Chez ma grand-mère
(en référence à la Fête des Grands-Mères)


Mamie avait pris son temps...
Jean DIHARSCE

y

Mamie avait pris son temps de vie à devenir un peu morpionne.


Tous ces jours, ces ans longs, tristesses et souffrances, cette fierté de fille mère quand l’autre siècle montrait du doigt, ces guerres et ces deuils. Les durs labeurs des gens modestes.


Paysanne égarée dans la petite ville, qui ne vivait plus que pour moi. Les toutes petites pièces où je me cachais si bien, qui ne sentaient jamais le vieux, mais la violette, ce parfum qui m’arrache aujourd’hui tant d’émotions.


Déjà cette présence à être près quand tous les autres étaient si loin. Légère, drôle, toute en grimaces, qui ne disait jamais non. Des bras si doux.


J’en aurais mis du temps à te dire je t’aime…


© Jean DIHARSCE


Jean Diharsce (1954-aujourd'hui)
Jean Diharsce a deux enfants et a choisi de poser ses pas et son amour en cette Bretagne du Nord qui ressemble tant à son Euskadi d’origine qu’il aime pour sa rudesse douce et sauvage. Homme de mer et de terre, il ne cesse de marcher sur tous les sentiers de ce pays et de ses îles. Humaniste amoureux de l’utopie, il est de tous les engagements écologiques, solidaires, universalistes. À poète, il préfère écriteur, activité qu’il exerce sans discontinuer depuis 50 ans. Il est l'auteur de plusieurs recueils.
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Le regard de la dame âgée
Caroline BAUCHER

y

J'y lis le temps d'une jeunesse disparue :
s'y reflètent les espoirs déçus.
Ses mûres réflexions la font espérer,
et lui font reprendre le dessus.
Mais les jeunes années,
elle ne peut que les survoler.
Car elles se sont envolées.
C'est le rêve d'une vie volée,
Mais, grâce à elle,
je vole de mes propres ailes.


© Caroline BAUCHER


Caroline Baucher (1983-aujourd'hui)
Caroline Baucher est née en Roumanie et a été adoptée à l'âge de trois ans, sous le régime Ceaucescu. Elle se passionne pour l'écriture au décès de son grand père ; c'est pour elle un exutoire, mais également un jeu : elle a publié quatre recueils dont Vers cent nuits d'encre en 2024. Elle se passionne également pour la photo, notamment les réflexions. Elle vit actuellement à Nice. Découvrir l'un de ses derniers recueils : Te souviendras-tu ?
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Ma grand-mère
Pierre-Jean de BÉRANGER

y

Ma grand-mère, un soir à sa fête,
De vin pur ayant bu deux doigts,
Nous disait en branlant la tête :
Que d'amoureux j'eus autrefois !
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Quoi ! maman vous n'étiez pas sage !
— Non , vraiment ; et de mes appas
Seule à quinze ans j'appris l'usage,
Car la nuit je ne dormais pas.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Maman, vous aviez le cœur tendre ?
— Oui, si tendre, qu'à dix-sept ans
Lindor ne se fit pas attendre,
Et qu'il n'attendit pas longtemps.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Maman, Lindor savait donc plaire ?
— Oui, seul il me plut quatre mois ;
Mais bientôt j'estimais Valère,
Et fis deux heureux à la fois.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Quoi ! maman ! deux amants ensemble !
— Oui, mais chacun d'eux me trompa.
Plus fine alors qu'il ne vous semble,
J'épousais votre grand-papa.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Maman, que lui dit la famille ?
— Rien ; mais un mari plus sensé
Eût pu connaître à la coquille
Que l'œuf était déjà cassé.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Maman, lui fûtes-vous fidèle ?
— Oh ! sur cela je me tais bien.
A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle
Mon confesseur n'en saura rien.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Bien tard, maman vous fûtes veuve
— Oui ; mais, grâce à ma gaîté,
Si l'église n'était plus neuve,
Le saint n'en fut pas moins fêté.
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !


Comme vous, maman, faut il faire ?
— Hé, mes petits enfants, pourquoi,
Quand j'ai fait comme ma grand-mère,
Ne feriez-vous pas comme moi ?
Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu

 

© Pierre-Jean de BERANGER


Pierre-Jean de Béranger (1954-aujourd'hui)
Pierre-Jean de Béranger est un chansonnier français prolifique qui remporta un énorme succès à son époque. Après avoir débuté par des chansons bachiques et licencieuses qui l’auraient laissé confondu dans la foule, il sut se créer un genre à part : il éleva la chanson à la hauteur de l’ode. Dans les pièces où il traite de sujets patriotiques ou philosophiques, il sait le plus souvent unir à la noblesse des sentiments, l’harmonie du rythme, la hardiesse des figures, la vivacité et l’intérêt du drame.
Du même auteur :
Ainsi soit-il
Le coin de l'amitié
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Ma grand-mère
Michel KEUKENS

y

Je la vois encore assise dans le sofa,
Un rite bien installé, sa sieste après le repas.


