Ecrire des vers à vingt ans, c'est avoir vingt ans.
En écrire à quarante, c'est être poète.
Francis Carco 

La nuit, la lune et les étoiles...


Astronomie
Pierre TURCOTTE

y


Quand je regarde le ciel
la nuit du tableau noir
j’y vois des routes praticables
avec des sémaphores


un dessin d’enfant
qui relie des points
en comptant l’image
somme de silences


des formes originales
des fuites et des veines
des clignotements et des rayures
saignent l’espace


des tracés de vies passées
des soupçons de vie future
et encore chaque fois
je m’y retrouve


mes pupilles s’agrandissent
tandis que mon ventre se noue
déjà l’arbre donne un coup de balai
il faut tout recommencer


© Pierre Turcotte

 


J'ai tué la Lune
Christian GASTOU

y


J’ai tué la Lune

Pour éteindre la nuit

Que les Hommes enfin puissent se reposer


J’ai tué la Lune

Et ses reflets dargent

Ces reflets malicieux savez-vous ce quils cachent ?


J’ai tué la Lune

Pour mieux voir les étoiles

Retrouver le chemin des vieilles caravelles


J’ai tué la Lune

Pour quenfin les falaises

Et les phares dressés n’aient plus peur des marées


J’ai tué la Lune

Me pardonnerez vous ? Je voyais dans son œil

tous les chagrins du monde


© Christian Gastou

 


Etoiles filantes
Gilles ABADIE

y


Ce soir, c’est la nuit des étoiles filantes,
Y seras-tu papa ? Y seras-tu maman ?
On m’a dit que vous êtes des étoiles,
Que vous brillez de mille feux dans ce ciel,
Que vous me regardez en êtres invisibles,

 

Ce soir, c’est la nuit des étoiles filantes,
Y seras-tu maman ?
Y seras-tu papa ?
Aurais-je le temps de vous apercevoir
Si vous filez aussi vite que la lumière ?
Cette lumière qui était vôtre dans ma vie

 

Ce soir, c’est la nuit des étoiles filantes,
Y serez-vous papa, maman ?
Y serez-vous grand-mère, grand père ?
Y a t-il un défilé qui vous honore
Pour tout ce que vous avez apporté
À tous ceux que vous avez tant aimés ?

 

Ce soir, c’est la nuit des étoiles filantes,
Et si vous y êtes, maman, papa,
Et si vous y êtes grand-père, grand-mère,
Filez encore plus vite que d’habitude,
Restez dans votre ciel si dégagé,
Ici-bas, tout s’est tellement dégradé...


© Gilles Abadie

 


Entre la nuit et le silence
Jean-Charles PAILLET

y


Entre la nuit et le silence

paupières fermées


Je voisine avec les arbres

je parcours la terre

je traverse les mers

je saute d’étoile en étoile

je porte si près le rêve


Mes chemins sont d’amour

j’en connais les visages


© Jean-Charles Paillet

 


Nuit au jardin
Iwan GILKIN

y


Connais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes
Où, sous les baisers blancs de la lune, les fleurs
Voluptueusement froides et taciturnes
Versent leurs parfums lourds dans la lumière en pleurs ?
Connais-tu la douceur des beaux jardins nocturnes ?

Comme une fleur qui chante, en la vasque d’eau vive
Sur sa tige s’élance et tinte le jet d’eau,
Et, lys surnaturel, sa corolle plaintive
Monte en désirs mourants vers l’astre jeune et beau,
Comme une fleur qui chante en la vasque d’eau vive.

Viens ! La brise épuisée a des saveurs étranges.
Viens ! Je sais le secret d’un amour singulier
Dont le charme interdit étonnerait les anges ;
C’est un fruit oublié sur l’antique espalier.
Viens ! la brise épuisée a des saveurs étranges

Une virginité douloureuse et divine
S’évapore dans l’air comme un encens très doux.
Ô bonheurs incréés qu’un cœur souffrant devine !
Voici, voici qu’expire éperdument en nous
Une virginité douloureuse et divine.

