Au cœur de la Terre
Un train entre en gare

Un train entre en gare, soufflant ses borborygmes sur les quais nonchalants.
La marquise de jadis, désormais inutile, aux carreaux fêlés par l’orage de grêle,
filtre les rêves des passants.
Un magnolia salue une fontaine jaillissante au travers de hublots.
Au parc voisin, peu à peu, les souches des vieux monstres centenaires s’effritent,
là où les quelques musiciens de l’orchestre, vainement, recherchent un kiosque.
Séquoias, catalpas ou parroties dansent une milonga triste et solitaire.
Blanc et rose s’y mêlent comme un masque de jour de Venise.
Ma chanson en neumes deviendrait-elle une sirandane de l’oubli ?
Dans le parc des cendres jaunes, les merles s’égosillent d’un sapin à l’autre,
en un ineffable garde-à-vous sur une branche.
O soir de mai lorsque les fanfares claironnent fiévreusement !
O soir de mai lorsque tous défilent au pas à moitié cadencé !
Le train siffle,
il semble appeler une terre nouvelle au pays des fées bleues,
happant au passage quelque âme perdue d’un après-dîner.
Le train siffle, il accompagne le cortège infernal depuis les sommets des montagnes.
Parrotie : arbuste élégant et résistant, originaire d'Iran
Milonga : musique populaire d'Argentine
Neume : signe représentant un groupe de notes, généralement deux ou trois, utilisé dans la notation du plain-chant
Sirandane : forme de devinette
Roland Muhlmeyer est guitariste classique de formation. Il apprend le chant lyrique, deux matières qu'aujourd'hui encore il enseigne. Il se spécialise par ailleurs dans le chant grégorien, qu'il a également enseigné. Il a écrit des poèmes dans sa jeunesse qui ont paru dans quelques publications. Après un long repos poétique, il s'est remis à écrire. Il a le souci du rythme, des couleurs, des mots dans ses textes qu'il traite comme une partition de musique contemporaine.
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L'abandon

Hier elle est partie
Laissant à l’abandon
Quinze années de leur vie
Il pleure sur l’édredon.
Il lui reste cette terre
Avec tous ses soucis
Car il est en galère
Pas une seule goutte de pluie.
Il regarde la glace
Et voit sa déchéance
Les rides sur sa face
Sont bien une évidence.
Et pourtant il veut croire
Encore à cette terre
Il voudrait voir sa gloire
Et cacher sa misère.
Les semaines sans elle,
Elle ne reviendra pas
Il déploiera ses ailes
Pour mener son combat.
Hier elle est partie
Et lui l’ange déchu
Boira jusqu’à la lie
Sa chère disparue.
Les cris de la Terre

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Démence

Forêts d’Amazonie aux larges plaies béantes.
Les arbres de Gironde absorbés par le feu.
Les glaces de l’Arctique dont la fonte nous hante,
Et notre désarroi errant au beau milieu.
Mais où va notre Terre ?
Cesserons-nous enfin
Nos actes suicidaires
Qui mènent à notre fin ?
Les plastiques rejetés dans des mers incertaines
Vont et viennent au gré des courants entre deux eaux,
Finissant leur voyage dans le ventre des baleines
Qui viennent s’échouer sur les plages d’îlots.
Mais où va notre Terre ?
Cesserons-nous enfin
Nos actes suicidaires
Qui mènent à notre fin ?
Et les insecticides contre les ravageurs
Déversés sur les vignes et les champs effarés,
Tuent aussi les abeilles qui butinent les fleurs…
On ne peut rien y faire, c’est le prix à payer.
Mais où va notre Terre ?
Cesserons-nous enfin
Nos actes suicidaires
Qui mènent à notre fin ?
Que dire des oiseaux dont les chants se sont tus ?
Hirondelles, passereaux se font rares dans le ciel.
Déplorer sans agir, hélas ne suffit plus...
Le temps nous est compté. Affrontons le Réel !
Mais où va notre Terre ?
Cesserons-nous enfin
Nos actes suicidaires
Qui mènent à notre fin ?
Pas que la prière
(sur le réchauffement climatique)

