UN Poète, une vie

Emile Verhaeren est un poète belge flamand, d’expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d’une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l’effort humain.

Né à Saint-Amand dans la province d'Anvers en Belgique, Émile Adolphe Gustave Verhaeren est issu d'une famille aisée où on parlait le français, tandis qu’au village et à l’école régnait le flamand. Il fréquente d’abord l’internat francophone Sainte-Barbe, tenu par des jésuites à Gand, puis il étudie le droit dans la vieille université de Louvain. C’est là qu’il rencontre le cercle des écrivains qui animent La Jeune Belgique et il publie en 1879 les premiers articles de son cru dans des revues d’étudiants.

Chaque semaine, l’écrivain socialiste Edmond Picard tient à Bruxelles un salon où le jeune Verhaeren rencontre des écrivains et des artistes d’avant-garde. C’est alors qu’il décide de renoncer à une carrière juridique et de devenir écrivain. Il publie des poèmes et des articles critiques dans les revues belges et étrangères, entre autres L’Art moderne et La Jeune Belgique. Comme critique d’art, il soutient de jeunes artistes tels que James Ensor.

En 1883, il publie son premier recueil de poèmes réalistes-naturalistes, « Les Flamandes », consacré à son pays natal. Accueilli avec enthousiasme par l’avant-garde, l’ouvrage fait pourtant scandale au pays natal. Ses parents essaient même avec l’aide du curé du village d’acheter la totalité du tirage et de le détruire. Le scandale a été un but inavoué du poète, afin de devenir connu plus rapidement. Il n’en continue pas moins par la suite à publier d’autres livres de poésies. Des poèmes symbolistes au ton lugubre caractérisent ces recueils, « Les Moines », « Les Soirs », « Les Débâcles » et « Les Flambeaux noirs ».

En 1891, il épouse Marthe Massin, peintre connue pour ses aquarelles, dont il a fait la connaissance deux ans plus tôt, et s’installe à Bruxelles. Son amour pour elle s’exprime dans trois recueils de poèmes d’amour : « Les Heures claires », « Les Heures d’après-midi » et « Les Heures du soir ».

Dans les années 1890, Verhaeren s’intéresse aux questions sociales et aux théories anarchistes et travaille à rendre dans ses poèmes l’atmosphère de la grande ville et son opposé, la vie à la campagne. Il exprime ses visions d’un temps nouveau dans des recueils comme « Les Campagnes hallucinées », « Les Villes tentaculaires », « Les Villages illusoires » et dans sa pièce de théâtre « Les Aubes ». Ces poèmes le rendent célèbre, et son œuvre est traduite et commentée dans le monde entier. Il voyage pour faire des lectures et des conférences dans une grande partie de l’Europe. Beaucoup d’artistes, de poètes et d’écrivains comme Georges Seurat, Paul Signac, Auguste Rodin, Edgar Degas, August Vermeylen, Henry van de Velde, Maurice Maeterlinck, Stéphane Mallarmé, André Gide, Rainer Maria Rilke, Gostan Zarian et Stefan Zweig l’admirent, correspondent avec lui, cherchent à le fréquenter et le traduisent. Les artistes liés au futurisme subissent son influence. Émile Verhaeren est aussi un ami personnel du roi Albert et de la reine Élisabeth ; il fréquente régulièrement toutes les demeures de la famille royale.
Quand en 1914 la Première Guerre mondiale éclate et que, malgré sa neutralité, la Belgique est occupée par les troupes allemandes, Verhaeren se trouve en Allemagne, au sommet de sa gloire. Réfugié en Angleterre, il écrit des poèmes pacifistes et lutte contre la folie de la guerre dans les anthologies lyriques : « La Belgique sanglante », « Parmi les Cendres » et « Les Ailes rouges de la Guerre ». Sa foi en un avenir meilleur se teinte pendant le conflit d’une résignation croissante. Il n’en publie pas moins dans des revues de propagande anti-allemandes et tente dans ses conférences de renforcer l’amitié entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Après l’une de ces conférences à Rouen, il meurt accidentellement, ayant été poussé par la foule, nombreuse, sous les roues d’un train qui partait.

Le gouvernement français voulut l’honorer en l’ensevelissant au Panthéon, mais la famille refusa et le fit enterrer au cimetière militaire d’Adinkerke. En raison du danger que représentait l’avancée des troupes, ses restes furent encore transférés pendant la guerre à Wulveringem avant d’être en 1927 définitivement enterrés dans son village natal de Saint-Amand où depuis 1955 un musée, le musée provincial Émile Verhaeren, rappelle son souvenir.


Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Émile_Verhaeren

Mémoire d'Emile Verhaeren à Roisin : http://www.emileverhaerenroisin.net/