~ RESULTATS DES CONCOURS 2006 ET 2005 ~



RESULTATS DU CONCOURS DE POESIE 2006

Premier Prix

Dominique ZEDET
(78500 Sartrouville)

Autant que je m'en souvienne

Là-bas en mil neuf cent, l'on dansait la musette,
L'athlète moustachu courait pour un record.
Sur les trottoirs pavés nous faisions la causette,
Je n'étais pas né, mais je m'en souviens encor...

Concierge dans Paris, je vis de pas grand chose,
Comme tous ces forçats qui portent le charbon.
Le matin sur le zinc, le leur paye une pause,
Un ballon de vin rouge, un morceau de jambon.

J'ai pas trouvé l'amour, pourtant j'en vois du monde :
Des dames du quartier qui traînent en chapeau
Et se moquent parfois en m'appelant Raymonde ;
Moi je regarde un peu dessous leurs oripeaux.

Là-bas en mil neuf cent, nous roulions en calèche,
L'on respirait l'air pur dans le parc Montsouris.
Le dimanche un copain m'emmenait à la pêche,
Je n'étais pas né, mais, chaque fois j'en souris.

Je dessine des chats, invente des histoires,
Les enfants du quartier me couvrent de bisous.
Le soir à la belote après quelques victoires,
Je me roule un mégot, mon plaisir à deux sous.

Jamais je ne voyage et pourtant je m'évade :
Des bateaux sur la Seine aux chansons dans les cours ;
Même les jours d'hiver, quand j'ai l'âme maussade
Le bonheur se faufile et me porte secours.

Là-bas en mil neuf cent, ça sentait l'aventure,
Celle qui finit bien, qu'on aime raconter.
Nous révions d'avenir sous une couverture,
Je n'étais pas né, mais, je vais y retourner.

Enchantement

Je vois dans le ciel bleu de frêles tourbillons
Aux méandres fortuits, des ailes colorées
Augurant du plaisir qu'un vol de papillons
Choisisse mon jardin et mes fleurs vénérées

Je m'assieds sur le banc, le regard attentif
A ces beaux compagnons déployant leurs soieries,
Esquissant un sourire, heureux, contemplatif
Du ballet voluptueux sur mes plantes fleuries.

Quand soudain j'aperçois, merveilleux spécimen,
Un papillon diaphane ourlé d'une dentelle
Aux reflets mordorés ; de l'infime abdomen
S'évade sa dorure en fine cascatelle.

Son doux frémissement m'offre des chants joyeux,
Je contemple ébahi sa robe éblouissante.
Ephémère bonheur car bientôt sous mes yeux,
Disparaît dans l'azur son ombre évanescente.

Je pense au lendemain quand mon jardin s'endort,
Qu'un dieu des papillons du zénith s'en retourne
Pour inonder mon coeur de sa parure d'or,
Survolant ma fontaine au gré de l'eau qui tourne.

Deuxième Prix

Mohamed Sabeur ARIDH
(1001 TUNIS - TUNISIE)


La fête des signes

Par une belle journée de printemps,
Se promenait une petite virgule ;
Insouciante, elle flânait dans les champs,
Puis, lasse, alla se reposer sur un monticule.

Rapidement assoupie, elle rêva d'une soirée
Où étaient invités tous les signes de sa génération :
Les parenthèses, le tréma, les tirets,
Et même le grand point d'exclamation !

Elle dansait et chantait sans aucun complexe,
Conversant quelquefois avec les guillemets ;
Elle s'amusait avec le point d'interrogation et l'accent circonflexe
Et cherchait, toute la nuit, à se faire désirer.

Mais finalement, aucun de ces invités ne lui tapa dans l'oeil
Et elle alla se blottir dans un petit coin.
Quand soudain elle aperçut assis sur un fauteuil,
Celui que son coeur cherchait : c'était le petit point.

Leurs regards se croisèrent
Et bientôt naquit une folle passion.
Sans plus attendre, ils se marièrent
Et eurent beaucoup de ....... points de suspension.