Une fois la vaisselle faite au robinet de l’évier
Et le bois coupé pour recharger le foyer,
Elle s’octroyait une pause, ma foi bien méritée
Avant de remettre ça pour préparer le goûter.


Elle n’était pas grande, le visage tout rond,
Ses cheveux neigeux dégageaient bien son front.
De ses petits yeux malicieux de couleur marron,
Elle aimait la vie et de son chat le ronron.


Tous les jours de la semaine se succédaient pareils
Affairée à ses tâches, après un matinal réveil :
Il fallait s’assurer que tout brille nickel
Pour quand les voisines passaient donner des nouvelles.


De Paul, Jacques et Germaine, et de leurs enfants :
Les tout derniers potins ravissaient ses tympans.
Sans oublier la cousine Berthe et ses nombreux amants.
Elle écoutait, ravie de ne rater aucun cancan.


Sa porte était toujours ouverte : chacun disait « c’est moi ! ,
Empruntait le couloir qui menait à la cuisine tout droit,
Pour prendre place autour de la toile cirée à pois.
Ça riait, se gaussait sans malice toutefois.


L’avant de la maison donnait sur l’entrée du stade.
Le jour du match, toutes au salon aux murs moutarde.
Le jeu c’était de de scruter les visages : « Regarde »,
Disait l’une, « ils ont gagné ! Ils ont l’humeur bavarde ! »


Le dimanche après-midi à quinze heures tapantes,
Place à la famille, surtout aux petits-enfants.
Tartes au riz et aux abricots immanquablement,
Suivies d’un jeu de table : agréables moments !


Quand elle est partie, la chaîne s’est cassée.
Elle a laissé un vide, celle qu’on appelait « Mamée »…


© Michel KEUKENS


Michel Keukens (1948-aujourd'hui)
Né en Belgique, Michel Keukens a 75 ans et travaille toujours à titre de traducteur de brevets européens depuis plus de 30 ans, après avoir effectué une carrière partielle d'enseignant en langues germaniques (néerlandais, anglais, allemand) dans le secondaire. Il s'est toujours senti bien dans le monde de l'écriture, un parfait dérivatif qui le change radicalement de son activité éminemment technique ! En fait, il aime bien "raconter des histoires".
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La grand'mère
Gérard de NERVAL

y

Voici trois ans qu’est morte ma grand’mère,
La bonne femme, – et, quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère.

 

Moi seul j’errais dans la maison, surpris
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, – quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.

 

Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres émotions,
Des biens, des maux, – des révolutions, –
Ont dans les murs sa mémoire effacée.

 

Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;
Depuis trois ans, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant !


© Gérard de NERVAL


Gérard de Nerval (1808-1855)
Ecrivain et poète français, Gérard de Nerval est l'une des figures majeures du romantisme. Successivement clerc de notaire, apprenti imprimeur et étudiant en médecine, c'est la littérature qui le requiert. Imprégné de culture germanique, il entreprend la traduction du Faust de Goethe. Il se lie d'amitié avec plusieurs écrivains romantiques du Petit-Cénacle autour de Victor Hugo. Follement épris de l'actrice Jenny Colon, celle-ci ne répond pas à ses sentiments. Pour noyer son chagrin, il entreprend plusieurs voyages. Mais son exaltation aboutit en 1841 à une crise très grave. Soigné durant six mois pour troubles mentaux dans la clinique du Docteur Blanche, il sera retrouvé pendu le 26 janvier 1855, rue Vieille-Lanterne à Paris.
Autres textes :

Avril 
Fantaisie 
L'enfance 
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La grand-mère
Sophie d'ARBOUVILLE

y

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour :
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.


En vous voyant, je me rappelle
Et mes plaisirs et mes succès ;
Comme vous, j'étais jeune et belle,
Et, comme vous, je le savais.
Soudain ma blonde chevelure
Me montra quelques cheveux blancs...
J'ai vu, comme dans la nature,
L'hiver succéder au printemps.


Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.


Naïve et sans expérience,
D'amour je crus les doux serments,
Et j'aimais avec confiance...
On croit au bonheur à quinze ans !


Une fleur, par Julien cueillie,
Était le gage de sa foi ;
Mais, avant qu'elle fût flétrie,
L'ingrat ne pensait plus à moi !


Dansez, fillettes du Village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.


