David FOUCHER -33 ans-
(44 - PONTCHATEAU)
Je voudrais à dessein tomber l'anonymasque
Vous dévoiler enfin mes intentions fantasques
Je voudrais devenir le plus grand plumoriste
Provoquer des fous rires aux gamins les plus tristes
J'écrirai des romans on ne peut plus marrants
Mes héros seront lents grotesques et touchants
On lira Dindon Juan ou bien d'Artagnangnan
Dans un style alléchant imagé et vivant
Je mènerai dès lors une vie de pacha
De riche mirliflor acclamé de hourras
Je me ferai conduire en toute suffisance
Je me ferai construire un joli bâtimmense
Dans ce noble palais, j'inviterai Demi
Lui dirai "tu me plais mammairveilleuse amie"
Nous vivrons en osmose elle sera mon amour
Que la vie sera rose avec ma Demi Moore
Dans un vaste salon tapissé de croco
Nous nous déplacerons en canapédalo
Puis pour nous prélasser en passion l'atrium
Nous irons nous baigner dans notre aquarihomme
Mais je rêve et m'égare en discours fanfarons
Je voudrais sans retard sans nulle prétention
Simplement devenir le plus grand plumoriste
Provoquer des fous rires aux gamins les plus tristes
Deuxième Prix
Guy LE HULUDUT -69 ans-
(44 VERTOU)
Qui sait ce qu'elle vit l'épouse d'une plume
Très quotidiennement près de son tartarin
N'ayant comme projet que de battre l'enclume
Pour violenter le mot jusqu'en son coeur d'airain ?
Et c'est ainsi qu'il va d'un bout de l'an à l'autre
Machiavéliquement prisonnier de l'écrit
Se voulant d'un ailleurs le frénétique apôtre
Qui se sent heureux d'être un éternel proscrit.
Pourtant entre factum et pasquin et diatribe
Comme entre dithyrambe et autre encensement
Ce n'est qu'aridité sous les doigts de mon scribe
Absurdement captif en son recueillement !
Ayant tout entendu de chacun de ses proches
Sur les dits plumitifs et les poétereaux
Il écoute sonner bien à l'amble les cloches
Sans avoir à l'esprit la crainte des bourreaux !
Il est altièrement sourd à toute prière
S'évertuant à creuser en glèbe un sillon
Qui n'est d'autre à jamais qu'une profonde orinière
Telle une offrande au ciel de mon écrivaillon !
Quel temps me reste-t-il à tenter de survivre
Près de qui s'évertue à ne rien discerner
D'autre que ce chemin de plumasson trop ivre
Que tous les maux du jour tentent d'assassiner ?
Troisième Prix
Guy VIEILFAULT -75 ans-
(77 GROISSY-BEAUBOURG)
Dix-sept ans
"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans..." A. Rimbaud
Une ombre vespérale avivait mes vouloirs
De fantasmes brumeux comme un étant d'automne
Et ma couche de lin, sans que je m'en étonne,
Epousait les rondeurs d'avenants nonchaloirs.
Rêver, mon Dieu, rêver, de choses ineffables,
De vallons s'empreignant des parfums d'orient,
De dunes de velours qu'un esprit souriant
A ma paume offrirait pour des plaisirs coupables.
Même au coeur de l'hiver pourrissant d'un ciel bas
L'air embaumait parfois de tièdes indécences,
Des arbres inconnus mélangeaient leurs essences
Dans d'obscures forêts refuges de sabbats.
Qui louera ces jardins qu'à peine on imagine
Où s'ouvrent des lotus au pistil doux-amer,
Ces songes en hamac quand le chant de la mer
D'une sirène en fleur dit la grâce androgyne ?
La gorge s'altérait d'un permanent désir :
Devenir un instant, dans cette autre, soi-même,
Gésir en ce creuset et fondre comme on aime,
Aimer, aimer encore, et mourir de plaisir.
Mention Honorable
Jacqueline TESSON -55 ans-
(31 L'UNION)
Qu'y a-t-il de plus beau que cette immensité,
Rejoignant l'horizon à perte de regard,
Ses camaïeus de bleus ont une intensité
A faire pâlir de honte les couleurs du hasard.
Dès qu'une brise féline vient onduler ses flancs,
Elle devient voluptueuse, caressante et lascive,
Mais le mistral surgit, sournois et persiflant
La métamorphosant en vagues agressives.
Mouettes et goélands s'égosillent de concert,
Survolant tendrement en un bruissement d'ailes,
Cette étendue cendrée qui est "mère nourricière"
Leur prodiguant survie par ses fonds naturels.
Les pêcheurs la vénèrent et la portent aux nues,
Car elle offre son coeur de poissons argentés
A leurs filets avides, l'obscurité venue,
Par un profond élan de générosité.
Son immortalité est à jamais figée
Par moultes poésies, huiles ou aquarelles,
Qui ont si bien rendu, sans jamais l'affliger,
Son côté merveilleux et sa face rebelle.
