tous les voiles !
À l’amour, tison du foyer !
À l’amour, rayon des étoiles !

Aime, et ne désespère pas.
Dans ton âme où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.

La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l’indulgence pour autrui,
Éponge des fautes lavées.

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s’éclaire de ce qui brûle.

À ces démons d’inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse-leur en pitié
Tout ce qu’ils t’ont vomi de haine.

La haine, c’est l’hiver du cœur.
Plains-les. Mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur.
Bel arc-en-ciel, sors de l’orage !

Garde ton amour éternel.
L’hiver, l’astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel ;
Ne retire rien de ton âme !

 

Victor Hugo (1802-1885)
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
Autres textes
Premier Mai
Demain dès l'aube
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Posté le 04/01/2019 - Thème : Vie

Je suis né

je suis né d’une erreur du vent et de la mer
c’est pourquoi j’ai vécu au rythme des marées
entre les hommes et dieu je n’ai pas pu choisir
poisson-lune égaré sur un trottoir vitreux
je n’ai fait que passer sans pouvoir respirer

un enfant replié s’est pris dans ma mémoire
qui m’empêche d’atteindre au pays d’où je viens
quand trouverai-je enfin de quoi crever mes yeux
sur le plancher glissant d’une barque fantôme

si je viens à mourir qu’on me jette à la mer
dans l’aube bleue des sables je trouverai ma route
j’arriverai enfin à cette grande fête
où mon corps fait surface à l’intérieur du sel

© Tristan CABRAL

Tristan Cabral (1944-)
Tristan Cabral est le nom de plume de l'écrivain et poète français Yann Houssin, né à Arcachon le 29 février 1944. Il a été pasteur et professeur de philosophie à Nîmes et a voyagé en Iran, Turquie, Amérique Centrale, Pérou, Bolivie... S'est engagé au Kurdistan, puis en Irlande du Nord.
Autres textes
Le passeur de silence
Mon pays mon naufrage
Biographie sur Wikipédia

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Posté le 05/01/2019 - Thème : Amour

Sonnet 48

Les deux amants heureux ne font plus qu’un seul pain,
une goutte de lune, une seule, dans l’herbe,
ils laissent en marchant deux ombres qui s’unissent,
dans le lit leur absence est un seul soleil vide.

Leur seule vérité porte le nom du jour :
ils sont liés par un parfum, non par des fils,
ils n’ont pas déchiré la paix ni les paroles.
Et leur bonheur est une tour de transparence.

L’air et le vin accompagnent les deux amants,
la nuit leur fait un don de pétales heureux,
aux deux amants reviennent de droit les œillets.

Les deux amants heureux n’auront ni fin ni mort,
ils naîtront et mourront aussi souvent qu’ils vivent,
ils possèdent l’éternité de la nature.

© Pablo NERUDA

Pablo Neruda (1904-1973)

Autre texte
Sonnet 89
Sa biographie sur le site

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Posté le 04/01/2019 - Thème : Nature

Camaïeux

Camaïeux 
de verts de bleus de mauves et de gris 
de vagues hérissées de cristes-marines
pommelé or des genêts camaïeux de câprier des îles 
centaurées de Salonique et du solstice 
de silènes à fleurs roses saponaires et scabieuses
camaïeux de jusquiame blanche 
et de filaires lancéolées haut perchées 
sur leurs ergots de tiges sombres

Camaïeux de fauvettes et de carouges à tête jaune
d'hirondelles Astarté d'alouettes des champs
de passerins Ciris et de pluviers des sables
camaïeux de cailles blés d'Ortygie et faisans de Colchide
d'aigrettes des récifs de butors étoilés
camaïeux de caméléons crocodiles et caïmans
alligators miniatures et geckos des murailles
lézards Mürr filant au gré des lauzes
immortelles dressées odorantes du temps
ivresses du sentier nuages en miroir sur la roche

Camaïeux de vert de turquoise de noir
tiédeur des roches douces ivresses de sel
bouquets de mandragores gorgées de soleil 
et du miel de dragons languissants
écharpes de lumière phylactères de brumes sombres
les serpents d'écailles étirent leurs ondes 
encerclent les roches vagues bleues crêtes 
et voiles d'écume blanche 
camaïeux du roulis régulier de la vague
crépitements crêpelés de lumière ambre rousse 
grenailles de cailloux de criques aux bruyères 
incendiées de folioles 
clairs de terre en camaïeux 
de chants de cuivre 
de cymbales et crotales 
de feu