— Aux paradis gelés, où la neige et le givre
Se pâment sur les flancs exsangues des glaciers,
La volupté du froid et du silence enivre
Comme un léthé cruel les cœurs émaciés
Aux paradis gelés de la neige et du givre.


© Iwan Gilkin

 


La nuit
Alfred de MUSSET

y


Quand la lune blanche
S'accroche à la branche
Pour voir
Si quelque feu rouge
Dans l'horizon bouge
Le soir,

Fol alors qui livre
A la nuit son livre
Savant,
Son pied aux collines,
Et ses mandolines
Au vent ;

Fol qui dit un conte,
Car minuit qui compte
Le temps,
Passe avec le prince
Des sabbats qui grince
Des dents.

L'amant qui compare
Quelque beauté rare
Au jour,
Tire une ballade
De son coeur malade
D'amour.

Mais voici dans l'ombre
Qu'une ronde sombre
Se fait,
L'enfer autour danse,
Tous dans un silence
Parfait.

Tout pendu de Grève,
Tout Juif mort soulève
Son front,
Tous noyés des havres
Pressent leurs cadavres
En rond.

Et les âmes feues
Joignent leurs mains bleues
Sans os ;
Lui tranquille chante
D'une voix touchante
Ses maux.

Mais lorsque sa harpe,
Où flotte une écharpe,
Se tait,
Il veut fuir... La danse
L'entoure en silence
Parfait.

Le cercle l'embrasse,
Son pied s'entrelace
Aux morts,
Sa tête se brise
Sur la terre grise !
Alors

La ronde contente,
En ris éclatante,
Le prend ;
Tout mort sans rancune
Trouve au clair de lune
Son rang.

Car la lune blanche
S'accroche à la branche
Pour voir
Si quelque feu rouge
Dans l'horizon bouge
Le soir.


© Alfred de Musset

 


La nuit
Jacky COURALET

y


La nuit silencieuse et sombre se recueille,
Pour observer le deuil du jour qui est parti.
Une chape de plomb chaque son amortit.
Nulle bête ne geint, ne bruisse nulle feuille.

C'est le temps du sommeil qui à la mort ressemble,
Où l'être s' aventure aux portes du néant.
C'est la terre engloutie dans un noir océan.
C'est l'heure ou les amants pour leurs rites s'assemblent.

L'heure où la solitude apparaît plus immense,
Plus profonde, atténuée par nul bruit familier ;
Où ceux qui croient au ciel se mettent à prier,
Où ceux qui n'y croient pas ratiocinent et pensent.

Celle où le corps s'endort, où l'esprit se réveille,
Où les peines d'hier, les soucis à venir
Viennent le tourmenter, où les vieux et les vieilles
Questionnent le passé, les jeunes l'avenir.

Où nulle distraction n'occulte, nulle tâche,
Les malheurs du destin que le jour a calmés.
Où chacun reconnaît ses stigmates, ses taches,
Selon qu'il a fauté, selon qu'il a aimé.

C'est le temps mystérieux et propice aux légendes,
De la raison déchue par la reine illusion ;
Où le cerveau sensé donne sa démission,
Où l'irréel gouverne et l'inouï commande.

Où l'homme sans tracas explore de doux rêves,
Et son pareil sans joie des songes pleins d'effroi ;
Où le premier sourit lorsque l'aube se lève,
Où pleure le second lorsque pointent ses doigts.

On est entre deux eaux, la nuit, entre deux chaises.
Les pires mécréants ont des visions d'enfer.
De contes de fées ceux qui croient dur comme fer.
C'est le temps où la vie est entre parenthèses.


© Jacky Couralet

 


Mélancolie nocturne
Christian SATGÉ

y


Quand le dos des dunes s’assombrit à la brune,
Sur l’horizon, la voix du vent s’évanouit…
Soudain s’esquisse l’arc de Diane, cette lune
Qui pleure à la volée, pour un non, pour un oui,
Milles larmes éparses gravant au ciel des runes

Dont le sens, les secrets sont à jamais enfouis.

 

Ces lueurs effeuillées inondent un ciel limpide
À qui la nuit ôte toute consolation ;
Écharpe échappée, un nuage, ombre insipide,
Essaye d’essuyer sa soie d’une oscillation.
Mais la désolation de l’astre ambre et torpide

Luit dans des sanglots qui pleuvent en constellations.