Mais la mer est perfide et morne sa complainte,
Sitôt le vent se lève, elle gronde et se mutine,
Attirant les marins dans ses griffes d'enceinte,
Les engouffrant en elle aux premières mâtines.
De l'homme elle est maîtresse et s'aliène sa vie,
Mais traîtresse elle devient, à sa première envie...
Premier Prix
Olivier MALAVAL (31 ans)
(84850 CAMARET SUR AYGUES)
Marie-Laure
Laissez-moi vous parler des seins de Marie-Laure
Deux bijoux de douceurs aux effluves exquises
Deux diamants de tendresse émanant de sa flore
Tels des reflets d'argents sur le bleu des banquises...
Marie-Laure a les seins d'une fraîcheur vive
Majestueux de grâce, abondants, licencieux,
Comment ne pas partir ainsi à la dérive
Sur ses deux monts bénis par le regard des cieux...
Marie-Laure a les seins que l'amant imagine
Dans ses songes secrets, dans ses folles chimères,
Vous savez, ce décor qui soudaint s'illumine
Rendant la nuit dorée... mais, hélàs, éphémère...
Marie-Laure a les seins que les sculpteurs espèrent
Modelant leur argile à en faire de l'or,
Mais l'imagination, même la plus prospère,
Ne peut se figurer les seins de Marie-Laure...
Ô ! Marie-Laure, assez, le diable est-il logé
Au fond du creux sensuel de tes charmes d'azur ?
Car mon esprit se noie... et je bois des gorgées
De désir et d'envie... Ô ! Tes seins de luxure...
Donnez-moi ce talent, je les dessinerai
Avec la volupté de Marie Laurencin,
Ainsi vous pourrez voir, parfum de roseraie,
La beauté émanant de Marie-Laure, en seins...
Deuxième Prix
David FOUCHER (32 ans)
(49000 ANGERS)
Intolérance aviaire
Une bavarde pie désignant de son aile,
A sa progéniture un appliqué pivert,
Se gaussa méchamment de son gai congénère :
"Observez mes petits les étrangers rituels
De ce fou picidé, persifla la commère,
Qui torture le bois de nos vertes parcelles".
"Comment donc ! réagit le pivert en colère,
Puis-je en paix dénicher de fameux petits vers
Sur le tronc généreux de quelque conifère,
Sans qu'un gros corvidé, sans beauté ni couleur,
Dénigre, dédaigneux, mon talent de chasseur ?"
Et l'oiseau, dégoûté, s'en alla vivre ailleurs.
Cette prise de bec est toute imaginaire
Car jamais une pie ne railla de pivert.
L'homme, lui, se révèle un peu moins tolérant
Vis-à-vis de celui qui lui est différent.
Troisième Prix
Olivier MALAVAL (31ans)
(84850 CAMARET-SUR-AYGUES)
Belle épistolière
Dis-moi, te souviens-tu, nos récits érotiques ?
Je n'ai rien oublié...
Quand nos corps devenaient par l'ardeur poétique
Intimement liés...
Je buvais chaque mot que ta plume enfantait
Telle une source vive,
Fontaine intarissable à l'écume argentée
S'écoulant sur ma rive.
Je pouvais, par tes vers, découvrir des prodiges :
Tes courbes et tes hanches !
Parcourir la chaleur de ta peau de prestige
Si délicate et blanche.
Tu dévoilais ainsi chacun de tes secrets
Jusqu'à tes seins si mûrs,
Et l'amant que j'étais entendait, indiscret,
L'azur de tes murmures.
Ô ! Le creux de tes reins, Ô ! Ton intimité
Siège de mon émoi !
Et tu m'offrais alors l'honneur de visiter
Ton doux morceau de roi.
Dis-moi, te souviens-tu, nos récits érotiques ?
Nos corps au goût de miel...
Et nos âmes montaient par l'ardeur poétique
Jusqu'au septième ciel...
Ô ! Toi qui me connais, Ô ! Toi qui me rends ivre,
Ô ! Belle épistolière,
Il me vient une idée : si l'on faisait revivre
Tous nos récits d'hier ?
Mention Honorable
Madeleine LECOUR (86 ans)
(17430 TONNAY-CHARENTE)
Fais-moi l'amour
Fais-moi l'amour avec de jolis mots, tout en tendresse
Pour un prélude à de chaudes caresses,
Que mon corps se souvienne en prenant son repos
Que tu m'as fait l'amour avec de jolis mots.
Fais-moi l'amour avec des mots salaces !
Traite moi de salope, de putain et de garce
Que mon corps se souvienne en prenant son repos
Que tu m'as fait l'amour rien qu'avec des gros mots.
Fais-moi l'amour sans me dire un seul mot
Si tes lèvres sur mes lèvres laissent nos bouches closes
Que mon corps se rappelle en prenant son repos
Tout ce qu'ont dit tes mains en caressant ma peau.