PALMARES 2010

 

PREMIER PRIX

 

Guy VIEILFAULT
77 CROISSY-BEAUBOURG

FLIBUSTE

 

J'ai cargué mes amours à ton mât de misaine
Et jeté l'ancre un soir au bleu de tes hauts-fonds.
Ainsi l'as-tu voulu : je serai capitaine
Sur le lac azuré de ton regard profond.

 

Finis les faux émois des amantes qu'on pille.
Les récits enivrés d'un mauvais ratafia.
Le drapeau s'endeuillant du noir de ta pupille
Faseille au vent d'oubli que par jeu l'on défia.

 

Pirates affamés d'animales tendresses,
Nous courûmes en vains d'incertains océans
Mais la houle enchantant nos rêves de jeunesse
Ne berce plus, ce jour, les sirènes d'antan.

 

Si je m'éjouis encor d'exotiques flibustes,
De Bacchantes en joie impudemment gravies,
Les collines vantant la gloire de ton buste
Me sont Terre promise, et cela me ravit.

 

Il m'a fallu, vaincu par une mer tranquille,
Amener pavillon à la tête de mort
Viens, nous découvrirons, à deux peut-être, l'Ile
Où sommeille à jamais l'improbable trésor.

 

DEUXIEME PRIX

 

Frédéric ROCHE

83 TOULON

LE HUSSARD DESERTEUR OU LE HUSSARD SUR LE "TOI"

 

Nous savions bien mourir dans la cavalerie,
Cadenettes graissées, sabre au clair et chargeant,
Sur nos hongres fougueux à travers la prairie,
Pour un morceau de plomb, un hochet en argent.

 

Nous étions le tourment des maris de province,
Serrés dans nos dolmans aux dorés brandebourgs,
Leurs femmes rougissaient en espérant la pince
De la taille à la fesse aux marchés des faubourgs.

 

Ils médisaient de nous, nous appelaient bravaches,
Traineurs de sabre aussi, des refrains rebattus,
Qui nous laissaient de bois car nos grosses moustaches
Faisaient capituler d'héroïques vertus.

 

Ils étaient guillerets quand nous partions en guerre,
Et de leur huit-reflets après un bon repas
Nous saluaient bien bas et la lippe vulgaire
Marmonnaient : "Ô mon Dieu ! Qu'ils n'en reviennent pas."

 

Nous savions bien mourir dans la cavalerie...
Aujourd'hui j'ai pensé qu'on se battrait sans moi,
J'ai sur le coeur un pli plein de friponnerie,
La mairesse m'écrit : "Je veux mourir sous toi."

 

 

TROISIEME PRIX

 

Marie-Claude GALLOYER

78 MESNIL LE ROI

DE MARRAKECH

 

Des cagneux, des galeux, j'en ai souvent croisés
Mais jamais d'aussi laid que cet âne épuisé,
Trimbalant, résigné, le fifrelin d'Afrique,
Avec pour seul merci, chardons et coups de trique.

 

Sans se poser du jour, il ballotte sur son dos
La fatma, son barda, fagots et bidons d'eau ;
Piétinant dans la fange des venelles lépreuses,
Misérable larbin d'une aussi miséreuse.

 

Titubant de fatigue sur ses jarrets fourbus,
Il rêve d'un paradis où les pâtis herbus,
Sont doux aux vieux sabots et parfois ne serait-ce
Que d'une main offrant un semblant de caresse.

 

Compagnon d'infortune de mille autres bidets,
Il lui prend quelques fois l'envie de s'évader ;
Après tout qui l'empêche, un beau soir à la fraîche,
De s'étendre et mourir, mourir à Marrakech.

 

 

MENTION HONORABLE

 

Melle Dominique PRUSKI
57 SCY-CHAZELLES


UNE ROSE

 

L'avenir entonne
Un espoir sans délai où s'unissent les êtres
Un souhait amorcé où crépitent les songes

 

Je te baptiserai d'une rose
D'un pétale étourdi sciemment déposé
Je fleurirai ton nom tout au long de ma vie
A l'aurore entre-deux et tissant jusqu'au soir
Je te modèlerai une corolle hyaline
De bulles satinées comme une chape câline
Agrippant un demain effeuillant chaque jour
Je t'épaulerai de tout mon amour
J'inviterai tes rires éclipsant tes soupirs

J'arroserai un à un chaque bouton d'espoir
Tutélaire soutien s'éternisant soudain
Véritable avant-garde j'ouvrirai des chemins
Où s'amarreront les passerelles du souvenir
A tes côtés puis un jour au loin
Tu auras toujours à ta portée ma main

L'avenir fredonne
Un refrain immuable où s'abreuvent les êtres
S'agglutine demain l'auréole des songes