© Angèle PAOLI

Angèle Paoli (1947-)
Angèle Paoli est née à Bastia. Elle a enseigné pendant de nombreuses années la littérature française et l'italien. Elle vit actuellement dans un village du Cap Corse, d'où elle anime la revue de poésie & de critique Terres de femmes, créée en décembre 2004. 
Terre de femmes

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Poésie

La petite lampe

J’allume à ma fenêtre une petite lampe,
une petite lampe bleue comme mon coeur
afin que tous les mots qui traînent dans la nuit
– les mots perdus, les mots blessés,
les mots ivres de clair de lune,
les mots amoureux de la brume,
les bons mots, les mauvais mots,
les petits et les gros mots,
les mots qui volent, qui rampent,
les mots qui luisent,
les mots qui chantent,
les obscurs,
les délaissés –
afin que tous les mots de la nuit
sachent qu’il y a ici, au bord du ciel,
la maison d’un poète
qui est prêt à les accueillir
pour les bercer, les réchauffer,
les serrer contre son cœur.

© Jean JOUBERT

Jean Joubert (1928-2015)
Poète et romancier qui a beaucoup écrit pour la jeunesse, Jean Joubert a fait ses études à Montargis puis la Sorbonne. Après plusieurs séjours en Angleterre, il s'installe à Montpellier où il découvre le sud méditerranéen qui marquera ses oeuvres. Il est président de la première Maison de la poésie du Languedoc-Roussillon à Montpellier. Elle porte aujourd'hui son nom.
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Nature

Ecoute

Ecoute
Le premier cri du jour
Dans son lit de velours
Les soupirs atténués
Du vent dans les nuées
L’haleine parfumée
Des terres embrumées
La rumeur imprécise
Des forêts sous la brise
La vibration limpide
De l’étang qui se ride
Le murmure gercé
De la source blessée
La mélodie secrète
Des rivières discrètes
Ecoute
L’orchestre palpitant
De la vie et du temps.

© Robert GELIS

Robert Gélis (1938-)
Poète, conteur et nouvelliste, Robert Gélis a publié plusieurs recueils de poésie et des contes d'humour et d'humanité.

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Société

Portrait de l'autre

L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite, 
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche, 
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi

© Robert GELIS

Robert Gélis (1938-)
Poète, conteur et nouvelliste, Robert Gélis a publié plusieurs recueils de poésie et des contes d'humour et d'humanité.

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Lieux

Dernière fable

Une dernière fable
De Venise
Rêves de sable
Qui s’enlisent

Cité mystère
Palais des doges
Les sanctuaires
La grande loge

Les amulettes
Les talismans
Les cours secrètes
Leur goût d’orient

Éclats de lune
Sur les canaux
Que disent les runes
Baron Corvo

Pont des merveilles
Pour une émeraude
Que les lions veillent
Dans la nuit chaude

La clavicule
De Salomon
Lire les formules
Les allusions

Rencontres nocturnes
Une poétesse
Parmi les brumes
Beaucoup d’ivresse

La rue de l’amour
Des amis
Plus loin toujours
D’autres pays

© Didier VENTURINI

Didier Venturini
Auteur, compositeur, interprète et aussi poète, né à Chambéry en 1959. A publié 2 CD "Orange brûlée" en 2007 et "Dernière Fable" en 2010.
Autre texte
Pour l'exemple
Site officiel : http://www.didierventurini.com/

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Nature

Feuillage du coeur

Sous la cloche de cristal bleu 
De mes lasses mélancolies, 
Mes vagues douleurs abolies 
S’immobilisent peu à peu : 
  
Végétations de symboles, 
Nénuphars mornes des plaisirs, 
Palmes lentes de mes désirs, 
Mousses froides, lianes molles. 
  
Seul, un lys érige d’entre eux, 
Pâle et rigidement débile, 
Son ascension immobile 
Sur les feuillages douloureux, 
  
Et dans les lueurs qu’il épanche 
Comme une lune, peu à peu, 
Élève vers le cristal bleu 
Sa mystique prière blanche. 