Troisième Prix

Eliane ESNEU-BOUTRUCHE
(50300 SAINT MARTIN DES CHAMPS)

A ma mère

O combien de soirées, tu passais à broder,
Lorsque tes cinq enfants dormaient à poings fermés,
A la faible lueur de la lampe à pétrole,
Et quand dehors brillait la jolie luciole.

Les robes ou corsages et chaque tablier,
Tu taillais, tu cousais à la machine à pied,
Sous l'aiguille fine, de tes dix doigts agiles,
Tu glissais, retournais les étoffes fragiles.

Les smocks, nids d'abeille ou divers points d'épines,
Les plis, les jours venise et les broderies fines
Ornaient les chemisiers ou les riches plastrons,
Les beaux draps, les revers et tous les longs jupons.

Ces nobles costumes, tous si chers à nos yeux,
Avec des souvenirs, pour nous si précieux,
Sont là enrubannés dans la plus belle armoire
Que tu nous as léguée, hier en ta mémoire.


RESULTATS DU CONCOURS 2005

Premier Prix

Guy LE HULUDUT
(44120 VERTOU)

Se peut-il...

Se peut-il que je t'aime en taisant mon amour
Ainsi qu'on dissimule une pierre précieuse
Par peur qu'elle affriole une main audacieuse
En quelque clair-obscur d'un simple petit jour ?

Se peut-il que je t'aime à n'en jamais crier,
A suivre infiniment le chemin de la meute
Alors que je ne suis et ne serai choreute
D'un théâtre qu'il soit de vent ou de papier ?

Se peut-il que je t'aime à ne plus le savoir
Comme cela est dit lorsqu'on s'avance en âge
Et que le coeur chavire en un somptueux naufrage
Croyant être arrivé au bout de son devoir ?

Se peut-il que je t'aime à m'en écarteler,
A m'en éclater l'âme en tant d'éclaboussures
Qu'elles parsèmeraient cent mille salissures
En un ciel bien heureux d'ainsi tant rutiler ?

Se peut-il que je t'aime en toute déraison
Jusqu'à m'en égarer en ce tout nouveau monde
Qui me fait naître au temps où nuit et jour se fondent
Ainsi à chaque aurore et en toute saison ?

Il se peut que tu sois cet amour absolu
Celui-là dont on sait qu'il aide l'homme à vivre,
Qui permet à chacun d'aller de braise en givre
En n'ayant point regret de l'hier révolu.

De quoi demain sera t-il fait ?

Si mon soleil ne brille plus,
Si mes jours n'ont aucun attrait,
Si tous les fruits sont défendus,
Si nul instant ne me distrait,

Si les sentiers de mes forêts
S'y broussaillent au gré du temps,
Si les parfums de mes genêts
S'y carapatent dans les vents,

Si mon violon n'a plus d'archet,
S'il ne pleure en mes nuits sans lune,
Si la rosée au jardinet
S'y passe en chagrin d'infortune

Si je n'ai plus aucun regard,
Si mon sourire est un méfait,
Si je n'ai plus droit qu'au hasard,
Si vivre ainsi me satisfait,
Il me faut dire sans retard :

"De quoi demain sera-t-il fait ?"

Mais qu'avons-nous ?

Mais qu'avons-nous bâti dont nous sommes si fiers ?
De grands châteaux d'écume en les dunes de sable
Sous un ciel tempétueux qui comblaient nos hiers
En nous intronisant à jamais respectables !
Mais qu'avons-nous bâti sinon mille déserts ?

Mais qu'avons-nous écrit pour espérer l'espoir ?
Des myriades de mots en puériles fadaises,
De ces riens que l'on cache à l'envers du miroir,
De ces dits sans attrait qu'il faudrait que l'on taise !
Mais qu'avons-nous écrit qui ne soit du trottoir ?

Mais qu'avons-nous crié lorsque le loup hurla ?
Quelques petits jurons inaudibles peut-être
Qui n'avaient point fonction d'aller bien au-delà
Des volets trop bien clos de l'unique fenêtre !
Mais qu'avons-nous crié pour qu'on n'entende pas ?