Je pose ma tête sur ton épaule, ma Terre,
Chaque nuit
Je te conte la longue journée depuis le début.
Comme nous t’aimions peu
Combien nous t’avons affligé,
Mais toi,
Comme une mère, tu nous as toujours pardonné.
Quand tels des pirates dans les mers du temps, nous avons
Plongé
Pour dérober la fourche dorée de Poséidon.
Sur les mers, les navires de guerre ont effrayé les sirènes.
Ayant presque arraché les yeux de Zeus là-haut,
Nous avons éliminé les dieux un par un.
Aujourd’hui,
Nous prions pour les noyés de déluges et catastrophes
Naturelles,
Pour les incendies qui brûlent les poumons des villes
Impitoyables.
Les saisons confuses viennent et se trompent de portes,
Comme s’il y en avait cent.
Perséphone prévient qu’Hadès est débordé par les maladies du
Siècle,
Et des coups de couteau souterrains de forage d’or et de
Pétrole,
Gémis, ma belle planète, gémis
Toi qui, comme une mère compatissante,
Nous nourris tous équitablement !!!
Mirela Leka-Xhava (1966-aujourd'hui)
Le feu errant

Au sommet des planètes en détresse,
J’écris la peur de l’arbre et des oiseaux.
L’obscurité défend sa forteresse
Quand l’humanité creuse son tombeau.
Le long des chemins où le temps pétille,
Avance un cortège de jours transis.
Quelques rêves s’accrochent à la grille
Des lunes aux halos plein de débris.
Et un nuage escorte sur la rive
Un triste ailleurs où suffoque le vent.
L’été se cogne contre la coursive
Pour finir sa course en un feulement.
J’aimerais te dire, l’espoir en bouche
Par-delà l’horizon des camouflets,
Que certains discours et propos font mouche
Mais les phrases rougissent de soufflets.
Comment dans cette strophe qui se dresse,
Là, où le cœur guerrier cogne les murs,
Déplier la ramille pour que cesse
Le tremblement accroché à l’azur.
Il me faut aller au brûlant de l’âme
Attiser le feu errant dans la nuit.
Au ciel de l’aube en devenir, l’entame
Du soleil fera peut-être du bruit.
Terre, ma planète
Une houle de plastique géante dérive comme un continent.
Le hurlement du chaos galactique se fait l’écho
à l’infini de mondes engloutis ou de galaxies ignorées.
Les étoiles vacillent. Les éruptions solaires, d’une beauté prodigieuse,
se multiplient, mais émettent des menaces monstrueuses.
Le bleu se fane. La planète devenue grise s’essouffle et suffoque.
Des astres lointains s’éloignent de cette zone devenue à risques
et bouleversent l’ordre de l’univers.
La voie lactée gémit.
« Écoutez la plainte de la Terre. Préservez votre héritage. »
© Annick Pipaud
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Notre Terre

Il nous faudrait une terre de soleil
De soleil resplendissant,
Et une terre d’eaux parfumées
Où le crépuscule
Est un léger foulard
D’indienne rose et or,
Et non cette terre où la vie est toute froide.
Il nous faudrait une terre pleine d’arbres,
De grands arbres touffus
Aux branches lourdes de perroquets jacassants
Et vifs comme le jour,
Et non cette terre où les oiseaux sont gris.
Ah, il nous faudrait une terre de joie,
D’amour et de joie, de chansons et de vins
Et non cette terre où la joie est péché.
O ma douce amie, fuyons !
Fuyons, ma bien-aimée !
© Langston Hughes
Poète, nouvelliste et écrivain américain, Langston Hughes participera au journal étudiant de son école de Cleveland (Ohio) et écrira ses premières nouvelles, poésies et pièces de théâtre. Sorti de son université à Columbia, en 1922, il privilégiera les joies de la rue d'Harlem à sa scolarité. Pour vivre, il cumule les petits boulots. Ses études à l'université de Lincoln lui permettent d'obtenir un doctorat en littérature en 1943. Il effectue ses premiers travaux d'écriture en tant que journaliste et publie ses premiers recueils. Sa renommée est due en grande partie à son implication dans le mouvement culturel communément appelé Renaissance de Harlem qui a secoué Harlem dans les années 1920.
→ Sa biographie sur Wikipédia
La terre est bleue