Maurice Maeterlinck (1862-1949)
Ecrivain belge francophone Maurice Maeterlinck publie dès 1885 des poèmes d'inspiration parnassienne. Après sa rencontre avec Georgette Leblanc, sœur de Maurice Leblanc, il tient un salon parisien dans la Villa Dupont : on y croise, entre autres, Oscar Wilde, Stéphane Mallarmé, Camille Saint-Saëns, Anatole France, Auguste Rodin. Figure de proue du symbolisme belge, il reste aujourd'hui célèbre pour son mélodrame Pelléas et Mélisande. Son oeuvre fait preuve d'un éclectisme littéraire et artistique (importance de la musique dans son œuvre théâtrale) propre à l'idéal symboliste. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1911.  
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Bonheur

Pantoum

À l’abri des rideaux couleur de paradis, 
Un vague demi-jour sommeille dans la chambre ; 
Est-ce en rêve les mots frivoles que tu dis ?... 
Je m’oublie aux senteurs de tes fins cheveux d’ambre. 

Un vague demi-jour sommeille dans la chambre, 
La pendule a perdu son rythme avertisseur ; 
Je m’oublie aux senteurs de tes fins cheveux d’ambre, 
Ton âme dans tes yeux sourit avec douceur. 

La pendule a perdu son rythme avertisseur, 
Le grand lit dans l’alcôve est nimbé de mystère ; 
Ton âme dans tes yeux sourit avec douceur, 
Lèvres, fleur de pêcher folâtre, il faut vous taire. 
  
Le grand lit dans l’alcôve est nimbé de mystère, 
Le tapis de Turquie éteint le bruit des pas ; 
Lèvres, fleur de pêcher folâtre, il faut vous taire 
Dans l’abandon des longs baisers qu’on n’entend pas. 

Le tapis de Turquie éteint le bruit des pas, 
L’air est tout languissant d’un parfum de paresse ; 
Dans l’abandon des longs baisers qu’on n’entend pas, 
Veux-tu qu’un petit coin du ciel nous apparaisse ? 
  
L’air est tout languissant d’un parfum de paresse, 
Conseilleur de jolis projets un peu hardis... 
Veux-tu qu’un petit coin du ciel nous apparaisse, 
À l’abri des rideaux couleur de paradis ? 

Edouard Dubus (1864-1895)
Littérateur et journaliste, esprit polyvalent, féru d'art et de poésie, aux opinions politiques versatiles, intéressé par l'occultisme et le mysticisme, il s'adonnait à la morphine et mourut dans des toilettes publiques da la place Maubert à Paris. Même si sa mort précoce ne lui permit pas d'écrire plus d'un recueil (Quand les violons sont partis), il est un des représentants importants du symbolisme, pour son activité journalistique. Il est co-fondateur du Mercure de France. 

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Amour

Aveu dans le silence

Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible... Mais j’aime !

Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux...
Sa bouche... Son regard !... Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux...

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire...
Ô miracle de ce miraculeux sourire !...

Sa robe a des plis doux qui chantent... Et ses yeux
Gris-vert ont un regard presque... miraculeux...
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux...

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !


Renée Vivien (1877-1909)
Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque. A l'abri du besoin par un héritage paternel conséquent, elle voyagea beaucoup à travers le monde. En 1899, elle s’installe définitivement à Paris et prend un nom de plume : René Vivien, prénom qu’elle féminise ensuite en Renée. L’intense production littéraire et poétique se mêle à des tentatives de suicide. Renée vit le spleen baudelairien, se drogue, boit de plus en plus d’alcool en solitaire. Elle fut la première poétesse francophone à exprimer ouvertement son amour physique pour les femmes.
Autres textes :
Veillée heureuse
Victoire
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Amour

L'amazone

Je prends mes peines à tes peines,
Et mon ciel au ciel de tes veines ;
Ton corps est mon vin et mon pain,
Mon sel est au creux de ta main,
Dans la joie ou quand tu défailles
Réclame-moi par tes entrailles –
Pour suivre ton intime loi
L’amour m’a fait naître de toi.

L’amour qui courbe et couche
Les femmes deux à deux,
S’étanche par leur bouche
Et pleure par leurs yeux.

Unir la source à l’eau
Et le son à l’écho
Ou joindre deux rivages
– Sans pont matériel –
Semblables mariages :
Ciel noyé dans du ciel,
Reflet d’un corps à corps palpable
comme une âme,
Devenir une femme entre des bras de femme

© Natalie CLIFFORD BARNEY

Natalie Clifford Barney (1876-1972)
Femme de lettres américaine, une des dernières salonnières parisienne, Natalie Clifford Barney était fascinée par les poésies de Sappho et ouvertement lesbienne, elle a cherché à faire de son salon littéraire une école de femmes qui réponde à une Académie Française strictement masculine. Pendant plus de soixante ans, son salon a revivifié un monde littéraire et féminin. Par son indépendance d'esprit, sa liberté de mœurs, sa séduction, son goût pour les choses de l'esprit, sa fortune personnelle, elle a su donner dans le Paris de la Belle Epoque et de l'Entre deux guerre, un retentissement international de la cause féminine.
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Lieux