À vingt ans, un ami fidèle
Adoucit mon premier chagrin ;
J'étais triste, mais j'étais belle,
Il m'offrit son cœur et sa main.


Trop tôt pour nous vint la vieillesse ;
Nous nous aimions, nous étions vieux...
La mort rompit notre tendresse...
Mon ami fut le plus heureux !


Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.


Pour moi, n'arrêtez pas la danse ;
Le ciel est pur, je suis au port,
Aux bruyants plaisirs de l'enfance
La grand-mère sourit encor.

Que cette larme que j'efface
N'attriste pas vos jeunes cœurs :
Le soleil brille sur la glace,
L'hiver conserve quelques fleurs.


Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour,
Et, sous un ciel exempt d'orage,
Embellissez mon dernier jour !


© Sophie d'ARBOUVILLE


Sophie d'Arbouville (1810-1850)
Poétesse et nouvelliste, Sophie d'Arbouville, petite-fille de la salonnière Sophie d'Houdetot, fut une figure des salons parisiens. Épouse du général François d'Arbouville, elle tente de le suivre dans ses campagnes mais doit renoncer à cause de sa santé. Elle tient salon à Paris, dont le principal sujet est la poésie : Sainte-Beuve lui dédie des poèmes et entretient une correspondance avec elle, Mérimée et Chateaubriand lui rendent visite. Elle écrit poèmes et nouvelles sans chercher à les publier, quoique certains textes finissent malgré elle dans La Revue des deux Mondes. 
Autre texte :
L'étoile qui file  

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La grand'mère
Victor HUGO

y

« Dors-tu ?… réveille-toi, mère de notre mère !
D’ordinaire en dormant ta bouche remuait ;
Car ton sommeil souvent ressemble à ta prière.
Mais, ce soir, on dirait la madone de pierre ;
Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.


« Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume ?
Quel mal avons-nous fait, pour ne plus nous chérir ?
Vois, la lampe pâlit, l’âtre scintille et fume ;
Si tu ne parles pas, le feu qui se consume,
Et la lampe, et nous deux, nous allons tous mourir !


« Tu nous trouveras morts près de la lampe éteinte.
Alors, que diras-tu quand tu t’éveilleras ?
Tes enfants à leur tour seront sourds à ta plainte.
Pour nous rendre la vie, en invoquant ta sainte,
Il faudra bien longtemps nous serrer dans tes bras !


« Donne-nous donc tes mains dans nos mains réchauffées.
Chante-nous quelque chant de pauvre troubadour.
Dis-nous ces chevaliers qui, servis par les fées,
Pour bouquets à leur dame apportaient des trophées,
Et dont le cri de guerre était un nom d’amour.


« Dis-nous quel divin signe est funeste aux fantômes ;
Quel ermite dans l’air vit Lucifer volant ;
Quel rubis étincelle au front du roi des gnômes ;
Et si le noir démon craint plus, dans ses royaumes,
Les psaumes de Turpin que le fer de Roland.


« Ou montre nous ta bible, et les belles images,
Le ciel d’or, les saints bleus, les saintes à genoux,
L’enfant-Jésus, la crèche, et le bœuf, et les mages ;
Fais-nous lire du doigt, dans le milieu des pages,
Un peu de ce latin, qui parle à Dieu de nous.


« Mère !… — Hélas ! par degrés s’affaisse la lumière,
L’ombre joyeuse danse autour du noir foyer,
Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière…
Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière ;
Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer ?


« Dieu ! que tes bras sont froids ! rouvre les yeux… Naguère
Tu nous parlais d’un monde, où nous mènent nos pas,
Et de ciel, et de tombe, et de vie éphémère,
Tu parlais de la mort… dis-nous, ô notre mère,
Qu’est-ce donc que la mort ?… — Tu ne nous réponds pas ! »


Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule.
La jeune aube parut sans réveiller l’aïeule.
La cloche frappa l’air de ses funèbres coups ;
Et, le soir, un passant, par la porte entr’ouverte,
Vit, devant le saint livre et la couche déserte,
Les deux petits enfants qui priaient à genoux.

 

© Victor HUGO


Victor Hugo (1802-1895)
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
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Le Monde de Poetika
Site & Revue de poésie en ligne
N° ISSN : 2802-1797

→ Citations autour du thème

Une maman formidable donne toujours une grand-mère exceptionnelle.
Jean GASTALDI


J'essaie juste de suivre ce conseil que donnait ma grand-mère : ne jamais s'endormir sans penser que demain tout ira mieux.
Frédérique DEGHELT


Une mère devient une véritable grand-mère le jour où elle ne remarque plus les erreurs de ses enfants, étant émerveillée par ses petits-enfants.
Lois WYSE


Nous nous rapetissons dans les petits-enfants.
Victor HUGO


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