 

Ces petites perles de pleurs marbrent les ombres
Quand ce bout de miroir sans tain, bien trop hautain,
Noie l’éternel chagrin des cieux dans la pénombre
Des replis du linceul d’un vieil étang éteint ;
Et elles y cascadent de tout leur triste nombre

Déposant des éclats de vivre en serpentins…

 

Les paillettes essaimées et semées, las, pâlissent
Car l’or de l’aurore rampe - Ogre vésuvien ! -
Et croque la clarté d’une lune si lisse
Dont l’ultime esquille s’enfuit quand elle advient ;
Les fragments mouillés du matin, à l’Est, se glissent.
Et sur l’horizon, le vent, qui veille, revient…

 


Ecoute
Pierre GAMARRA

y


Ecoute les bruits de la nuit
Derrière les fenêtres closes.
On dirait que c'est peu de choses,
Un pas s'en vient, un pas s'enfuit.
Le dernier autobus qui passe,
Quelqu'un qui chante quelque part,
Un avion au fond de l'espace,
Un voisin qui rentre bien tard.
Un chien aboie. Un matou miaule,
On entend glisser un vélo.
La nuit est pleine de paroles
Qui viennent de l'air et de l'eau.


© Pierre Gamarra



Soleils couchants
Paul VERLAINE

y


Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.

La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.

Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À de grands soleils
Couchants sur les grèves.


© Paul Verlaine



Le jour et la nuit
Corinne ALBAUT

y


Quand on se dit « bonjour »,
Que les enfants courent
Vers l’école pour
Jouer dans la cour,
C’est le jour.


Quand la lune luit,
Que les chats sont gris,
Qu’on est dans le lit
Au calme et sans bruit,
C’est la nuit.


© Corinne Albaut

 


Etoiles filantes
François COPPEE

y


Dans les nuits d’automne, errant par la ville,
Je regarde au ciel avec mon désir,
Car si, dans le temps qu’une étoile file,
On forme un souhait, il doit s’accomplir.

Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes :
Quand un astre tombe, alors, plein d’émoi,
Je fais de grands voeux afin que tu m’aimes
Et qu’en ton exil tu penses à moi.

A cette chimère, hélas ! je veux croire,
N’ayant que cela pour me consoler.
Mais voici l’hiver, la nuit devient noire,
Et je ne vois plus d’étoiles filer.


© François Coppée

 


Tristesses de la lune
Charles BAUDELAIRE

y


Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;

Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,

Qui d'une main distraite et légère caresse

Avant de s'endormir le contour de ses seins,

 

Sur le dos satiné des molles avalanches,

Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

Et promène ses yeux sur les visions blanches

Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

 

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

Elle laisse filer une larme furtive,

Un poète pieux, ennemi du sommeil,

 

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,

Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil. 


Charles Baudelaire

 


La lune
Raymond QUENEAU

y


Sur la lune de lait caillé

On voit un bonhomme.

Il porte sur son dos

Un fagot de gros bois.

 

Ça doit être bien lourd

Car il n'avance pas.

Il est là chaque mois,

Bûcheron d'autrefois.

 

Sur la lune de néon

On voit un astronaute

Il porte sur son dos

La fusée du retour.

 

Il est déjà parti

Il n'y a plus personne

Entre la mer des Crises

Et la Sérénité.

 

Sur la lune de néon,

On a peint les yeux, la bouche,

Le nez et un gros bouton

Sur lequel dort une mouche.

 

Toujours on a eu l'impression

Que cet objet astronomique

Était à portée de la main

Familier, mélancolique.


© Raymond Queneau

 


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Citations autour du thème

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Georges Carlin



Un jour d'été parfait c'est un jour où le soleil brille, où une légère brise souffle, où les oiseaux chantent et où la tondeuse à gazon est en panne.
James Dent



Le plat du jour c'est bien, à condition de savoir à quel jour remonte sa préparation.
Pierre Dac



Le jour a des yeux, la nuit a des oreilles.
Proverbe persan



Le rêve est l'aquarium de la nuit.
Victor Hugo