La petite maison

Sur le versant de la montagne,
A mi-hauteur, on aperçoit
Une petite maison toute seule.
D’ici, elle semble accrochée
A un pan de muraille nue,
Et le soir, on voit sa lumière
Agoniser sous le poids de la nuit.
- Ah ! comment peut-on vivre là ?
T’exclames-tu en frissonnant.
Moi, je ne connais pas l’endroit
Mais je sais bien que la montagne
N’a pas, pour qui gravit ses pentes,
Ce visage fermé qu’on voit de loin.
Moi, je sais bien qu’elle est vêtue
De fenouil, de myrte et de menthe,
De romarin, de lavande et de thym ;
Et que sa cime se recule
A mesure qu’on va vers elle
Et que son flanc parfois se creuse
Offrant un sûr et calme asile.
Je sais qu’il y a un mûrier,
Des amandiers, des pins, des chênes,
Un tapis d’herbe et deux chevrettes
Derrière la petite maison.
Et devant elle, une terrasse
Avec son banc et sa table de pierre
Où des gens, après leur travail,
Dans l’air doré du crépuscule,
Boivent frais le vin de leur vigne.

© Charles VILDRAC

Charles Vildrac (1882-1971)
Poète et dramaturge français, Charles Vildrac fonde avec Georges Duhamel le groupe de l'Abbaye, une expérience communautaire en bord de Marne ouverte aux artistes (1906-1908). Poète, conteur, essayiste et surtout auteur dramatique : il reste l'un des écrivains de théâtre les plus importants des années 1920.
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Nourriture

Les épiceries

Le soleil meurt : son sang ruisselle aux devantures
Et la boutique immense est comme un reposoir
Où sont, par le patron, rangés sur le comptoir 
Comme des cœurs de feu, les bols de confitures. 
  
Et, pour mieux célébrer la chute du soleil, 
L’épicier triomphal qui descend de son trône, 
Porte dans ses bras lourds un bocal d’huile jaune 
Comme un calice d’or colossal et vermeil. 
  
L’astre est mort ; ses derniers rayons crevant les nues 
Illuminent de fièvre et d’ardeurs inconnues 
La timide praline et les bonbons anglais. 

Heureux celui qui peut dans nos cités flétries 
Contempler un seul soir pour n’oublier jamais 
La gloire des couchants sur les épiceries. 


Vincent Miselli (1879-1956)
Poète français, Vincent Miselli fut, comme Guillaume Apollinaire, l'un des collaborateurs de la revue Les Marges, dirigée par Eugène Montfort, émanation de la Ligue des Amis du latin. Il exerce peu de temps dans le professorat libre puis se consacre entièrement à l'écriture. Ses poèmes sont souvent des quatrains ou des sonnets. Il reçoit en 1932 le Grand Prix Petitdidier de la Maison de Poésie, dont il devient membre en 1938.
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Vie

Saute à la corde

Saute à la corde 
                              Fillette aux jupes courtes 
Tu ne veux pas écraser le serpent 
                                Tu joues 
Désir qui tourne 
                                  danger sifflant 
                                                            tremblante étoile 
                                        Toujours plus vite 
        L’Avenir frémit comme l’air au dessus du poèle 
  
                                Tu VIS 
                  Auréole de jeunesse 
 
                                Amour        Ô gloire frémissante 
 
                                                    Ô cuirasse d’inconnu 
 
Quand tu danseras à la Galette 
                    Tes hauts talons battant tes jupes 
Tu seras la corde qui tournera 
                                                      toujours plus vite 
          Autour de l’homme qui te tiendra 
  
Elle avait 
              deux enfants 
                                    de son pre- 
                                                          mier amant 
 
Saute et chante 
                          la vie est toute dans les chansons 
  
Tes jeunes seins vivent sur ta poitrine 

                                  Cette balle ronge qui veut danser 
                            Des voyoux la bourrent de coups de pieds 
                                      C’est mon cœur 
  
 
                          réchauffe-le entre tes mains 
Souffle ton haleine sur l’oiseau tombé du toit 
                            C’est ta mission 
                                                          fille à la corde 

            Ce souffle froid qui vient du corridor... 
 