Mais qu'avons-nous prié pour avoir un pardon ?
Un très quelconque dieu sans croix ni basilique,
Celui-là qui bénit entre ortie et chardon
La brebis égarée en ses soirs faméliques !
Mais qu'avons-nous prié qui puisse offrir pardon ?

Mais qu'avons-nous voulu lors de l'ultime instant ?
Juste un petit salut de la foule importune
Qui n'en finit jamais de prendre tout son temps
De vivre en chaque jour sa très bonne fortune !
Mais qu'avons-nous voulu sans être repentant ?

Mais qu'avons-nous donc fait pour n'avoir mérité
Même pas quelque éclat d'une modeste étoile ?
Rien sinon s'acquitter seulement d'exister
Ainsi qu'un pur chef d'oeuvre à jamais sur sa toile !
Mais nous n'avons rien fait et donc rien mérité !

Deuxième Prix

Jacques MARTY
(31000 TOULOUSE)


Quartier B

Entre les murs de ma prison
Et ma pauvre carcasse humiliée
Par la force de ma pensée,
Je crée un tout autre horizon.

Sur les taches sales et grises
Souillant les plâtres délités,
Je fais fleurir mille bouquets
Aux formes et couleurs exquises.

A la fenêtre sans volets,
Les barreaux aux teintes rouillées
Disparaissant comme fumées,
Font place à des troncs de palmiers.

Les pigeons gris, sur les toitures,
Déploient leurs ailes dans le ciel
Vers des rivages virtuels,
Navires aux blanches voilures.

En bout de cour, le mirador
Projette sur le sol son ombre
Mais dans la nuit au voile sombre
Il sera phare aux rayons d'or.

Le pas du maton qui résonne
Derrière la porte fermée
Se change en longue chevauchée
Dans un matin bleu qui frissonne.

Et quand arrive enfin le soir,
Un jour de plus laissé en route,
Oubliant la haine et le doute,
Je tords le cou au désespoir.


Prélude

Je rêve d'un beau soir tout chargé de langueurs
Où le soleil de mai glissant dans un ciel rose
Ferait pleuvoir sur nous ses mourantes couleurs
En s'effaçant, là-bas, dans une apothéose.

Je baiserai alors tes cheveux dont l'or fin
S'allumant aux rayons de l'astre qui s'éteint,
Ferait à ton beau front un halo de satin.

Je rêve d'un beau soir au crépuscule sombre
Où les oiseaux d'amour, les rossignols divins,
Chanteraient pour nous deux, perdus au fond de l'ombre,
De magiques concerts, merveilleux et sereins.

Je rêve d'une nuit où les chaudes senteurs
Des zéphyrs langoureux viendraient, au clair de lune,
Enlacer nos deux corps en de folles ardeurs,
Qu'augmenterait encor le silence nocturne.

Nous serions là, tous deux, embrassés et sans voix,
Tous remplis de désirs, de tendresse et d'émoi,
Je rêve d'un beau soir où tu serais à moi.

Troisième Prix

Françoise PINAUD
(19230 BEYSSAC)

La ronde des fleurs

Allons cueillir la rose en ce matin divin
Venez tous au jardin, mes tendres chérubins.

Soyez gais, soyez fous et donnez-vous la main
Vous y ferez la ronde avec les sept nains.

Douce coccinelle viendra vous enchanter
Le chant de la cigale vous y découvrirez.

Une folle farandole vous entonnerez
Fourmis et papillons pour vous accompagner.

Les lilas sont fleuris et la glycine coule,
Le mimosa croustille et va se mettre en boules.

Que diront les pensées au pied du tulipier
Quand les premières jonquilles viendront les déloger ?

Pléiade de couleurs aux multiples senteurs
Viendront comme les anges embaumer tous les coeurs.

Courez mes chers petits dans la cour de la vie
Tous les enfants du monde viendront y faire leur lit...