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
Oeil de sourd
Faites mon portait.
Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence,
A moins que - s'il - sauf - excepté-
Je ne vous entends pas.
Il s'agit, il ne s'agit plus.
Je voudrais ressembler -
Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.
© Extrait de L'amour de la poésie, 1929
© Paul Eluard
Bio-bibliographie de l'auteur
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Pour célébrer la Terre

Pour célébrer la terre hors de la nuit
Vaste et fraîche
Mille rayons clairs debout
Derrière des mornes
Jusqu’à d’autres rayons clairs
Derrière d’autres mornes.
Mille rayons clairs
Des mornes à mornes
Dentelés
Dans les rayons clairs
Pour une tente de clarté
Au-dessus des creux profonds
Arrachés à la nuit
Au-dessus des creux profonds
Hors de la nuit
Au-dessus des cieux
Entre les mornes
Crêtés de rayons clairs
Hors du creux profond de la nuit
Hors du creux noir et mouillé de la nuit.
Dans un creux profond de mornes
Dans un creux couvert de clarté
Couvert de clarté
Des tentes de la clarté
Un arbre seul
Pour célébrer la terre
Un arbre seul
Dur et droit
Que cachait la nuit
Solidité dressée
Dans la clarté tremblante à son sommet
Dans la clarté seul et droit
Couronné de clarté
Vivant dans la clarté
Vivant de clarté
Pour célébrer la terre
Éveillée réveillée
Et l’espérance muette des bêtes à l’abreuvoir
Et l’espérance engourdie dans les cases
Et l’espérance des premiers pas
Dans la vie des sentiers
Morts dans la nuit
Nus dans la nuit
Vides dans la nuit
Silencieux dans la nuit
Et sans but
Sentiers dans la nuit
Comme des sillages perdus
Pour célébrer la terre dans la clarté
Et la clarté des sentiers
Hors de la nuit.
© Roger Dorsinville
Poète, romancier, essayiste, dramaturge, journaliste, enseignant, homme politique et diplomate haïtien, Roger Dorsinville est militaire, évangéliste, enseignant, journaliste, chef de cabinet présidentiel, ainsi que consul, ministre et ambassadeur dans différents pays d'Amérique du Sud et au Sénégal, avant de mettre fin à sa carrière politique en 1965. Les préoccupations sociales de l'auteur se manifestent à travers ses écrits journalistiques et ses œuvres littéraires. De 1973 aux années 1980, Dorsinville situe l'Afrique au centre de l'éthique et de l'esthétique de ces textes.
En 1986, il retourne à Haïti. Son esprit est tourné vers l'espoir d'une Haïti nouvelle, libérée du duvaliérisme.
Sa biographie sur Wikipédia
Notre Terre

Elle est bien vivante notre Terre.
Elle montre parfois son mauvais caractère,
Propulsant des laves de ses cratères,
Faisant disparaître des îles sous la mer,
Soulevant tout, tornade, courant d’air
S’installant là où elle était hier,
Détruisant des immeubles dont nous étions fiers,
Faisant souffrir des familles toutes entières
Les abandonnant à leur triste misère.
Elle brûle avec fureur ces forêts de conifères…
Et nous osons entamer un bras de fer
Avec notre Terre, notre mère nourricière ?
Soyons plutôt complices, mettons-y la manière
Retroussons-nous les manches, n’entrons pas en guerre
Soyons actifs, acteurs, enclenchons la première
Ne creusons pas notre demeure dernière.
Protégeons la, qu’elle soit moins meurtrière.
Chacun fait une action, apporte sa petite pierre…
Laissons à nos enfants un esprit solidaire
Qu’il fasse encore bon vivre sur notre Terre.
© Antoine Quesson
Enseignant à la retraite, Antoine Quesson prend plaisir à s’exprimer avec des mots qui soignent nos maux, des mots qu'il triture, des mots qui lui parlent, des mots qu'il déforme… Que la langue française est riche de mots qui ont du sens, aussi, il est pour l’augmentation des sens, du bon sens... Il a publié plusieurs ouvrages chez TheBookEdition.
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Son blog