Serpent qui passe sous tes bottines 

        Villes        campagnes 
                                        fleuves gonflés de pluie 
Saute et danse 
                              la terre tourne sous tes pieds 
  
      Tu planes au milieu des étoiles 

JEUNESSE  MÉTÉORE DES NUITS D’ÉTÉ

© Paul DERMEE

Paul Dermée (1886-1951)
Paul Dermée, né Camille Janssen est un écrivain, poète belge, critique littéraire et directeur de revues et mari de Céline Arnauld.
Après des études scientifiques, il s'essaie à la littérature comme directeur d'une revue liégeoise "Mosane". Il s'installe à Paris en 1910 et rencontre Guillaume Apollinaire. Grâce à lui,  il fait la connaissance des peintres Picasso, Juan Gris, Sonia et Robert Delaunay et des poètes Valery Larbaud et Max Jacob. Collaborateur de plusieurs revues. En 1927, il crée avec Michel Seuphor et Prampolini les « Documents internationaux de l’Esprit nouveau ».
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Voyage

Sifflet

Le rythme de l’océan berce les transatlantiques,
Et dans l’air où les gaz dansent tels des toupies,
Tandis que siffle le rapide héroïque qui arrive au Havre,
S’avancent comme des ours, les matelots athlétiques.
New York ! New York ! Je voudrais t’habiter !
J’y vois la science qui se marie
A l’industrie,
Dans une audacieuse modernité.
Et dans les palais,
Des globes,
Eblouissants à la rétine,
Par leurs rayons ultra-violets ;
Le téléphone américain,
Et la douceur
Des ascenseurs...        

Le navire provoquant de la Compagnie Anglaise
Me vit prendre place à bord terriblement excité,
Et tout heureux du confort du beau navire à turbines,
Comme de l’installation de l’électricité,
Illuminant par torrents la trépidante cabine.
La cabine incendiée de colonnes de cuivre,
Sur lesquelles, des secondes, jouirent mes mains ivres
De grelotter brusquement dans la fraîcheur du métal,
Et doucher mon appétit par ce plongeon vital,
Tandis que la verte impression de l’odeur du vernis neuf
Me criait la date claire, où, délaissant les factures,
Dans le vert fou de l’herbe, je roulais comme un œuf.
Que ma chemise m’enivrait ! et pour te sentir frémir
A la façon d’un cheval, sentiment de la nature !
Que j’eusse voulu brouter ! que j’eusse voulu courir !
Et que j’étais bien sur le pont, ballotté par la musique ;
Et que le froid est puissant comme sensation physique.
Quand on vient à respirer !
Enfin, ne pouvant hennir, et ne pouvant nager,

Je fis des connaissances parmi les passagers,
Qui regardaient basculer la ligne de flottaison ;
Et jusqu’à ce que nous vîmes ensemble les tramways du matin courir                                                                                                          à l’horizon,
Et blanchir rapidement les façades des demeures.
Sous la pluie, et sous le soleil, et sous le cirque étoilé,
Nous voguâmes sans accident jusqu’à sept fois vingt-quatre heures !

Le commerce a favorisé ma jeune initiative :
Huit millions de dollars gagnés dans les conserves
Et la marque célèbre de la tête de Gladstone
M’ont donné dix steamers de chacun quatre mille tonnes,
Qui battent des pavillons brodés à mes initiales,
Et impriment sur les flots ma puissance commerciale.
Je possède également ma première locomotive :
Elle souffle sa vapeur, tels les chevaux qui s’ébrouent,
Et, courbant son orgueil sous les doigts professionnels,
Elle file follement, rigide sur ses huit roues.
Elle traîne un long train dans son aventureuse marche,
Dans le vert Canada, aux forêts inexploitées,
Et traverse mes ponts aux caravanes d’arches,
A l’aurore, les champs et les blés familiers ;
Ou, croyant distinguer une ville dans les nuits étoilées,
Elle siffle infiniment à travers les vallées,
En rêvant à l’oasis : la gare au ciel de verre,
Dans le buisson des rails qu’elle croise par milliers,
Où, remorquant son nuage, elle roule son tonnerre.

 

Arthur Cravan (1887-1918)
Né à Lausanne en Suisse, Arthur Cravan, de son vrai nom Fabian Avenarius Llyod, a disparu vraisemblablement dans le golfe de Tehuantepec (Mexique) en novembre 1918. Poète et boxeur britannique de langue française, il fut considéré, tant par les dadaïstes que par les surréalistes comme un des précurseurs de leurs mouvements, Arthur Cravan a provoqué le scandale partout où il est passé.
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Guerre

J'écoute passer l'heure...

J’écoute passer l’heure et la brume glisser 
Le long des arbres nus que l’hiver a cassés. 
Le vent s’agite et court parmi le paysage 
Et mon rêve avec lui se soulève et voyage. 
Tant de chagrins mauvais se sont mêlés à lui 
Que, l’ayant bien connu, je l’ignore aujourd’hui. 
Plus jeune, il s’émouvait des fillettes ornées 
Et du ciel et des eaux et des courtes années 
Et de l’automne agile à dépouiller les bois, 
Mais ce soir hivernal, je m’attriste et je vois 
Sur la mer de mon cœur que la passion soulève, 
Aux vents se déchirer les voiles de mon rêve.

 

Louis Boumal (1890-1918)
Ecrivain et poète belge, Louis Boumal a été professeur de rhétorique à l'Athénée royal de Bouillon et collabore à la revue Wallonia. Il est mobilisé alors que son épouse est enceinte. Durant la Première guerre mondiale, il continue d'écrire et publie des "Lettres de soldat", puis fonde une revue derrière le front intitulée "Les Cahiers". Ses poèmes, écrits au front, expriment la mélancolie de l'éloignement forcé et le regret du bonheur abandonné au pays natal. Il meurt de la grippe espagnole peu de temps avant la fin des combats qu'il n'avait jamais quittés. Il avait conquis sur le champ de bataille son étoile de lieutenant et avait été fait Chevalier de l'ordre de la couronne.
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Vie

Tu auras tous les mensonges devant toi

Tu auras tous les mensonges devant toi
comme un paquet tout neuf
de cartes à jouer

tu seras le roi et il n’y aura plus de reine
que des valets et des bouffons
que les carreaux et les piques
le cœur et le trèfle seront abandonnés en aumône
aux pauvres types devant les temples sales

tu auras la ville à tes pieds
ses ruines gluantes
tu en achèteras des reproductions 
où un filtre céleste ennoblit la pureté des angles
ranime le blanc de la pierre
teint le ciel
éblouit l’œil et rachète ton âme

tu diras toute la vérité, rien que la vérité
avec des lieux communs, des phrases toutes faites
des enthousiasmes en série
tu seras normal, rassuré, intégré, bien-aimé
récompensé
tu auras beau jeu, bon vent
sur l’autoportrait, ton blanc sourire
s’harmonisera avec la ville splendide 
en arrière-plan 
Narcisse se payera ta tête
avec une super caméra
le Président du mensonge te décorera
la Police t’offrira des fleurs
la Putain t’embrassera sur la bouche
ta Mère te félicitera

quand tu te réveilleras
simple touriste
tu seras heureux que tout cela soit vrai

© Hélène MONETTE

Hélène Monette (1960-2015)
Poète et romancière québécoise, Hélène Monette a fait des études de littérature à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université Concordia. Auteure d'une vingtaine d'ouvrages, elle a publié des poèmes dans la revue Moebius, des récits et deux romans.
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Temps

Blanc

J’écris comme on consulte un album de photos
une photographie, c’est l’existence au plus-que-parfait du subjonctif
à l’imparfait du subversif, du disjonctif

J’essaie de me souvenir
comme l’enfant de la photo en couleur essaie de survenir
il se demande quel âge il aura en 2000
quand il aura terminé et miné ses études universitaires

Il rêve d’écrire un poème autobiographique
biophotographique, autobiograffiti
Quand il aura assez vécu pour ne plus écrire au futur antérieur
de la foutaise extérieur

Il ne sert à rien de vivre
si sa vie se perd au gré du présent, de l’opalescence
de l’espace qui sépare les photos en couleur dans l’album
Le temps est blanc et hermétique
Le temps taille les images
Les images taillent l’espace
L’espace taille les mots
Les mots taillent le temps
au stylet, au stylographe, que je tiens, inerte
comme la photo en couleur de mon grand-père
qui signe le registre matrimonial de mes parents

L’encre est noire comme un abîme

Je suis seul à Chapleau (Ontario)
(C’est écrit ainsi, de façon insignifiante,
dans la postface de Maria Chapdelaine.)

C’est la postface de mon passé
Je vois des arbres
Je sens la sève des conifères
J’entends le crépitement des aiguilles qui me crèvent les yeux
laissant couler ma mémoire en un flux sanguin
qui se coagule en encre noire

Je cherche un signe postcurseur de mes souvenirs autour de moi

Je cherche une cartromancière qui me raconterait mon passé
J’ai trop longtemps cherché mon avenir dans les signes du présent

Je n’ai qu’un présent perpétuel

J’ai atteint mon avenir

J’ai éteint mon passé

Je veux que s’irise le blanc de ma mémoire

Je veux souiller ce sens trop propre

Je marche en quête d’un signe :
des arbres, des lacs, la faune, des rails.

Non

Tout est univoque

Je suis un homme qui marche

[...]

© Eric CHARLEBOIS

Eric Charlebois (1976-)
Né en Ontario au Canada, Eric Charlebois est professeur, chroniqueur et poète canadien.
Polyvalent, il a enseigné pendant plusieurs années le français dans des écoles secondaires francophones de l’Ontario. Aujourd’hui, il est rédacteur, traducteur et réviseur. 
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Guerre

Si je mourrais là-bas...

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie
© Image : Apollinaire blessé le 17 mars 1916


Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Considéré comme l'un des poètes français les plus important du début du XXe siècle Guillaume Apollinaire est l'auteur de poèmes ayant fait l'objet de plusieurs adaptations en chansons. La part érotique de son œuvre - dont principalement trois romans (dont un perdu), de nombreux poèmes et des introductions à des auteurs licencieux - est également passée à la postérité. Il expérimenta le calligramme et fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps. Il meurt à Paris de la grippe espagnole mais est déclaré mort pour la France en raison de son engagement pendant la guerre.
Sa biographie sur Wilipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Nature

Matin

Le coq égosillé chancelle comme un pitre.

Par grands coups de clarté, le soleil cogne aux vitres

Et, dans un remuement de feuillage et d’oiseaux,

Poursuit l’aube blottie au lit vert des roseaux.

Un volet qu’on entr’ouvre éveille le village.

Voici qu’un jardin bouge, où la poule saccage

La motte que blesse un furtif éraflement.

La coccinelle court et veut obstinément

Contourner du melon la panse lisse et ronde.

Le ciel crève d’été, toute la vie est blonde.

Des dindons hébétés picorent par erreur

Le rayon, sucre d’or. Une haute chaleur,

Lasse d’avoir plané, rabat son aile chaude

Sur les maisons, le sol. La ruche entière rôde.

Sur le sein plus rosé d’un calice mignon,

Comme une bouche, s’attarde le papillon,

Pendant que le soleil, sabot lourd de lumière,

Vient gravir le perron en écrasant le lierre.

© Medjé VEZINA

Medjé Vézina (1896-1981)
Poétesse québécoise, Medjé Vezina est l’une des principales représentantes du mouvement romantique féminin. S’inspirant du Romantisme et du Parnasse, sa poésie revendique la place de la voix féminine à la recherche d’individualité et d’émotion. Ses poèmes, aux tons sensuels, n’échappent jamais tout à fait à une certaine culpabilité. Auteure d’un volume de poésie, son amour du lyrisme règne et sa voix poétique étonne et ravit : onirismes et associations inattendues créent un lyrisme original, dépassant celui que l’on pourrait nommer « proprement féminin ». Elle est membre de l’Académie canadienne française, aujourd’hui l’Académie des lettres du Québec.

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Nature

L'arbre

J’avais un grand arbre vert

Où nichait mon enfance ailée,

Un arbre grand troué de lumière

Qui remplissait le haut de mon âme.

 

J’avais de douces branches vertes

Où chantait mon enfance triste,

Des branches vertes et sonores

Qui répétaient les chagrins de mon âme.

 

J’avais mille feuilles vertes

Où palpitait l’élan de mon enfance,

Des feuilles lisses et captives

Comme les oiseaux de mon âme.

 

J’avais un grand arbre vert

Où se dénouait la fleur de mon enfance,

Pour quel printemps, pour quelle abeille ?

Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

© Rina LASNIER

Rina Lasnier (1910-1997)
Poétesse et dramaturge québécoise, l'œuvre poétique de Rina Lasnier, commencée en 1939, a contribué à l’évolution de la poésie contemporaine au Québec au même titre que celle d’auteurs plus connus tels que Saint-Denys-Garneau, Alain Grandbois et Anne Hébert. De nombreux prix littéraires lui ont d’ailleurs été décernés.
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Posté le 02/01/2019 - Thème : Guerre

Voici les froides nuits...

Voici les froides nuits aux creux de la tranchée 
Et les longues factions, nerfs crispés, l’œil au guet ; 
Et voici les retours, sans glaive et sans trophées, 
Des soldats harassés, farouches et muets. 

Voici les mois perdus déroulant, monotones, 
La plainte quotidienne aux matins sans soleil ; 
Voici l’église nue où les cloches ne sonnent 
Que pour l’annonce encor d’un éternel sommeil. 
 
Voici l’âpre contrée où l’enfer et le feu 
Font, d’un gamin d’hier, la carcasse d’un homme ; 
Et voici les corbeaux se disputant, furieux, 
Cette carcasse encor jusqu’en son dernier somme ! 
  
Mon cœur, pourquoi pleurer l’envol des clairs matins 
Et les baisers ardents, et les chaudes caresses, 
Et l’extase infinie où des mains dans mes mains 
Attendaient le réveil tremblant de ma tendresse ? 
 
N’es-tu pas satisfait, soldat, de tant d’orgueil
Et de force brutale aux chants fiers de ta haine ?
Regarde, sous tes pieds, s’entrouvrir le cercueil 
Et consume ta force à libérer tes chaînes ! 
Dessin de François Flameng - Sur la route de Verdun sur le site : dessins1418.fr


Gaston de Ruyter (1895-1918)
Poète belge, Gaston de Ruyter, à tout juste dix-neuf ans, abandonne ses études pour s'engager. D’abord combattant pour l’armée de terre, il s’ennuie vite dans les tranchées. C’est là qu’il va se révéler en tant qu’écrivain. Il rédige plusieurs poèmes et chansons à la fin de 1917. Ses écrits sont publiés et connaissent un certain succès.
Il s'engage alors dans l'aviation pour devenir pilote. Le 2 octobre 1918, il rejoint une unité opérationnelle, la 11e escadrille, équipée du biplan Sopwith Camel. Il trouvera la mort quelques jours plus tard, le 7 octobre 1918, lors d’un vol d’essai.
Article source : http://lesresistantsdelamemoire.be/forum/topic-1148+gaston-de-ruyter-le-pilote-poete.php

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Lieux

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure


Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Considéré comme l'un des poètes français les plus important du début du XXe siècle Guillaume Apollinaire est l'auteur de poèmes ayant fait l'objet de plusieurs adaptations en chansons. La part érotique de son œuvre - dont principalement trois romans (dont un perdu), de nombreux poèmes et des introductions à des auteurs licencieux - est également passée à la postérité. Il expérimenta le calligramme et fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps. Il meurt à Paris de la grippe espagnole mais est déclaré mort pour la France en raison de son engagement pendant la guerre.
Autre texte
Si je mourrais là-bas...
Sa biographie sur Wilipédia

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Posté le 02/01/2019 - Thème : Amour

L'ardoise noire

J’aime
tes cauchemars
je leur suis très
reconnaissant
et commence
à leur devoir
une sacrée ardoise
de tendresse
j’aime
tes cauchemars
et ta façon
de te réfugier
contre moi
pour les dissoudre
dans le grand noir

© Thomas VINAU

Thomas Vinau
Né en 1978 à Toulouse, Thomas Vinau est poète. Il vit dans le Lubéron. Il est l’auteur de romans, de nouvelles, de recueils de poésie et d’un album de jeunesse chez Motus. Ces textes parlent du quotidien, avec douceur et tendresse.
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Posté le 03/01/2019 - Thème : Voyage

Voyageur le chemin

Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.

J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre, Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre ?

Chantez en coeur avec moi :
Savoir ? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots ?
Et que dit l'eau du rocher ?

Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout ; voyageur, il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant.
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler Voyageur ! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.

Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer

© Antonio MACHADO

Antonio Machado (1875-1939)
Poète espagnol, Antonio Machado est l'une des figures du mouvement littéraire espagnol connu sous le nom de Generation 98. Il mélange la rêverie mélancolique et raffinée à l'inspiration terrienne. Il a exercé en tant que professeur de français à Soria où il rencontre Leonor Izquierdo Cuevas qu'il épouse en 1909. Il avait 34 ans et Leonor 15 seulement. Le couple se rend à Paris en 1911. Cependant au cours de l'été, Leonor, atteinte de tuberculose, oblige le couple retourne en Espagne où elle meurt en 1912. Très affecté par son décès, Antonio Machado quitte Soria et sera professeur à Ségovie. Lors de la Guerre civile d'Espagne, il est contraint de fuire avec ses frères en France. Arrivé à Collioure à quelques kilomètres de la frontière, épuisé, Antonio Machado y meurt le 22 février 1939, trois jours avant sa mère.
La Fondation Antonio Machado
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